Européennes : "L'urgence de l'heure pourrait justifier une intervention exceptionnelle d'un président europhile comme Emmanuel Macron"

Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine, analyse sur franceinfo l'interview qu'Emmanuel Macron a accordée à la presse régionale à cinq jours du scrutin.

Emmanuel Macron le 20 mai 2019 à l\'Élysée.
Emmanuel Macron le 20 mai 2019 à l'Élysée. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Emmanuel Macron s'engage à nouveau dans la campagne des européennes, en accordant un entretien à plusieurs titres de la presse régionale, mardi 21 mai. Le président affirme qu'il "ne peux pas être spectateur". L'initiative a engendré une salve de critiques, certains l'accusant d'abuser de sa position.

Qu'un président intervienne dans la campagne des européennes est rare mais pas inédit, rappelle sur franceinfo Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Orléans et président du comité d’histoire parlementaire et politique. Nicolas Sarkozy l'avait également fait. "On est dans un moment historique particulier. Il n'y a jamais eu à ce point une sorte de convergence européenne des nationalismes. L'urgence de l'heure pourrait justifier une intervention exceptionnelle d'un président de la République europhile comme Emmanuel Macron dans la campagne", explique-t-il.

Un engagement risqué

"Une des raisons de son intervention est peut-être un peu aussi le manque de charisme de la tête de liste Renaissance de Nathalie Loiseau", soulève le professeur. Pour autant "difficile" de dire si cette démarche le servira ou le desservira. "Pour le RN et la plupart de ses adversaires, il s'agit de faire de cette élection un référendum anti-Macron", rappelle Jean Garrigues. "Donc s'il s'investit, s'il joue le jeu justement de cette consultation plébiscitaire, il court le risque d'être sanctionné", dit-il.

Toutefois cette démarche s'inscrit logiquement dans le programme et les objectifs d'Emmanuel Macron qui n'a jamais caché son désir d'être "le leader d'une nouvelle Europe", analyse le professeur. "C'est presque dans la logique des choses que le président, et surtout le président d'un parti qui est en pleine construction, qui est tout neuf, prenne toute la place et aussi tous les risques", estime Jean Garrigues.