Résultats des législatives 2022 : comment Eric Zemmour a raté son pari de faire entrer Reconquête ! à l'Assemblée nationale

En recueillant seulement 4,24% des suffrages, Reconquête ! n'enverra aucun député à l'Assemblée nationale dimanche prochain, puisque tous ses candidats ont été éliminés dès le premier tour. Le fondateur du parti, Eric Zemmour, candidat dans le Var, a lui même échoué à se qualifier.

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Le fondateur du parti Reconquête !, Eric Zemmour, ne siégera pas à l'Assemblée nationale, battu dès le premier tour des élections législatives, le 12 juin 2022.  (VALERY HACHE / AFP)

Deux mois après sa défaite à l'élection présidentielle (7,07%), Eric Zemmour subit une nouvelle désillusion : aucun député Reconquête ! ne siégera à l'Assemblée, puisque tous sont éliminés dès le premier tour. Candidat aux élections législatives dans la 4e circonscription du Var, l'ex-candidat d'extrême droite à l'Elysée n'est lui-même pas parvenu à se qualifier pour le second tour, dimanche 12 juin. L'ancien éditorialiste est arrivé troisième avec 23,19% des suffrages derrière la candidate de la majorité présidentielle, Sereine Mauborgne (28,51%), et derrière Philippe Lottiaux (24,74%), le représentant du Rassemblement national. "Vous avez été patriotes, vous avez été lucides, vous avez eu raison de voter pour le seul parti qui vous défend et défend notre pays", a réagi Eric Zemmour depuis Cogolin, dans le Var.

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Les autres ambassadeurs de son parti, Guillaume Peltier dans le Loir-et-Cher et Stanislas Rigault dans le Vaucluse, ont également été éliminés dès le premier tour.  

Les raisons de ce nouvel échec qui menace la suite de la carrière politique d'Eric Zemmour sont d'abord liées à la guéguerre politique que l'ancien journaliste et Marine Le Pen ont continué de se mener lors de ce scrutin législatif. En refusant catégoriquement de s'allier avec Eric Zemmour, la finaliste de l'élection présidentielle l'a condamné politiquement. Le polémiste d'extrême droite s'est en effet retrouvé dans la 4e circonscription du Var face à Philippe Lottiaux, le candidat envoyé par le RN, qui a grignoté son électorat dans un fief historiquement favorable à l'extrême droite. 

Des "parachutages" qui ont échoué

Le manque d'ancrage local des candidats de Reconquête !, jeune mouvement politique créé peu de temps avant l'élection présidentielle, a aussi largement plombé la campagne d'Eric Zemmour et de ses 549 candidats. "Le Rassemblement national a très peu d'élus ancrés localement, mais pour des candidats de Reconquête ! comme Eric Zemmour ou Stanislas Rigault, on parle carrément de parachutages", pointe Erwan Lecœur, sociologue spécialiste de l'extrême droite. 

Dans la très conservatrice 2e circonscription du Loir-et-Cher, Guillaume Peltier, pourtant député sortant, n'a pas su rassembler sous ses nouvelles couleurs. Elu en 2017 sous la bannière LR, il se représentait cette fois en portant l'étendard de Reconquête !, dont il est vice-président. L'ancien numéro 2 de LR n'est arrivé qu'en 5e position avec 13,99% des voix, loin derrière l'autre candidat de l'extrême droite, Roger Chudeau (RN, 24,04%).

Une France "pas prête sociologiquement à voter" Zemmour

La stratégie politique et les thématiques identitaires et sécuritaires choisies par Eric Zemmour expliquent aussi les deux ratés électoraux successifs du candidat, selon Erwan Lecœur. La France n'était tout simplement "pas prête sociologiquement à voter pour Eric Zemmour".

"Contrairement à Marine Le Pen, Eric Zemmour ne parle pas aux catégories populaires qui se sentent abandonnées. Lui, il parle aux gens qui se sentent concurrencés, selon lui, par une autre civilisation."

Erwan Lecœur, sociologue spécialiste de l'extrême droite

à franceinfo

L'élimination d'Eric Zemmour n'a pas manqué de faire réagir les cadres du Rassemblement national. Le parti de Marine Le Pen, qui est en tête dans 110 circonscriptions au premier tour des législatives, a notamment critiqué le parachutage de l'ancien éditorialiste dans le Var. "Il ne suffit pas d'arriver dans une circonscription trois semaines avant l'élection pour la gagner. Les électeurs valent mieux que ça", a réagi sur franceinfo Julien Sanchez, porte-parole du RN, maire de Beaucaire (Gard).

"Les premières pierres pour une union des droites"

La claque électorale reçue dimanche soir par Eric Zemmour signe-t-elle la fin de sa carrière politique ? Selon ses proches, l'ancien candidat va prendre le temps de réfléchir. "Il a beaucoup donné pour porter les valeurs patriotes et surtout poser les premières pierres pour une union des droites", explique son entourage à franceinfo.

Un appel à l'union des forces à droite lancé également au soir de sa défaite par Guillaume Peltier. "On n'a pas le droit d'être divisés, on n'a pas le droit de laisser notre pays aux macronistes et aux mélenchonistes, unissons nos forces pour rebâtir la droite française", a-t-il conclu, en s'adressant aux dirigeants de tous les partis de droite.

Pour Erwan Lecœur, l'avenir politique d'Eric Zemmour s'assombrit. "Il est clair que cette nouvelle défaite est catastrophique pour lui. Je ne sais pas si sa carrière est terminée, mais une fois de plus, ce sont encore les Le Pen qui gagnent. Jean-Marie Le Pen avait déjà remporté son bras de fer contre Bruno Mégret", analyse le sociologue, qui imagine Eric Zemmour viser une candidature aux élections européennes.

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