"Ces régionales vont nous envoyer des signaux extrêmement intéressants" pour la présidentielle, analyse le politologue Bruno Cautrès

Le politologue Bruno Cautrès décrypte le contexte politique, à une semaine exactement du premier tour des élections régionales et départementales.

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Bruno Cautrès, le 11 mai 2009 à Paris. (DLABORDE / NRCO MAXPPP)

"Incontestablement, ces élections régionales vont avoir de multiples conséquences vis-à-vis de la présidentielle", explique sur franceinfo Bruno Cautrès, politologue, chercheur CNRS au Centre de recherches politiques de Sciences Po. "Culture du clash", montée du Rassemblement national, projections pour la présidentielle : le spécialiste décrypte le contexte politique, à une semaine exactement du premier tour des élections régionales et départementales.

franceinfo : Emmanuel Macron giflé, Jean-Luc Mélenchon enfariné, des échanges tendus entre Eric Dupond-Moretti dans le Nord avec un candidat LFI puis avec un candidat du Rassemblement national... Est-ce que la haine s'invite aussi dans la sphère politique, portée par les candidats eux-mêmes avec la "culture du clash" dont on parle souvent ?

Bruno Cautrès : Il est vrai que cette culture du clash, cette culture des plateaux de télévision où l'on va sur des sujets sensibles, avec des débats extrêmement enflammés, est un peu à double tranchant. Beaucoup de Français, lorsqu'ils regardent ces débats télévisés à la fois, voient dans cette culture du clash un côté qu'ils aiment bien, c'est-à-dire l'idée de voir des politiques fortement se différencier sur des sujets d'actualité. Ça peut être une bonne chose pour le débat public, mais lorsque nous regardons ces débats, on en ressent aussi beaucoup de malaise et le sentiment d'une vie politique française trop fracturée, trop clivée, extrêmement polarisée. Donc cette culture du clash, il serait bien qu'un peu de culture civique, progressivement, la remplace.

Alors qu'une partie de la classe politique appelle à faire barrage, le Rassemblement national est toujours donné en tête du premier tour des régionales dans les sondages. Plus on parle de lui, plus il monte ?

Ce qui est certain, c'est d'abord que le RN est devenu un acteur absolument central de notre vie politique. (...) Sa géographie électorale et sa sociologie traduit qu'il a toujours des bastions, des zones de force : les catégories populaires, le Nord-Est, le Sud-Est. Mais progressivement, le phénomène s'est diffusé dans l'ensemble du territoire. Et effectivement, aujourd'hui, la question du rapport au RN, la question des éventuelles alliances avec le RN qui taraude une partie de la droite, est devenue un élément tout à fait central du débat public.

Vous dites que cette progression récente des intentions de vote pour le Rassemblement national aux régionales est une trajectoire en trompe-l'oeil. Pour quelle raison ?

Quand on regarde de près les sondages d'intentions de vote, il faut toujours être prudent, surtout dans des élections locales. Mais quand on regarde les sondages d'intentions de vote qui sont réalisés jusqu'à présent, on voit qu'effectivement, le RN est très haut, incontestablement, dans de très nombreuses régions. Mais il y a plusieurs régions dans lesquelles il est donné plus bas que son score de 2015. Un bon exemple : les Hauts-de-France, la région pour laquelle Xavier Bertrand essaye d'être réélu président de région. Aux régionales de 2015, Marine Le Pen est presque à 41%. Aujourd'hui, la liste de Sébastien Chenu est à 32-33%. Dans plusieurs régions, le Rassemblement national va sans doute obtenir de très bons résultats et peut même gagner des régions, mais avec des scores plus faibles qu'en 2015. Il faut dire qu'en 2015, c'était quelques mois après les attentats, dans une séquence dynamique et extrêmement forte pour Marine Le Pen vers la présidentielle de 2022. Aujourd'hui, elle est toujours dans une dynamique, mais le RN se remet aussi, quand même, du trou d'air que Marine Le Pen a eu après la présidentielle.

Les régionales, rampe de lancement pour la présidentielle : c'est une réalité politique ou une hypothèse fragile ?

Incontestablement, ces élections régionales vont avoir de multiples conséquences vis-à-vis de la présidentielle. Ça ne veut pas dire que la corrélation est parfaite entre les deux, mais en tout cas, les résultats des régionales vont avoir des conséquences sur les stratégies des partis et des politiques. Ça va nous dire des choses essentielles. Par exemple, ça va nous donner : est-ce que Xavier Bertrand et/ou Valérie Pécresse seront candidats à la présidentielle, en fonction de leur score, mais aussi de leur rapport à gauche ? À gauche, qui est aujourd'hui le leader ? Est-ce plutôt les écologistes qui font une percée aux régionales ? Est-ce que les socialistes arrivent à se maintenir ? Est-ce que LREM a toujours la même difficulté à s'inscrire dans les territoires de la France ? Ces régionales vont nous envoyer des signaux extrêmement intéressants sur la stratégie des partis et des candidats à la présidentielle.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Elections Départementales 2021

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.