Nadine Morano candidate aux européennes : un placard politique ?

Pas forcément, explique Julien Navarro, auteur d'une thèse sur les eurodéputés.

Nadine Morano répond à des journalistes, le 22 novembre 2012, devant le siège de l\'UMP, à Paris.
Nadine Morano répond à des journalistes, le 22 novembre 2012, devant le siège de l'UMP, à Paris. (THOMAS SAMSON / AFP)

Après Rachida Dati, Brice Hortefeux et Nora Berra, Nadine Morano va-t-elle rejoindre le Parlement européen ? L'ancienne ministre déléguée à l'Apprentissage a annoncé, vendredi 22 novembre, qu'elle serait "évidemment" candidate aux élections européennes de 2014. En cas de victoire, elle deviendrait la quatrième ex-ministre du gouvernement Fillon à rejoindre les bancs de cet hémicycle.

Pour évoquer les motivations des prétendants au Parlement européen, francetv info a interrogé Julien Navarro, maître de conférences en science politique à l'université catholique de Lille et auteur d'une thèse intitulée Les députés européens et leur rôle (Editions de l'université de Bruxelles, 2009).

Francetv info : comment expliquer les ambitions européennes des ministres de l'ère Sarkozy ?

Julien Navarro : c'est un phénomène quasi mécanique. Dès lors que survient un changement de majorité, ceux qui occupaient des ministères et des postes de parlementaire national partent en quête d'un point de chute. Ils veulent défendre un programme et des idées, mais aussi continuer à exister politiquement, ce qui passe par un mandat électif. Le Parlement européen est alors une des destinations possibles.

Ce n'est pourtant pas la destination la plus prisée. En 2009, Rama Yade avait refusé de se présenter, se disant "plus motivée par un mandat national".

Pour la plupart des observateurs, il y a les élections de premier ordre, sur lesquelles se focalise toute l'attention des partis et des électeurs : il s'agit des élections nationales, qui sont des moments charnières. Et il y a les élections de second ordre, locales et européennes. Elles mobilisent moins d'électeurs, et les citoyens se prononcent surtout en fonction de considérations nationales. Dans le cas européen, je nuance cette théorie en disant que les considérations européennes interviennent malgré tout. Car lorsque les partis constituent leurs listes, ils tiennent compte de l'activité de l'eurodéputé sortant pour prédire, en partie, sa réélection.

Dès lors, pourquoi choisir les européennes ?

On constate une dichotomie de profils. Certains se présentent avec l'idée d'agir au niveau européen ; d'autres le font par nécessité. Malheureusement, on parle davantage des seconds que des premiers. Pour eux, le mandat européen est un moyen d'exister quand il n'y a pas de possibilité de le faire ailleurs. C'est un intérim, en attendant de trouver une autre fonction. Le mandat européen en tant que tel n'est pas un tremplin. Il peut permettre de se faire repérer, mais il n'attire pas forcément l'attention. Ce n'est pas le meilleur endroit pour exister médiatiquement.

Le Parlement européen est-il un placard politique ?

Pendant très longtemps, il a été vu comme une maison de retraite pour grands noms en fin de carrière, ou comme une chambre pour débutants et pour hommes d'appareil. Toutefois, depuis une quinzaine d'années, on assiste en France à une plus grande professionnalisation. Les eurodéputés s'investissent plus longtemps, jusqu'à occuper des responsabilités de premier plan. Je pense notamment à Joseph Daul, quasi inconnu en France mais grande figure de la politique européenne, et président du Parti populaire européen (PPE, dont est membre l'UMP). Des députés européens français ont de grandes responsabilités mais restent dans l'ombre, du fait d'un système médiatique qui privilégie certains profils plutôt que ceux qui travaillent discrètement.

Qu'est-ce qui explique ce désintérêt pour le travail des eurodéputés ?

Cela tient à la logique du Parlement européen, qui vise à dégager des majorités tout en conciliant les divergences nationales. Cet aspect consensuel, né de l'idée "plus jamais la guerre", est étranger à la vie politique française, qui fonctionne sur un clivage très marqué entre l'opposition et la majorité. Dès lors, les médias français ne retrouvent pas les petites phrases croustillantes, les politiques pas la même visibilité médiatique… Il y a un vrai choc de culture. Certains eurodéputés n'y trouvent pas leur compte, mais d'autres aiment cette logique de consensus et de dialogue.