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Municipales : à Montreuil, la guerre des gauches fait rage

La campagne se déroule dans un climat tendu, témoin d'une gauche éclatée. 

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France Télévisions
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La maire de Montreuil Dominique Voynet, le 19 mars 2013, à Lyon (Rhône). (MAXPPP)

Peuplée de plus de 100 000 habitants, Montreuil (Seine-Saint-Denis) est un terrain miné, où les électeurs ont l'embarras du choix. Au moins cinq candidats de gauche s'affrontent pour remporter la mairie, les 23 et 30 mars - en plus des listes d'extrême gauche NPA et LO. Une situation unique, sur fond de querelles intestines et locales. Et la défection de Dominique Voynet, la maire actuelle, n'a rien arrangé. Ici, de l'aveu d'un militant écologiste, "la démocratie n'a rien d'apaisé". Voici pourquoi.

Cinq candidats de gauche, qui dit mieux ?

Chez les communistes, deux styles s'affrontent. Jean-Pierre Brard, figure locale historique, est apparenté communiste depuis son exclusion du PCF en 1996. Maire de 1984 à 2008, il compte sur un solide réseau militant pour effectuer son retour. Son meeting au palais des congrès de Montreuil a fait salle comble, jeudi 30 janvier. S'il n'a pas obtenu l'investiture du Front de gauche, il utilise tout de même le logo sur son matériel de campagne. "Une coquille vide", dénoncent les partisans du candidat communiste officiel, le trentenaire Patrice Bessac. "Quand on est candidat du Front de gauche, on met aussi les logos des partis qui le composent."

Chez les socialistes, encore un duel. Razzy Hammadi, déjà député de la 7e circonscription, s'attaque désormais à la mairie. Il est soutenu par la direction nationale : le ministre Benoît Hamon et l'ancien président du conseil général, Claude Bartolone, ont assisté à son premier meeting, en décembre. En face, la dissidente Mouna Viprey, présente sur la liste de Dominique Voynet en 2008. Avant de prendre ses distances avec elle.

Si Dominique Voynet a jeté l'éponge, les écologistes présentent tout de même un candidat : Ibrahim Dufriche, fils adoptif d'un communiste et petit-fils d'un ancien maire du même parti, Marcel. "Adopté par le communisme, formé par les socialistes, en course pour les écolos", entend-on parfois. Bref, un enfant de Montreuil. Pour corser le tout, ajoutez la candidature de Manon Laporte, à qui l'UMP "a demandé de s'engager sur une grande ville". En guise de bienvenue, son local de campagne a été vandalisé le 20 janvier, avec de grandes inscriptions noires la traitant de "facho".

"La politique à Montreuil, c'est un peu comme au Liban"

La situation est si confuse qu'elle prête parfois à sourire. Un Tumblr moque gentiment la vie locale, à grand renfort de gifs animés. Et sur son compte Twitter, un militant de Jean-Pierre Brard la résume avec ironie. "La politique à Montreuil, c'est un peu comme au Liban : si quelqu'un vous l'explique et que vous avez l'impression d'avoir compris, c'est qu'il vous l'a mal expliquée."

Le climat, déjà délétère, s'est alourdi depuis le début de la campagne. Mi-janvier, le président du microparti de Jean-Pierre Brard, Nordine Rahmani, s'est fait prendre la main dans le sac en diffusant des vœux calqués mot pour mot sur ceux adressés par Jacques Chirac en 2007. Quelques jours plus tard, le député Razzy Hammadi s'est retrouvé sous le feu des projecteurs à cause d'une vidéo le présentant en pleine altercation. "Comment faire une campagne sérieuse entre une vidéo de quelqu'un qui reprend mot pour mot les vœux de Chirac et un autre qui se fait avoir ? On tombe dans le caniveau", regrette Riva Gherchanoc, chef de file du Parti de gauche local et colistière de Patrice Bessac.

Jean-Pierre Brard, lui, dénonce l'agressivité sur le terrain de certains militants de Patrice Bessac et de Razzy Hammadi. "En cas de dérive violente, la consigne, c'est d'abandonner le terrain. Un membre du PC a déjà coincé l'un de nos responsables contre un panneau d'affichage et lui a retourné le doigt." Des Verts raillent l'ancien maire, qui "a commencé sa campagne d'affichage il y a un an". Les rumeurs vont bon train. Récemment, un militant UMP a tweeté un sondage qui a passionné tous les états-majors, sans que personne ne sache d'où étaient tirés les chiffres. En sous-main, on fait circuler les lettres peu amènes adressées par Dominique Voynet à Razzy Hammadi.

Tout sauf l'ancien maire communiste ?

Jean-Pierre Brard minimise le danger que représente la candidature de Razzy Hammadi. "Si sa popularité est accrochée à celle de Hollande et Ayrault…" Et se voit déjà "assez largement" au second tour. "C'est en effet probable", concède une membre de la municipalité actuelle. Les équipes adverses brandissent souvent la menace du "retour en arrière" pour barrer la route à l'homme qui a dirigé la mairie pendant vingt-quatre ans, de 1984 à 2008. "Il faut une union face à lui. Le premier tour va donc fonctionner comme une primaire à gauche. Le PS, les Verts et le PCF auront à cœur de ne pas revenir en arrière." En coulisses, on évoque déjà de prochaines rencontres pour discuter d'un possible front.

Tous les obstacles, pourtant, sont loin d'être levés. "Hors de question pour nous de dire avant le second tour : tout sauf Razzy Hammadi ou Jean-Pierre Brard", explique le directeur de campagne de Mouna Viprey. Alors que Jean-Pierre Brard presse Patrice Bessac pour qu'il se prononce avant le premier tour, Riva Gherchanoc le renvoie dos à dos avec Razzy Hammadi. "Je ne sais pas lequel a promis le plus de logements pendant la campagne."

Le PS local lui-même est divisé. Les militants sont éparpillés sur toutes les listes. "Il y a quelques années, j'ai tout fait pour que les socialistes de Montreuil se réconcilient", explique Claude Bartolone. Puis, laconique : "Ça n'a pas été possible." En 2008, déjà, la division du PS avait permis l'élection de Dominique Voynet. Mouna Viprey avait rallié l'ancienne ministre avant d'être exclue du PS. Deux ans plus tard, elle a claqué la porte de l'hôtel de ville, en désaccord avec la politique fiscale menée par la maire.

Le PS et les Verts divorcés pour de bon ?

Lors des vœux de sa liste, Razzy Hammadi dit un mot gentil sur le bilan de Dominique Voynet, dans le secteur "de la santé" notamment. Un militant vert, présent dans la salle, trépigne. "Ah bah quand même !" Les écologistes reprochent au député PS de briguer la mairie, lui qui a bénéficié du soutien de Dominique Voynet pour être élu en 2012. "C'est un peu fort de café, soupire un cadre, quand on sait qu'elle avait passé du temps à décoller elle-même des autocollants calomnieux." Cette fois, la rupture semble profonde.

L'inimitié est ancienne. "En 2008, le PS n'a pas fait d'accord de désistement ou de fusion des listes avec les écolos. Là, les choses se sont vraiment envenimées", analyse Alexie Lorca, ancienne socialiste qui a quitté Razzy Hammadi avec une trentaine de militants, pour rejoindre Patrice Bessac. Le récent mercato n'a rien arrangé, puisque le député a obtenu le soutien de Stéphane Bernard, conseiller municipal EELV, et de Bruno Rebelle, ancien responsable de Greenpeace. Est-ce un signe ? Ce dernier a manqué s'écrouler en montant sur l'estrade, le soir de la présentation des vœux de l'équipe de campagne.

"Dans cette ville où la gauche est majoritaire culturellement et intellectuellement, cette division a quelque chose de criminel et d'infantile", regrette Dominique Voynet. Les cinq candidats ne partagent qu'une chose, la peur de l'abstention. Une militante locale se désole. "Les gens ne comprennent plus rien. Ils nous disent souvent que tout ça, c'est de la tambouille politicienne."

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