Législatives : Cécile Duflot se "prépare à perdre", mais se mouille malgré tout pour sa campagne parisienne

L'ancienne ministre du Logement tente de garder son siège dans la 6e circonscription de la capitale, qui détient, avec d'autres, le record du nombre de candidats : 26.

La candidate écologiste Cécile Duflot distribue des tracts à la sortie de la station de métro Couronnes, à Paris, le 6 juin 2017.
La candidate écologiste Cécile Duflot distribue des tracts à la sortie de la station de métro Couronnes, à Paris, le 6 juin 2017. (LOUIS SAN / FRANCEINFO)

"Bonsoir monsieur ! Cécile Duflot, je suis votre députée si vous êtes du quartier." Averses, nuages noirs et éclaircies furtives se succèdent inlassablement à Paris, mardi 6 juin, à cinq jours du premier tour des élections législatives. Il est 18 heures, un mini-déluge vient de passer et l'ancienne ministre du Logement prend place à la sortie du métro Couronnes, à la limite des 11e et 20e arrondissements, pour tracter pendant une heure.

Elue confortablement en 2012, avec 72,18% des voix au second tour, Cécile Duflot est désormais en mauvaise posture. Dans cette circonscription de l'Est parisien qui compte 26 candidats – un record –, la députée sortante ne se fait pas trop d'illusions sur ses chances de réélection.

Je ne m'attends pas à perdre. Je m'y prépare. Il ne faut jamais se leurrer.Cécile Duflotà franceinfo

"Quand il y a une vague nationale, comme on l'a vue avec le résultat du vote des Français de l'étranger [qui ont plébiscité les candidats de La République en marche], il faut être lucide", poursuit-elle.

Toutefois, elle ne se laisse pas abattre. L'ancienne ministre du Logement dit mener une "vraie campagne de terrain extrêmement intense, notamment grâce à 219 personnes mobilisées et une cinquantaine vraiment très actives""Tous les matins et tous les soirs, on a plusieurs points de tractage aux entrées de métro", souligne-t-elle, rappelant également avoir tenu une réunion publique avec Benoît Hamon, ancien candidat socialiste à la présidentielle. "Vous allez voir, l'accueil sur le terrain est vraiment très sympa : plein d'encouragements, plein de messages de soutien", prévient-elle.

On a tellement écrit d'articles sur 'la mauvaise image de Duflot' que moi aussi j'ai fini par y croire un peu.Cécile Duflotà franceinfo

Une femme, une fillette et un homme avec un panneau en carton "Famille syrinne (sic)" font la manche à la sortie du métro. A un mètre d'eux, la députée sortante propose son dépliant de quatre pages aux passants qui entrent et sortent de cette station au cœur d'une circonscription métissée, populaire, bobo, et fermement ancrée à gauche, comme l'expliquait Le Monde (article payant) en 2012.

"Je vais convaincre mes enfants de voter pour vous"

Si toutes les personnes abordées ne prennent pas le document où figurent les logos d'EELV et du PS de façon visible, certaines reconnaissent la candidate et s'arrêtent. "On est contents de vous avoir !" lui lance un quinquagénaire. "Merci, c'est gentil", répond-elle. "Dimanche, inch'allah !" s'exclame une femme. "Ah, Cécile Duflot ! Vous allez bien ? Je vais aller convaincre mes quatre enfants d'aller voter pour vous", assure un sexagénaire en djellaba. "C'est rare de voir un ministre. Bonne chance !" disent deux jeunes des Hauts-de-Seine, amusés de croiser un visage aperçu à la télévision.

Soudain, alors qu'une pluie fine se remet à tomber, un homme reproche à Cécile Duflot de ne pas s'être alliée à Jean-Luc Mélenchon, et manque de se faire écraser par une voiture. Un homme portant une grande barbe à la mode et son jeune fils s'arrêtent. Ils échangent brièvement avec la candidate puis repartent. "Il m'a dit : 'ça fait plaisir de voir en chair et en os la personne pour qui je vais voter'", raconte aussitôt Cécile Duflot à son attaché de presse, en sautillant.

Echange tendu avec La France insoumise

Aux alentours de 18h45, alors que le soleil refait son apparition, deux militants d'un camp adverse arrivent à la même bouche de métro. Ils tractent pour Danielle Simonnet, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle et candidate de La France insoumise dans la circonscription. 

Les deux hommes, d'environ 25-30 ans, se placent de part et d'autre de Cécile Duflot, et juste devant Annie, une militante qui distribue des tracts pour la candidate écologiste. "C'est malpoli, c'est grossier. Ils arrivent comme des cowboys", s'agace un membre de l'équipe de Cécile Duflot. Contrariée, cette dernière quitte le terre-plein central pour tracter de l'autre côté de la chaussée.

En repartant, peut-être parce que franceinfo est témoin de la scène, l'ancienne ministre décide de prendre à partie les deux hommes et les accuse de sexisme. Elle tutoie l'un d'eux. Le ton monte :

"Ne me tutoyez pas madame Duflot, restez calme.

- Je suis hyper calme mais vous êtes irrespectueux. Vous vous êtes plantés devant Annie, elle vous a demandé de vous décaler, vous ne l'avez pas fait.

- Pourquoi vous m'insultez ? Vous me traitez de sexiste. C'est limite. (...) Madame Duflot, franchement, je vous aimais bien, mais là vous me décevez énormément. (...) Je vous aimais bien parce que vous avez défendu une politique de logement courageuse.

- Ah bon ? Je croyais qu'elle avait fait augmenter les loyers ?

- Est-ce que je vous ai dit ça ?

- Demandez à votre candidate, c'est ce qu'elle dit aux journalistes.

- La candidate, c'est une chose. Moi, c'en est une autre. J'ai une autonomie de pensée.

- Vous n'êtes pas d'accord avec votre candidate, ça, ça me fait du bien. Je suis contente, si vous reconnaissez la vérité, c'est cool."

Distribution de bananes bio

Il est 19 heures, Cécile Duflot et son équipe s'éloignent. Ils ne doivent pas traîner car une projection du documentaire Demain puis un débat avec son réalisateur et la candidate sont organisés trente minutes plus tard. Rendez-vous a été donné à deux rues de là, dans les locaux de TéléBocal, une chaîne associative.

Mais avant de s'y rendre, ils entament une distribution de bananes bio. Elles ont été récupérées auprès d'une connaissance qui tient un restaurant associatif. "Ça a été décidé ce matin, à 10 heures, précise Cécile Duflot. Ça nous permet aussi de porter un message contre le gaspillage alimentaire." Un militant socialiste, investi dans la campagne de l'ancienne patronne d'EELV, sort deux cartons du coffre de sa voiture et "l'opération bananes" commence.

La petite troupe avance en proposant tracts et fruits aux badauds. Mais une violente averse s'abat brusquement. Dans la course pour se mettre au sec, Cécile Duflot trouve refuge sous l'auvent d'un restaurant tunisien. Le commerce est en effervescence en ce mois de ramadan : on cuisine sur de grandes plaques à même le trottoir, à côté d'étals débordant de mets divers.

On invite l'élue à entrer et on lui propose une brick qu'elle accepte volontiers. Debout dans le restaurant, les verres de lunettes brouillés par les gouttes de pluie, Cécile Duflot dévore. "Généralement, c'est plus calme", s'amuse-t-elle. Et de remarquer entre deux bouchées : "Belleville, c'est trop sympa. On peut manger thaïlandais, des pizzas, de la cuisine tunisienne…"

Cécile Duflot (au centre) avec deux militants écologistes (à gauche) dans un restaurant tunisien vers Belleville, dans le 11e arrondissement de Paris, le 6 juin 2017.
Cécile Duflot (au centre) avec deux militants écologistes (à gauche) dans un restaurant tunisien vers Belleville, dans le 11e arrondissement de Paris, le 6 juin 2017. (LOUIS SAN / FRANCEINFO)

"Cette campagne m'a fait du bien"

L'ondée se dissipe aussi vite qu'elle est arrivée. L'équipe écoule les dernières bananes avant de poursuivre son programme. "C'est une campagne qui m'aura regonflée, personnellement, aussi étonnant que cela puisse paraître, confie Cécile Duflot. Elle m'a fait du bien parce que ça fait très longtemps que je n'avais pas mené une campagne uniquement locale, et rien que pour moi."

L'issue incertaine de cette campagne ne semble pas l'inquiéter. Elle pourrait même arranger ses finances. "Pour dire les choses de façon très triviale, vu ce que je gagne comme députée et vu ce que je reverse à mon parti, je gagne là plutôt moins que ce que je gagnais dans ma vie professionnelle", lâche-t-elle.

"J'ai vraiment travaillé de 1999 à 2009 dans le privé. J'ai fait vivre deux sociétés, j'en ai créé une. Donc j'ai un métier dans l'urbanisme, l'immobilier. J'ai une vraie expérience professionnelle", se défend la députée.

Je suis tout sauf une professionnelle de la politique.Cécile Duflotà franceinfo

A-t-elle déjà préparé l'après ? A-t-elle commencé à envoyer des CV ? "Non, pas du tout. Mais j'ai des pistes, je réfléchis", répond-elle en restant évasive sur ses futures activités : "J'ai adoré mon métier. Mais retourner dans ce que je faisais avant ? Faire autre chose ? Je verrai."