L'UMP mise sur le piège fiscal pour battre le PS aux municipales

Tandis que le gouvernement tente de se sortir du couac sur la "pause fiscale", l'opposition lance une offensive sur le "trop d'impôts", avec en ligne de mire les élections de 2014.

Le président de l\'UMP, Jean-François Copé (D), est venu soutenir, mercredi 18 septembre, Jean-Luc Moudenc (C), candidat UMP à Toulouse (Haute-Garonne) pour les élections municipales de mars 2014.
Le président de l'UMP, Jean-François Copé (D), est venu soutenir, mercredi 18 septembre, Jean-Luc Moudenc (C), candidat UMP à Toulouse (Haute-Garonne) pour les élections municipales de mars 2014. (ERIC CABANIS / AFP)

"Trop d'impôts tue l'emploi", "Impôts, trop c'est trop ! Libérons les Français", ou encore "50 milliards d'impôts (...) Jusqu'où iront-ils ?". L'UMP a dégainé les slogans de sa nouvelle campagne d'affichage, lancée mercredi 18 septembre. Le parti d'opposition cherche à dénoncer la politique fiscale du gouvernement socialiste.

Le timing est parfait. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, s'est démené mardi pour expliquer que la "pause fiscale" attendrait encore un peu, tandis qu'au ministère des Finances, Pierre Moscovici et Bernard Cazeneuve ont tenté de déminer la polémique sur le nombre de foyers qui ont basculé dans l'imposition en raison du gel du barème des impôts, en 2013 (1,2 million selon L'Opinion). La droite s'en donne à cœur joie, avec en ligne de mire les élections municipales de mars 2014. Décryptage de ce piège tendu par l'UMP au PS.

\"Impôts, trop c\'est trop !\" est l\'une des deux affiches UMP contre la politique fiscale du gouvernement, placardée partout en France depuis le mercredi 18 septembre 2013. 
"Impôts, trop c'est trop !" est l'une des deux affiches UMP contre la politique fiscale du gouvernement, placardée partout en France depuis le mercredi 18 septembre 2013.  (CAPTURE FRANCETV INFO)

Faire des élections municipales un enjeu national

L'UMP mise sur une large victoire aux élections municipales pour pouvoir affirmer que les Français rejettent la politique de François Hollande. Pour cela, le parti de Jean-François Copé va tenter de capitaliser sur l'insatisfaction de l'opinion, comme le confirme la secrétaire générale adjointe de l'UMP Camille Bedin, contactée par francetv info : "Ce sera la première élection depuis la présidentielle, donc la première occasion pour les Français d'exprimer leur exaspération."

Pour l'UMP, il s'agit d'abord de transformer le scrutin local en enjeu national. Le président du parti, Jean-François Copé, l'a bien compris en déclarant lundi soir sur TF1 : "Si on veut dire stop à François Hollande, il y a des élections municipales en mars." Dans le même esprit, un clip mis en ligne par l'UMP samedi appelle à "un désaveu massif de François Hollande aux municipales, pour qu'il comprenne qu'il faut en finir avec l'escalade fiscale". Une stratégie qui permet de passer outre les contextes locaux parfois défavorables à la droite. 

Au Parti socialiste, la riposte s'organise, comme l'affirme à francetv info le secrétaire national et porte-parole du PS Eduardo Rihan Cypel : "On ne va pas se laisser enfermer dans les pièges grossiers de l’UMP." Le député socialiste rappelle que les municipales correspondent avant tout à 36 000 élections et détaille la stratégie de son parti : "Nous allons construire des axes de campagne et ensuite, chacun de nos candidats se battra sur le terrain pour convaincre les électeurs."

Le projet de l'UMP : 130 milliards de coupes

"Nous ne sommes pas favorables à une pause fiscale mais à une baisse massive des impôts, parce que les gens n’en peuvent plus localement comme nationalement", martèle Camille Bedin. Pour y parvenir, l'UMP préconise une baisse conséquente de la dépense publique (de l'ordre de 10%, soit 130 milliards d'euros) qui permettrait pour moitié de rembourser la dette, et pour l'autre moitié de baisser les impôts. 
 
Pour faire des économies, selon Camille Bedin, "il existe plein de possibilités en demandant des efforts aux collectivités territoriales, à la fonction publique (notamment à l'éducation nationale)". Elle soutient Jean-François Copé, qui a proposé dans un discours de réduire d'un million le nombre de postes de fonctionnaires. "On n'a plus d'argent, relève Camille Bedin, donc oui, il faut couper dans les dépenses et arrêter d'être dogmatique."
 
Mais l'UMP entame seulement sa réflexion sur ces questions fiscales. Pour boucler la stratégie en vue des municipales, une convention devrait se tenir en novembre, une fois le dossier des investitures réglé.

Bilan contre bilan

Lors de sa convention, l'opposition pourra se préparer à répondre à certaines attaques. Eduardo Rihan Cypel accuse ainsi l'action de Nicolas Sarkozy d'être à l'origine de la pression fiscale actuelle : "L'UMP a laissé le pays avec 600 milliards d’euros de dette publique supplémentaires et 30 milliards d’augmentation d'impôts en 2011-2012", un chiffre confirmé par Les Echos. Pour la droite, lors des élections, il faudra donc réussir à ne pas apparaître coupable de cette hausse de la fiscalité, qui ne remonte pas au 6 mai 2012.

Par ailleurs, même si l'UMP parvient à transformer les élections municipales en référendum sur la politique de François Hollande, il restera toujours les bilans de chaque municipalité. Ainsi, en matière de fiscalité, certaines mairies dirigées par la droite, comme Nîmes ou Perpignan, apparaissent au palmarès des villes aux impôts locaux les plus élevés, comme le relaie Le Figaro.
 
Si François Hollande s'attend à des échéances électorales difficiles, Eduardo Rihan Cypel ne part pas battu pour autant : "C'est sûr que le climat national pèsera, mais les élections sont dans six mois, les choses peuvent tout à fait changer d'ici là." De son côté, l'UMP, qui a fixé sa stratégie, doit maintenant la transformer en victoire. Mais si ni l'un ni l'autre n'atteignent leurs objectifs, les électeurs pourraient bien se tourner vers les extrêmes.