Trois conseils à Edouard Martin pour réussir son entrée en politique

L'arrivée du syndicaliste à la tête d'une liste PS aux élections européennes suscite de nombreuses critiques. Francetv info se penche sur les défis de cette transition.

Le délégué CFDT de Florange participe à une mobilisation de salariés d\'ArcelorMittal, le 29 novembre 2012, devant le ministère de l\'Economie et des Finances, à Paris.
Le délégué CFDT de Florange participe à une mobilisation de salariés d'ArcelorMittal, le 29 novembre 2012, devant le ministère de l'Economie et des Finances, à Paris. (PRM/SIPA)

Rarement un engagement politique aura été à ce point critiqué. La désignation d'Edouard Martin à la tête de la liste PS aux européennes dans le Grand Est, annoncée mardi 17 décembre, suscite l'amertume de ses anciens camarades ouvriers et quelques attaques de la part de ses futurs adversaires.

Leader emblématique de la CFDT à l'usine ArcelorMittal de Florange (Moselle), très critique envers l'exécutif pendant la crise ayant abouti à la fermeture des hauts fourneaux, Edouard Martin est accusé de "trahison" en rejoignant la liste PS.

La fédération des mines et de la métallurgie de la CFDT a dit, mercredi, "respecter" le "choix personnel" de son ancien représentant, en expliquant que cette décision constituait "une autre forme, que celle du syndicalisme, d'engagement au service de la société". Francetv info liste trois recommandations pour bien négocier cette transition.

Ta liberté de parole tu défendras

En s'engageant en politique, Edouard Martin renonce-t-il à ses idéaux au profit de son ambition personnelle ? "On a bien vu que, lors de la visite de François Hollande à Florange, en septembre, Edouard Martin avait acquiescé à tout", se remémore Norbert Cima, responsable FO à Florange. L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin soupçonne, lui, "une bonne convivialité politico-syndicale" à l'origine de cette désignation.

"Je ne renie rien et je n'enlève rien à ce que nous avons dit et fait", martèle Edouard Martin au Monde, anticipant les accusations de docilité. Il se dit "toujours méfiant" et "pas un homme d'un parti""La raison principale qui m'a fait accepter, c'est que j'ai obtenu toutes les garanties que je voulais : ma liberté de parler, d'agir et de construire moi-même mon équipe si je suis élu."

Il appartient désormais à l'ex-syndicaliste de réussir un numéro d'équilibriste avec le PS, où il ne s'encartera pas, tout en adhérant au groupe socialiste au Parlement européen. Il devra garder ses distances avec Solférino tout en se faisant accepter par sa nouvelle famille, à commencer par Catherine Trautmann, députée européenne sortante, qui devait initialement occuper la tête de liste.

De ton parcours tu joueras

La réussite du pari d'Edouard Martin aux élections dépend en partie de sa capacité à capitaliser sur son profil ouvrier. "L'un des problèmes du PS, c'est l'ancrage dans les catégories ouvrières", note Eddy Fougier, chercheur associé à l'Institut des Relations internationales et stratégiques. Catherine Trautmann estime que la campagne socialiste sera "énergisée" par la venue d'Edouard Martin, sur laquelle elle compte pour "gagner une troisième place" au Parlement européen (contre deux sièges lors des précédentes élections en 2009).

"Edouard Martin représente, c'est vrai, cette colère, ce combat que mènent ceux qui ont été les délaissés de la crise", reconnaît le patron du PS, Harlem Désir. Un bon résultat de la liste d'Edouard Martin constituerait une première victoire pour l'ancien syndicaliste, qui sera opposé à l'énarque frontiste Florian Philippot et probablement à l'ancienne ministre UMP Nadine Morano.

Des résultats tu obtiendras

Edouard Martin promet de se battre pour "une politique industrielle forte en Europe et les droits sociaux des travailleurs qui sont mis à mal". Pour prouver qu'il n'a pas trahi ses anciens camarades, Edouard Martin devra, s'il est élu, influer sur les décisions prises au Parlement européen, malgré son inexpérience politique.

"Au Parlement européen, beaucoup de décisions impactent les ouvriers", assure la ministre Najat Vallaud-Belkacem. Reste à convaincre les ex-Florange. "Il faudrait plus qu'un Edouard Martin pour changer vraiment le système", redoute Lionel Burriello, responsable CGT à Florange, qui "ose espérer qu'il ne soit pas cintré et corrompu par le système libéral de Strasbourg".

"C'est une lourde erreur que de croire au rôle et au pouvoir des assemblées européennes", juge le leader de la CGT de PSA à Aulnay, Jean-Pierre Mercier, joint par francetv info. "Edouard Martin va devoir passer d'un monde de contestation à un monde de gestion", prévient, plus mesuré, l'ancien syndicaliste CGT et ex-député PS Pierre Brana, contacté par francetv info. Le tournant est prévu le 25 mai prochain, date des élections européennes en France.