"Cette élection va servir de test électoral" : pourquoi la gauche est désunie pour le scrutin européen

A gauche, neuf listes sont officiellement candidates pour le scrutin du 26 mai. Un émiettement qui s'explique notamment par le contexte politique dans lequel se tient l'élection.

Raphaël Glucksmann, tête de la liste \"Envie d\'Europe\" qui réunit le Parti socialiste et le mouvement Place publique, présente les candidat pour les élections européennes du 26 mai.
Raphaël Glucksmann, tête de la liste "Envie d'Europe" qui réunit le Parti socialiste et le mouvement Place publique, présente les candidat pour les élections européennes du 26 mai. (MAXPPP)

Neuf listes sont candidates à gauche pour les élections européennes qui se dérouleront le 26 mai, d'après les candidatures officielles publiées au Journal officiel. Selon un sondage Ipsos Sopra-Steria pour Radio France et France Télévisions, publié dimanche 5 mai, Europe-Ecologie Les Verts est le premier parti de gauche, avec pour l'instant 8,5% des intentions de vote. Il se place en quatrième position derrière le Rassemblement national, La République en marche et Les Républicains.

"Il y a un fort éparpillement à gauche avec de nombreuses listes qui sont assez proches idéologiquement et qui mordent sur le même électorat", confirme Mathieu Gallard, directeur des études chez Ipsos. Plusieurs raisons à ce morcellement des listes candidates à gauche. 

Un test électoral pour 2022

"Cette année, l'élection sert surtout à la gauche d'instrument de recomposition en vue des prochaines élections présidentielles de 2022", affirme le politologue Olivier Costa. Le directeur de recherches au CNRS explique que "les différents leader et organisations ont donc refusé la logique de l'alliance et de la liste commune parce que cette élection va servir de test électoral pour voir qui est susceptible de l'emporter". Le politologue assure que les futures échéances ont primé sur le scrutin du 26 mai : "On a le sentiment que chez Génération.s et chez les socialistes, l'idée qu'ils ne passent pas la barre des 5% n'est pas si importante que cela. Ce qui est plus important, c'est de préparer la suite." 

Cependant, même dans un autre contexte politique, Olivier Costa n'est pas convaincu qu'une alliance de gauche aurait pu voir le jour. "Un certain nombre d'électeurs le souhaiteraient mais il ne faut pas oublier que les positionnements sur la question européenne sont extrêmement divers parmi ces neuf listes de gauche." Ainsi, La France insoumise est dans une approche relativement critique alors que Nathalie Arthaud souhaiterait former "une sorte d'internationale de Lutte ouvrière". "Il est donc très difficile de faire liste commune et c'est le problème du PS sur cette question depuis 20 ans." Mais pour Bruno Cautrès, politologue et chercheur au Cevipof, ces différences idéologues ne permettent pas d'expliquer un nombre aussi important de listes. "Il y a des différences à l'intérieur de la gauche mais il y a plusieurs listes dont les différences sur la question de l'Europe ne sont pas gigantesques", assure-t-il.

Un facteur de déstabilisation de l'électorat

D'après Olivier Rouquan, politologue et chercheur associé au Centre d'études et de recherches de sciences administratives de l'université Paris-2 Panthéon Assas, "l'électorat moyen se demande quelle est l'utilité de distinguer une liste Parti socialiste et une liste Génération.s qui grignotent quelques voix de semaines en semaines et se partagent des voix qui sont assez faibles".

Cet émiettement a notamment pour conséquence de déstabiliser l'électorat de gauche : "45% des électeurs disent que leur choix n'est pas définitif et c'est particulièrement vrai chez les électeurs de gauche", explique Mathieu Gallard. L'hypothèse d'une "cristallisation" juste avant le scrutin sur l'une de ces listes n'est donc pas à exclure d'après lui. "Pour la liste EELV, 75% des électeurs disent qu'ils peuvent encore changer d'avis", complète Olivier Rouquan.

Vers une recomposition future

"Si les intentions de vote sont suivies d'effet le jour des élections européennes, on aura le sentiment de revivre le second tour de l'élection présidentielle de 2017", avertit le politologue et chercheur au Cevipof Bruno Cautrès. Il se dit convaincu que cet éparpillement va entraîner une remise en question au sein de la gauche. "Il y aura beaucoup de réflexion et peut-être des initiatives au lendemain des élections européennes parce que la gauche ne va pas pouvoir rester dans cet état."