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Franceinfo en campagne. En Seine-Saint-Denis, défiance et ras-le-bol propulsent l’abstention en tête du premier tour

Jusqu’au deuxième tour des élections législatives le 18 juin prochain, franceinfo zoome chaque jour sur une circonscription. Mercredi, direction la 2e circonscription de Seine-Saint-Denis, où seul un électeur sur trois s'est déplacé aux urnes au premier tour.

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Radio France
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Vue sur le Stade de France et le quartier du Franc-Moisin, à Saint-Denis. (JOEL SAGET / AFP)

Y aura-t-il un sursaut de participation dans les urnes dimanche prochain ? La question se pose à l'issue du premier tour des élections législatives, qui a vu s’effondrer le taux de participation à 51%, un record pour des législatives dans l’histoire de la Ve République.

En Seine-Saint-Denis, défiance et ras-le-bol propulsent l’abstention en tête du premier tour
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Après Carpentras, Le Touquet dans la 4e du Nord-Pas-de-Calais, Forbach en Moselle, direction la Seine-Saint-Denis, ce mercredi 14 juin. C'est le département métropolitain où l'on a le moins voté. Là, dans la deuxième circonscription, qui englobe Pierrefitte et une partie de Saint-Denis, seul un électeur sur trois s'est déplacé (32,97%).

S'il y a une chose aisée dans les rues de Saint-Denis en cet entre-deux tours, c'est bien la chasse à l'abstentionniste. Dans cette circonscription, on boude de plus en plus les urnes aux législatives : 45% d'abstention en 2002, 57% il y a 5 ans, 67% il y a trois jours, soit deux fois plus qu'à la présidentielle. Dans son restaurant de kebab, Mehmet, qui avait voté pour l'Élysée, ne l'a pas fait pour l'Assemblée. "Il y avait beaucoup de candidats… On ne sait plus trop où on est, pour qui voter, comment voter", soupire-t-il.

Le ras-le-bol et la défiance sont passés par là

Dans ce quartier du Franc-Moisin dont les barres HLM jouxtent le Stade de France, certains bureaux ont vu passer moins d'un électeur sur quatre. Certains expliquent devoir travailler le dimanche, d'autres sont inscrits sur les listes d'autres communes. "Les législatives, c’est toujours pareil ! Des gens qui s’en mettent plein les poches, qui ne pensent plus aux petites gens, comme ils disent, et qui ne travaillent que pour leurs proches", peste Rosane, aide-soignante, excédée par les affaires.

Le ras-le-bol et la défiance sont passés par là, ainsi que le sentiment qu’après la présidentielle, il n'y avait plus grand-chose à faire. "J’avais voté Mélenchon. Comme il n’a pas été élu, c’est vrai que cela nous décourage", explique-t-on ici. "Quand on écoute les informations, on sait déjà qu’il y a la majorité présidentielle et que tout est joué d’avance", estime une autre habitante.

"Dans les quartiers populaires, on vote parce que c’est utile"

Cette démobilisation a toujours davantage concerné deux groupes sur-représentés ici : les jeunes et les catégories populaires. Le rapport au vote est particulier. "Dans les quartiers populaires, on vote parce que c’est utile. Dans d’autres milieux, on vote pour affirmer ce que l’on pense. Ici, on considère que donner son opinion, ce n’est pas utile", analyse David Proult, adjoint au maire de Saint-Denis, en charge du quartier du Franc-Moisin.

Ce qui pourrait pourtant faire revenir aux urnes Céline, 26 ans, qui ne vote plus depuis plusieurs années, serait que la parole politique retrouve un peu de crédit. "Pour gagner leur place, ils peuvent dire tout ce qu’ils veulent… mais après c’est autre chose ! Avec Macron, cela pourrait changer. Et si le Président fait vraiment ce qu’il a promis, alors je retournerai peut-être voter", avance-t-elle.

Nouvelles pratiques vs nouvelle République

En attendant, les deux finalistes aimeraient mobiliser dès dimanche. Stéphane Peu, adjoint au maire de Saint-Denis, candidat de la France insoumise, tracte intensément au marché en vendant "la gauche contre la droite" et "les banquiers contre ceux qui travaillent". À quelques mètres, sa rivale de La République en marche, Véronique Avril, n’est pas banquière mais fonctionnaire territoriale. Visée par une enquête préliminaire pour avoir loué un appartement insalubre, elle propose pour lutter contre l'abstention de s’engager à ce qu’on "la voie concrètement dans le quartier rendre des comptes".

L’essentiel, pour Stéphane Peu, était plutôt dans le programme de Jean-Luc Mélenchon. Avec, notamment, une VIe République et la mise en place d'assemblées délibératives plus collectives et la possibilité de révoquer les élus qui ne respectent pas leurs engagements. Nouvelles pratiques vs nouvelle république, en somme. D'ici dimanche, pour aller chercher les abstentionnistes, les deux candidats ont pourtant choisi la même vieille technique : celle du porte-à-porte... Aux grands maux, les vieux remèdes, finalement.

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