Elections européennes : pourquoi certains panneaux électoraux sont-ils vides à cinq jours du scrutin ?

Sur les 34 formations qui se présentent aux européennes en France, seules 13 ont vraiment les moyens de garnir en affiches tous les panneaux. Les autres utilisent le système D.

Les panneaux électoraux devant la mairie du 20e arrondissement de Paris, le 20 mai 2019.
Les panneaux électoraux devant la mairie du 20e arrondissement de Paris, le 20 mai 2019. (AMAURY CORNU / HANS LUCAS)

C'est une première en France. Pas moins de 34 partis présentent une liste aux élections européennes du dimanche 26 mai. Depuis le début de la campagne officielle, lundi 13 mai, les panneaux électoraux installés à côté des bureaux de vote se parent d'affiches. Mais certains resteront vierges jusqu'au jour du scrutin. Franceinfo vous explique pourquoi.

Parce que l'impression des affiches est à la charge des candidats

Parmi les 34 listes, seules 13 investissent le budget nécessaire pour imprimer le nombre d'affiches attendues sur l'ensemble des panneaux électoraux, comme précisé dans le mémento du ministère de l'Intérieur à l'usage des candidats. Ces 13 listes sont celles qui estiment (sondages à l'appui) que leur score peut dépasser la barre des 3%, seuil nécessaire pour être remboursé des frais de campagne.

Pour les 21 autres, c'est une impression à l'économie. Hadama Traoré, tête de liste de Démocratie représentative, indique à franceinfo qu'environ 10 000 affiches de son parti ont été imprimées. "Tout le monde s'y met. Militants, sympathisants, chacun imprime comme il peut", rapporte-t-il. Même constat du côté de Sophie Caillaud, tête de liste d'Allons enfants : "Certains impriment directement l'affiche chez eux. Pour d'autres, on leur envoie par la Poste, ce qui fait des frais en plus", raconte-t-elle à franceinfo.

D'autres recyclent, comme l'explique à franceinfo Robert de Prévoisin, tête de liste d'Alliance royale : "On utilise des affiches que nous avions en stock de la dernière élection européenne et on change le millésime." Pour Robert de Prévoisin, dont c'est la quatrième participation aux élections européennes, il est hors de question de faire un emprunt : "Nous sommes nombreux à être à la retraite et nous ne nous voyons pas payer pendant des années des frais de campagne." Ce dernier, après un rapide calcul, chiffre à 2 500 le nombre d'affiches imprimées cette année. Ce qui ne permettra pas de garnir les 80 000 panneaux mis à disposition pour chaque liste candidate. 

Parce que le collage sur les panneaux l'est aussi

Une fois éditées, les affiches doivent être collées. Les treize plus gros partis ont délégué cette tâche à France Affichage Plus. Cette entreprise bénéficie de 600 employés pour coller plus de 2 millions d'affiches.  

Pour les plus petites formations, c'est un système d'entraide basé sur les militants, les bénévoles et les amis. Tous se transforment, pour quelques jours, en colleurs d'affiches. Limités en temps et en main-d'œuvre, ces partis sont contraints de faire des choix. "On a ciblé les villes où on a des membres : Paris et la banlieue, Nancy, Nantes, Lille..." explique à franceinfo Sophie Caillaud, d'Allons enfants. "On fait des impasses sur certains endroits et on colle là où il y a le plus de passages", témoigne de con côté Robert de Prévoisin, d'Alliance royale.

S'ajoute à cela une rude concurrence car "les adversaires arrachent nos affiches. Le parti LREM a collé directement ses affiches sur les nôtres", tempête Hadama Traoré de Démocratie représentative. Il existe aussi des initiatives personnelles et spontanées, comme en témoigne Robert de Prévoisin, dont un de ses partisans "a imprimé un bulletin de vote et est allé le coller sur un panneau électoral prés de chez lui".

Parce que les mairies doivent (en théorie) présenter 34 panneaux par bureau de vote

Mais alors, pourquoi laisser des panneaux vides si tous les candidats ne peuvent pas y apposer leurs affiches ? Parce que c'est une obligation pour les maires. La largeur et la hauteur des panneaux doivent être suffisantes pour permettre le collage a minima d'une petite et d'une grande affiche par liste, selon les directives du ministère de l'Intérieur. Si cette obligation est respectée dans les grandes villes, cette contrainte est un casse-tête logistique pour beaucoup d'édiles dans les petites communes.

Anciens tableaux d'école, placo, tables repliées... Les maires font preuve d'ingéniosité, mais pour certains, le compte n'y est pas et peu de villages disposent d'un nombre suffisant de panneaux. "Nous n'avions ni l'argent, ni le temps, ni le matériel. Résultat, la mairie n'a que 25 panneaux sur les 34 obligatoires", concède auprès de franceinfo Eliane Raulet, première adjointe à la mairie de Saint-André (Haute-Garonne), une commune qui compte 220 habitants. Et sur ces 25 panneaux obtenus de haute lutte, ne figurent au final que 13 affiches...