"Nos métiers sont vraiment à l'opposé des valeurs que défend l'extrême droite" : plusieurs festivals de musique appellent à faire barrage au RN

Le monde culturel a plongé dans une sorte de sidération depuis la dissolution de l'Assemblée nationale. Certains festivals ont pris position contre le RN, y voyant un danger pour la culture et les médias en cas d'accession au pouvoir.
Article rédigé par Yann Bertrand
Radio France
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Temps de lecture : 2 min
Un concert pendant l'Art Rock festival, le 17 mai 2024 à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor). (LIONEL LE SAUX / MAXPPP)

Depuis le résultat des élections européennes dimanche 9 juin, puis l'annonce de la dissolution de l'Assemblée nationale, une sorte de sidération s'est emparée du monde culturel. Certains artistes n'ont pas hésité à prendre position, en signant une tribune ou en postant des messages sur leurs réseaux sociaux. Quinze syndicats du spectacle vivant ont appelé jeudi 16 juin, dans une déclaration commune, "à se mobiliser en faveur des candidats qui s'opposeront" à l'extrême droite lors des élections législatives. Les organisateurs de certains festivals ont eux aussi saisi cette occasion d'alerter sur ce que signifie à leurs yeux une arrivée du RN au pouvoir.

Il n'y a même pas eu de débat. "On l'a fait tout de suite, c'était une évidence", raconte Fanny Bouyagui, la fondatrice d'Art Point M, qui chapeaute notamment le NAME Festival à Roubaix (Nord). "Oui c'est l'histoire du festival et puis moi je suis issue d'une famille d'immigrés, mon père est sénégalais, ma mère est française, mes frères et sœurs sont tous ouvriers. Donc c'était qui ne vote pas au Front... parce que dans le Nord c'est quand même un peu catastrophique."

Dans le communiqué posté sur Instagram, le festival électro réaffirme son opposition aux valeurs d'extrême droite, et défend l'inclusion et la liberté. Quelques heures avant, c'est le festival Art Rock, basé à Saint-Brieuc (Côtes-d'Armor), qui avait dégainé un communiqué, parlant de "sinistre bruit des bottes". "Ça s'est imposé parce que nos métiers sont vraiment à l'opposé des valeurs que défend l'extrême droite, explique Carol Meyer, sa directrice. On passe notre temps à travailler sur l'ouverture culturelle, sociale, sur la découverte."

Elle co-préside aussi la fédération De concert ! qui a signé dans la foulée un texte commun. Parmi les membres, les Eurockéennes ou les Vieilles Charrues, mais aussi des festivals japonais, canadiens, allemands. "On sait que quand les extrêmes droites prennent le pouvoir, la culture fait tout de suite partie des premières cibles. La culture et les médias, notamment les médias publics..."

Inciter à voter aux législatives

À Roubaix, Fanny Bouyagui a été ravie des réactions au message posté. "99% de messages positifs. J'ai eu un mec qui m'a dit : 'T'oublies quelqu'un, ta connerie'." À ses côtés, Sabine Duthoit co-organisatrice du NAME Festival, estime qu'"il y a aussi un besoin que les acteurs culturels s'engagent et incarnent quelque chose, des valeurs". Et Carol Meyer, pour Art Rock et De concert !, n'en démord pas. "Évidemment qu'on a à prendre la parole, et dans l'absolu n'importe qui peut prendre la parole. L'art et la culture ont de tout temps été engagés et politiques."

Et tous ceux qui ont réagi savent qu'avec un public jeune, ils ont un rôle à jouer : inciter ceux qui ne l'ont pas fait dimanche à aller voter les 30 juin et 7 juillet prochains, pour ne pas vivre un été en forme de gueule de bois.

Des festivals de musique mobilisés contre le RN pour les législatives : reportage de Yann Bertrand

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