"Hollande annonce un gouvernement de combat, mais il n'a pas le ton d'un chef de guerre"

Au lendemain de la lourde défaite des socialistes aux municipales, François Hollande a annoncé depuis l'Elysée l'arrivée de Manuel Valls à Matignon. Le conseiller en communication Jean-Luc Mano analyse ses propos.

Le président François Hollande, au palais de l\'Elysée, à Paris, le 19 mars 2014.
Le président François Hollande, au palais de l'Elysée, à Paris, le 19 mars 2014. (ALAIN JOCARD / AFP)

Il était pressé d'agir - y compris dans son camp - devant l'ampleur de la défaite du PS aux élections municipalesFrançois Hollande a décidé de changer de Premier ministre. Il a annoncé la nomination de Manuel Valls, jusqu'ici ministre de l'Intérieur, à la place de Jean-Marc Ayrault, au cours d'une allocution télévisée, diffusée lundi 31 mars à 20 heures. Le nouveau Premier ministre devra diriger un gouvernement "de combat" avec "une équipe resserrée, selon les mots du chef de l'Etat.

Au cours de cette allocution, François Hollande a aussi annoncé "un pacte de solidarité", pour compléter le pacte de responsabilité, avec une baisse des cotisations pour les salariés et une baisse des impôts d'ici à 2017. Pour décrypter son intervention et comprendre le sens de ses annonces, francetv info a interrogé Jean-Luc Mano, ex-journaliste et conseiller en communication, notamment auprès de Nathalie Kosciusko-Morizet pendant sa campagne électorale à Paris.

Francetv info : François Hollande annonce l'arrivée de Manuel Valls à Matignon, un "gouvernement de combat" et une baisse des impôts. Quel message veut-il faire passer ?

Jean-Luc Mano : Sa déclaration est assez classique après une défaite dans les urnes. Son message signifie en substance : "Je vous ai entendus, je vous ai compris". L'essentiel, c'est le départ du Premier ministre, même si celui-ci l'avait annoncé deux heures avant. Et, surtout, la nomination de Manuel Valls à Matignon.

En ce qui concerne les mesures, l'idée est bonne : François Hollande annonce une baisse d'impôts dans un contexte économique compliqué. Aujourd'hui encore, les indicateurs publiés sont mauvais [la dette publique et le déficit ont été supérieurs aux prévisions du gouvernement en 2013, selon l'Insee].

L'axe de la politique de François Hollande va dans le bon sens, mais sa méthode est mauvaise. Il annonce une baisse des impôts à l'horizon 2017, soit d'ici trois ans ! Pas un seul Français en colère ne peut être apaisé après avoir regardé le président à la télé. Il dévoile des mesures, mais il ne précise pas quand, pour qui, comment... Il reste dans la promesse verbale. A moins qu'il ait décidé de réserver le détail des mesures au nouveau Premier ministre. C'est une possibilité, à vérifier dans les prochains jours.

Que signifie sa décision de nommer Manuel Valls à Matignon ?

François Hollande a un problème d'autorité : le désordre s'est installé au gouvernement sous l'autorité évanescente de Jean-Marc Ayrault. En revanche, Manuel Valls a plus d'autorité et peut faire en sorte que le gouvernement soit plus harmonieux. Avec ce choix, François Hollande montre que la situation peut changer, comme les Français le lui demandent. Mais en même temps, il choisit le socialiste le plus à droite pour diriger le gouvernement. C'est problématique, car cela prouve qu'il n'entend pas le cri de désespoir de l'électorat de gauche, celui-là même qui a boudé les urnes aux élections municipales, voire qui l'a sanctionné.

Surtout, la décision de François Hollande montre qu'il n'avait pas vraiment le choix. Il n'avait qu'une autre possibilité pour Matignon : Martine Aubry. Mais il ne l'a pas nommée, pour des raisons d'incompatibilité de caractères. Et puis, il était difficile pour le chef de l'Etat de ne pas choisir le socialiste le plus populaire. Il a durement été sanctionné par l'opinion, et se devait donc de choisir une personne qui a une forte notoriété. 

Réagir aussi vite, est-ce une solution adaptée ?

Il aurait certainement préféré attendre le résultat des élections européennes du 25 mai. Mais il a dû s'adapter à la situation. Il a réagi vite et il a raison. C'est d'ailleurs pour cela qu'il a eu deux formules peu présidentielles selon moi. Il a dit : "Je sais qui m'a élu". Il se présente ainsi comme le président d'une partie seulement de la France. Il avait besoin de s'adresser à l'électorat de gauche, vu les circonstances. Ensuite, il a rendu hommage aux maires battus. En faisant cela, il s'adresse à sa majorité, car il sait que la révolte gronde chez les députés et que certains menacent de ne pas voter la confiance au nouveau gouvernement. Pour éviter cet écueil, Manuel Valls va devoir intégrer Benoît Hamon, peut-être en numéro 2 du gouvernement, Ségolène Royal, Arnaud Montebourg, afin d'envoyer des signaux à la gauche. Ce serait très symbolique.

Que penser de la communication de crise de François Hollande ?

Sa communication est laborieuse : après cette intervention, personne n'est bluffé. Il a voulu donner un nouveau cap dès ce soir, mais il l'a fait de façon trop floue et trop vague. On n'est pas dans le niveau de réponse requis après de tels résultats aux municipales. L'image de président "mou" lui colle à la peau. Il annonce un gouvernement de combat, mais il n'a pas le ton d'un chef de guerre. Même si l'annonce d'un gouvernement resserré ajoute un point à son crédit, car c'est une mesure qui va dans le bon sens.