Les municipales, une histoire de famille... pour le meilleur et pour le pire

Les élections des 23 et 30 mars sont l'occasion, pour certains candidats, de s'allier à une sœur, un père... ou de les affronter sur des listes opposées.

L\'affiche de Gérard Deguise (à gauche), candidat UMP à Noyon (Oise), et celle de son frère Patrick Deguise, le maire socialiste sortant de la ville.
L'affiche de Gérard Deguise (à gauche), candidat UMP à Noyon (Oise), et celle de son frère Patrick Deguise, le maire socialiste sortant de la ville. ( FRANCETV INFO )

"C'est moi qui serai maire", "Non, c'est moi..." Les réunions de famille sont propices aux règlements de comptes assassins. Alors quand s'y mêle la politique, on n'ose imaginer le déjeuner dominical. Et pourtant, à l'occasion des élections municipales, ils sont plusieurs à s'unir, ou se désunir, pour tenter d'emporter une mairie. Francetv info liste quelques exemples de campagne en famille. Pour le meilleur et pour le pire. 

Frère contre frère

Un duel fratricide aux élections municipales : c'est ce qui se passe à Noyon (Oise), où Gérard Deguise, ancien premier adjoint (UMP) tentera de chasser Patrick Deguise (PS) de la mairie, les 23 et 30 mars. Francetv info a rencontré les deux hommes. Maire depuis 2008, Patrick Deguise, 58 ans, regrette la candidature de son frère, et ne se prive pas de cogner sur lui. "Gérard est dans le déni (...), il incarne le passé, c'est trop tard pour lui." De son côté, son aîné, âgé de 66 ans, regrette la situation. "Attendez, quand vous bossez pour une commune pendant dix-neuf ans et que votre frangin vient pour vous virer, je ne peux pas le prendre bien. On était une famille très unie. On nous a inculqué des valeurs. A aucun moment, je n'aurais osé venir attaquer le frère."

Autre conflit au sein d'une fratrie : à Foucarmont, village de 959 habitants en Seine-Maritime, Francis Vallée, 62 ans, frère aîné de Dominique, 60 ans, regrette aussi la situation. Selon lui, ils auraient pu faire équipe. "En juin 2013, je lui ai proposé d'intégrer ma liste. Il a voulu se présenter seul. C'est son choix, nous sommes en démocratie. C'est un peu dommage, car nous nous serions complétés", confie-t-il au Courrier picard. "Comment former une liste avec quelqu'un qui ne vous parle pas ? Nos relations sont froides depuis les dernières élections. Et ça fait six ans que ça dure", rétorque Dominique dans le même article.

L'affrontement aux municipales est parfois l'illustration d'un désaccord profond au sein d'une famille. "Je m'engage, sans amertume ni rancœur, à me présenter face à la liste conduite par mon frère", déclare sans ambages Eric Ladet, qui se présente contre son frère Jean-Michel, maire du village aveyronnais de Campagnac, dans La Dépêche du Midi. De son côté, Jean-Michel Arnaud, maire sortant de Tallard (Hautes-Alpes), candidat pour un troisième mandat, affronte une liste, sans étiquette, sur laquelle sa sœur est en 12e position. Ils ne se parlent plus depuis une quinzaine d'années, selon le site de la radio locale Alpes 1.

Les enfants face à leur père

"Je fais de la politique avec le cœur. J'ai été pas mal initié par papa." Mais à 24 ans, Clément a choisi, plutôt que de marcher dans les pas de son père, de rallier l'équipe de Sophie Gauthy, candidate UMP à Lens (Pas-de-Calais), comme il l'explique à Nord Eclair. Alors que son père, Dominique, 53 ans, déjà conseiller municipal, a quitté le MoDem pour s'engager aux côtés du maire sortant, le socialiste Sylvain Robert. "On en parle souvent, mais on a aussi quelques règles. On ne dit jamais à l'autre dans quel quartier on va tracter, chacun fait sa campagne dans son coin. A la maison, on en rigole plus qu'autre chose", indiquent au quotidien les deux candidats.

A Trans-en-Provence (Var), Nicolas et Vincent Missud pratiquent la même entente cordiale. "J'ai attrapé le virus de la politique avec mon père, avec qui j'ai de très bons rapports", assure à La Provence le premier, âgé de 36 ans. Nicolas Missud est candidat divers droite, tandis que son père, Vincent, est élu d'opposition de gauche depuis douze ans. Les deux hommes partagent cependant un objectif commun : "battre le maire actuel".

Quand le père est le maire qu'il faut "tuer", la situation est un peu différente. A Ungersheim, 2 000 habitants, dans le Haut-Rhin, Catherine Muller, 45 ans, mène une liste sans étiquette face à Jean-Claude Mensch, 67 ans, à la tête du village depuis 25 ans. "J'ai fait abstraction du fait que le maire est mon père. (...) Cela fait une quinzaine d'années que nous n'avons plus de contact, donc je ne suis plus dans le conflit. (...) Je ne vais pas m'empêcher d'être candidate du fait de ce lien familial", explique-t-elle.

Mari, femme, et même fils

Les municipales ne constituent pas seulement un terrain de bataille. Certains citoyens considèrent que l'union familiale fait la force. La Voix du Nord a rencontré des couples mariés qui se présentent. A Merville (Nord), Geneviève Parent-Lemirre, encartée chez les Verts, est en 16e position sur la liste de son mari, maire sortant de la ville et socialiste. Dans le village de Buysscheure, Gérard Watras, retraité, se présente pour la première fois. Il est en tête d'une liste sur laquelle figure sa femme. "On est très complémentaires", indique-t-elle. Mais elle ajoute qu'ils ont beaucoup hésité, "par peur de la réaction des gens".

Pierre Deplanque, lui, n'a pas hésité. Candidat FN à Jarnac (Charente), il fait campagne avec sa femme et son fils. Sa famille n'est pas la seule à figurer sur sa liste : cinq autres familles présentent chacune deux ou trois candidats. Soit au total 14 personnes, qui composent la moitié des 29 candidats, selon La Charente Libre. "Je me suis renseigné auprès de la préfecture, il est possible d'avoir un couple marié et deux descendants directs sur une même liste, à condition que l'un de deux enfants ne soit pas en position éligible", affirme-t-il au quotidien.

De fait, l'article L238 du Code électoral stipule que "le nombre des ascendants et descendants [soit les enfants, parents et grands-parents], frères et sœurs, qui peuvent être simultanément membres du même conseil municipal est limité à deux". Sauf, comme le rappelle Slate, dans les communes de moins de 500 habitants.