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Départementales : quels enseignements pour EELV après le premier tour ?

Europe Ecologie-Les Verts n’a remporté que 2,03% des voix au premier tour des élections départementales. Un score famélique qui reflète mal la performance du parti écologiste ainsi que les enjeux auxquels il doit faire face.

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La secrétaire nationale d'EELV, Emmanuelle Cosse, lors d'une conférence de presse le 18 mars 2015, à Toulouse (Haute-Garonne). (REMY GABALDA / AFP)

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) sort un peu étourdi de ce premier tour des élections départementales. Avec 2,03% des voix au niveau national, selon le ministère de l’Intérieur, le parti écologiste souffre d’un manque de visibilité dû, entre autres, à sa structure décentralisée qui a conduit chaque département, voire chaque canton, à faire ses choix d’alliance seul. Quels enseignements tirer d’un scrutin dont EELV semble à première vue émerger affaibli ?

Une politique d’alliance qui traduit le dilemme PS-Front de gauche

La campagne a d’abord exposé au grand jour les lignes de désaccord qui parcourent le parti. Celle qui oppose Jean-Vincent Placé à Cécile Duflot, par exemple, depuis que cette dernière a quitté le gouvernement en mars 2014. Le sénateur de l'Essonne, lui, ne souhaite rien plus que rejoindre ce même gouvernement lors d’un éventuel remaniement après les départementales.

Conséquence immédiate, Jean-Vincent Placé aurait souhaité s’allier directement aux socialistes dans l’ensemble des cantons quand Cécile Duflot, très critique à l’égard de l’exécutif, a préféré regarder en direction du Front de gauche.

Ces querelles de chefs mises à part, le parti n’a pas souhaité imposer de ligne unique concernant les alliances. "Nous avons un fonctionnement très décentralisé, explique Julien Bayou, porte-parole d'EELV. Cela nous conduit à avoir des stratégies régionales, voire départementales, où les alliances se font au cas par cas." Les écologistes se sont donc présentés sous diverses étiquettes : en binôme avec le PS dans 18% des cas (165 cantons) ou avec le Front de gauche dans 45% des cas (448 cantons). Restaient donc 377 cantons, où EELV a fait cavalier seul.

Les 2,03% enregistrés par le ministère de l'Intérieur, évidemment peu flatteurs, ne prennent justement en compte que ces 377 cas, qui ne représentent qu'un peu moins de 20% des 2 074 cantons. Les cantons dans lesquels EELV est accompagné d'un candidat socialiste ou Front de gauche, 613 en tout, sont comptabilisés sous l’étiquette "Union de la gauche" (lorsque le deuxième candidat est socialiste) ou "Divers gauche" (quand il est Front de gauche). Ils n’entrent pas en compte dans le calcul du score national d'EELV, ce qui le minimise d'autant.

Des résultats difficiles à interpréter

Tant de partenariats différents rendent la performance électorale des écologistes difficile à analyser. "On a du mal à décortiquer les résultats", reconnaît Julien Bayou, qui revendique en moyenne 9,7% des voix dans les cantons où EELV présentait un binôme 100% Verts, contre 13,6% dans les cantons où le parti se présentait en binôme avec le Front de gauche et 27% dans ceux où il était associé au PS.

Bien loin des 2,03% nationaux, bien que ces derniers traduisent tout de même une faible implantation territoriale lors d’un scrutin "très, très local". Un état de fait que confirme Aurélia Troupel, maître de conférences à l’université de Montpellier et spécialiste des réformes électorales : "Pour les élections départementales, et plus largement locales, le vote se fait plus sur des visages que sur des partis. Les notables sont en position de force, explique-t-elle. EELV connaît ses zones de force et investit ses ressources financières et humaines, plus limitées que celles du PS ou de l’UMP, là où il peut les transformer en un maximum de sièges."

Un scrutin utile en vue des élections régionales

Ce scrutin, le premier où EELV affiche des liens aussi forts avec le Front de gauche, a enfin valeur de test. "Il se peut que les écologistes prennent ainsi la mesure de leur force avant les élections régionales, estime Aurélia Troupel. Y aller seuls ou alliés à d’autres partis que le PS permet de révéler la faiblesse des socialistes sans leurs alliés traditionnels. EELV montre qu’il n’est pas qu’une force d’appoint, peut-être dans l’optique de négociations en vue des régionales." Europe Ecologie-Les Verts n’a en effet rien à perdre : le parti est souvent plus performant lors des scrutins de liste, comme ceux des régionales ou des européennes. 

Difficile, donc, de tirer des conclusions sur la force du tandem écologistes-gauche de la gauche, selon Julien Bayou, pour qui "il est trop tôt pour discuter des élections régionales" prévues en décembre 2015. Mais pour Aurélia Troupel, la stratégie d’EELV pourrait permettre de "voir de quel côté penchent les militants", entre soutien au gouvernement et positionnement plus à gauche.

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