Infographies Abstention aux régionales : banlieues pauvres, communes du Grand Est… Quelles sont les vingt communes qui ont le moins voté ?

L'abstention a atteint plus de 80% dans deux types de communes : des villes de banlieue au faible revenu et des localités de la région Grand Est.

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Dans un bureau de vote à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais), lors du second tour des élections régionales, le 27 juin 2021. (SYLVAIN LEFEVRE / HANS LUCAS / AFP)

Dimanche 27 juin, l'abstention a atteint le niveau record de 65,7% au second tour des élections régionales, un taux à peine inférieur à celui du premier tour. Si deux Français sur trois ne se sont pas rendus aux urnes, cette moyenne cache d’importantes disparités. L'abstention a ainsi atteint plus de 80% dans certaines communes, et reste marquée socialement. Franceinfo vous détaille le profil des 20 villes qui ont le moins voté.

Seules les communes de plus de 1 000 habitants ont été retenues pour cette analyse. Dans des municipalités de plus petite taille, le nombre trop faible d’habitants rendrait le calcul de moyenne peu pertinent.

Un record de 87,4% d'abstention à Vaulx-en-Velin 

Parmi les communes de plus de 1 000 habitants, la plus abstentionniste de France au second tour des élections régionales est Vaulx-en-Velin. Dans cette ville de 47 000 habitants de la banlieue lyonnaise, 87,4% des personnes appelées aux urnes ont décidé de ne pas aller voter. Au-delà de ce record, toutes les communes du top 20 ont un taux d’abstention d'au moins 81,8%, ce qui signifie que plus de quatre habitants sur cinq se sont abstenus.

Au sein de ce top 20, onze communes appartiennent à la région Grand Est. Cette tendance se confirme en élargissant au top 100 : plus de la moitié des communes les plus abstentionnistes se trouvent dans cette région, qui a par ailleurs été la plus abstentionniste de France lors de ce scrutin, avec à peine plus de 30% de participation. 

Quatre communes d’Auvergne-Rhône-Alpes sont également présentes parmi les championnes de l’abstention, toutes situées dans l'aire urbaine lyonnaise (comme Vaulx-en-Velin, donc). Trois communes de région parisienne, et Roubaix (Nord), dans les Hauts-de-France, s’intercalent aussi dans ce top 20 des abstentionnistes.

Des villes marquées par un faible revenu par habitant

Parmi ces 20 communes hyper abstentionnistes, onze font partie des 10% de villes françaises dont les revenus médians sont les plus faibles. Une majorité d'entre elles fait même partie des 3% les plus pauvres. Ce sont des villes de plus de 15 000 habitants situées dans les banlieues de grandes agglomérations comme Paris, Lyon ou Lille, et dont les habitants ont des niveaux de diplômes plus faibles que la moyenne nationale. Le taux de personnes sans aucun diplôme y varie entre 31 et 47%, contre 22% en France.

Pour Christine Fauvelle-Aymar, maîtresse de conférences et qui travaille sur les déterminants de la participation électorale, "le taux de participation est vraiment lié au niveau d’insertion sociale et donc d’éducation". Selon elle, il y a dans ces villes de banlieue "un manque d’intérêt car il n’y a plus du tout les grands mouvements de masse qui faisaient que les gens étaient socialisés politiquement, comme le Parti communiste de l’époque par exemple". "Il y a une disparition des leaders d’opinion très politisés", renchérit Babak Taghavi, chercheur en sciences politiques à l'université de Picardie.

Une autre particularité attire l'attention : les onze municipalités du Grand Est présentes dans ce classement ne semblent pas particulièrement se distinguer socialement. Ni le revenu médian, ni le niveau de diplôme n’y sont globalement différents de la moyenne nationale. Ce sont des communes de taille moyenne, qui comptent entre 1 200 et 14 000 habitants.

Pour Babak Taghavi, la fusion des régions peut être l'un des éléments d’explication de l’abstention dans cette région où les identités locales restent fortes : "La région Grand Est est en grande partie artificielle et cela a pu jouer dans l’illisibilité du scrutin." Pour lui, le Covid-19 a aussi pu avoir un effet, la région ayant été particulièrement touchée. "On produit de l’intérêt pour la politique en discutant, en délibérant avec ses proches. Avec les mois d’isolement qu’on a connus avec les confinements, on n’a pas eu ces discussions. Et même si on est sur un cycle de déconfinement, on ne va pas d’abord parler des élections régionales avec des proches qu’on n’a pas vus depuis des mois."

A Clichy-sous-Bois, 1 habitant sur 20 a voté  

Le taux d’abstention représente la proportion de votants par rapport au nombre de personnes inscrites sur les listes électorales. Mais toute la population n'est pas présente sur ces listes. A Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), seuls 40,6% des habitants y sont inscrits, par exemple parce qu'ils n'ont pas la nationalité française (37% des habitants de cette commune), ou parce qu'ils ont moins de 18 ans. Enfin, certaines personnes ne sont pas inscrites sur les listes alors qu'elles le pourraient. A l’échelle nationale, ce chiffre est d’un peu plus de 7%.

Dans cette ville de 30 000 habitants, les votants ne représentent donc que 5,42% de la population municipale. Si vous croisez un habitant dans les rues de Clichy-sous-Bois, il n’y a donc qu’une chance sur 20 qu’il se soit rendu aux urnes dimanche dernier. "Les gens qui sont allés voter sont des originaux, des atypiques", souligne Babak Taghavi, qui parle de "participation résiduelle". Il rappelle que la ville est "l'une des plus pauvres de France et qu’à un niveau de précarité tel, les préoccupations matérielles dominent tout. Pour beaucoup de personnes, la question du renouvellement du conseil régional ou départemental ne s'est même pas posée."

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