Zone euro : Sarkozy ne soutient pas la création d’un "parlement de plus"

Suite à la crise grecque, François Hollande défend la création d’un gouvernement et d’un parlement de la zone euro. Sa proposition reçoit un accueil mitigé dans l’opposition. Analyse et décryptage.

(Nicolas Sarkozy inaugurait le 19 juillet le lancement de la caravane des jeunes Républicains © Reuters/Benoit Teissier)

"Ce qui nous menace, ce n’est pas l’excès d’Europe mais son insuffisance ", écrit François Hollande dans une lettre en hommage à Jacques Delors qui fêtera ses 90 ans lundi. Dans cette lettre publiée par le JDD, le Président de la République appelle de nouveau à la création d’un gouvernement de la zone euro, comme il l’avait fait lors de son interview du 14 juillet.

"J’ai proposé de reprendre l’idée de Jacques Delors du gouvernement de la zone euro et d’y ajouter un budget spécifique ainsi qu’un Parlement pour en assurer le contrôle démocratique ".

Nicolas Sarkozy: "le système est à bout "

Nicolas Sarkozy était à Nice pour inaugurer le lancement de la caravane des Républicains. Interrogé sur les propositions de François Hollande, l’ancien Président a dit privilégier le couple franco-allemand, façon de souligner que cette proposition de gouvernement et de budget de la zone euro n’est pas publiquement soutenue par l’Allemagne.

"Je pense qu’on est arrivé au bout d’une époque, au bout d’un système et qu’il faut profiter de la gravité de la crise pour modifier en profondeur le fonctionnement de la zone euro et préparer les crises qui s’annoncent "

L’ancien président n’a pas lui-même détaillé ses idées en la matière, mais il a été très cinglant sur la question du parlement européen.

"Je ne pense pas qu'on ait besoin d'un parlement de plus" a réagit Nicolas Sarlozy
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France-Allemagne : des visions opposées

Thierry Chopin, de la fondation Robert Schumann, un cercle de réflexion pro-européen rappelle que l’idée d’un gouvernement économique européen est un serpent de mer qui remonte à François Mitterrand. Il souligne une grande divergence entre la France et l’Allemagne à ce sujet.

Pour la France, un gouvernement économique c’est le renforcement de l’Eurogroupe (les ministres des finances de la zone euro), et la création d’un poste permanent de président de l’Eurogroupe. Pour les Allemands, un gouvernement économique, ce n’est pas le renforcement de l’échelon intergouvernemental, mais le renforcement par les règles, c’est à dire une gouvernance qui permet de mieux respecter les règles.

"La crise grecque a montré les limites de la gouvernance politique européenne"
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Le lancement de ce débat est une initiative positive, mais doit être abordé avec les Allemands, estime Thierry Chopin.

 

Qu’a voulu dire le président ? L’analyse de Quentin Dickinson

Selon notre correspondant à Bruxelles, Quentin Dickinson, on peut considérer que la  réunion de l’Eurogroupe qui rassemble les 19 ministres des finances de la zone euro, remplit déjà le rôle de gouvernement de la zone euro. Cet Eurogroupe est dirigé par un président, qui dispose d’un mandat de deux ans et demi. Cependant, ce mandat n’est pas exclusif. L’actuel président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem reste aussi le ministre des finances des Pays Bas.

S’agissant du Parlement pour en assurer le contrôle démocratique, notre correspondant imagine que  la solution de simplicité consisterait à désigner les députés européens élus de la zone euro,  aux fonctions non rémunérées de délégués à une assemblée de l’Eurozone qui reste à créer. Dans un premier temps, les travaux en plénière seraient préparés par une commission parlementaire de l’Eurozone où siègeraient une quarantaine de ces députés, originaire des différentes familles politiques.

Notre correspondant à Bruxelles jauge la faisabilité rapide des propositions de François Hollande
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Le gouvernement de la zone euro existe déjà ! Alain Lamassoure

Le député Européen Alain Lamassoure s’est dit lui un peu perplexe sur notre antenne. Pour lui, le gouvernement de la zone euro existe déjà, ce sont les chefs d’Etat de la zone euro « qui s’est réuni pour la première fois sous Nicolas Sarkozy, qui a été institutionnalisé, ça fait maintenant partie des traités. Et donc il se réunit, il suffit de le faire travailler »

"Nous avons d’une part le parlement européen, et nous avons une conférence interparlementaire qui réunit le parlement européen et les parlements nationaux que nous avons déjà trois fois. Donc tout ça existe ".
 

"L'aide à la Grèce ce n'est pas l'Union Européenne qui la fait, ce sont les 18 budgets nationaux"
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Le vrai problème pour Alain Lamassoure, c’est le budget de la zone euro. Ce que souhaite François Hollande n’est pas clair.

Derrière le budget européen: la solidarité 

En faisant ces propositions, le Président de la République cherche à répondre à une critique récurrente de la zone euro : ce n’est pas une zone monétaire optimale. La théorie de la zone monétaire optimale a été mise au point par Robert Mundel (Prix Nobel d’économie en 1999). Selon cette théorie, pour fonctionner une zone monétaire doit disposer : d’une similarité des structures productivesd’une mobilité du capital et des facteurs de production (c’est-à-dire des travailleurs)d’un système de redistribution entre ses membres De ces trois conditions, la zone euro n’en remplit  aucune pleinement. Le capital circule assez librement, les hommes et les femmes le peuvent, mais de fait, ils ne sont pas mobiles au sein de la zone euro comme le sont les Américains dans les Etats Unis, mais surtout, il n’y a pas de système de redistribution entre zones riches et zones pauvres. En proposant un budget pour la zone euro, François Hollande évoque sans le dire l’idée d’une redistribution financière au sein de la zone euro, comme elle existe entre les départements riches et pauvres en France, entre le Nord de l'Italie et le Sud. 

La crise grecque a montré la nécessité de cette redistribution ; elle a aussi montré que les pays de la zone euro, Allemagne en tête n’étaient pas prêts à cette solidarité.

A VOIR NOTRE CARTE INTERACTIVE : Stricte ou tolérante, l'attitude des états de la zone euro face à la Grèce

Les partisans de la théorie de la zone monétaire optimale donneront raison à François Hollande, mais il y a très peu de chance que les Allemands l’acceptent.