Epargne retraite : "En France, on a autant de produits d'épargne retraite que de fromages"

Les mesures annoncées jeudi par le gouvernement pour favoriser l'épargne retraite sont "bonnes car il y a de la simplification", a estimé l'économiste Philippe Crevel sur franceinfo.  

Le ministre de l\'Economie, Bruno Le Maire, à Lyon (Rhône), le 9 novembre 2017.
Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, à Lyon (Rhône), le 9 novembre 2017. (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a annoncé jeudi 3 mai des mesures pour favoriser l'épargne retraite, boudée par les Français au profit de l'assurance-vie ou du livret A. Il s'agit notamment du Perp (plan d'épargne retraite populaire), du Perco (plan d'épargne pour la retraite collectif), ou encore du contrat retraite article 83, des comptes alimentés par les salariés pour financer leur retraite. Ces dispositifs sont choisis par environ dix millions de Français mais jugés pas assez pratiques ni rémunérateurs. Le gouvernement veut rendre leur fiscalité plus attractive, et instaurer leur portabilité d'une entreprise à une autre. Il entend aussi faciliter le financement de l'économie car ces placements profitent aux entreprises.

"Ce sont plutôt de bonnes mesures de la part du gouvernement", car il y a une volonté d'"harmonisation", a indiqué sur franceinfo Philippe Crevel, économiste, directeur du Cercle de l’épargne."En France, on a autant de produits d'épargne retraite que de fromages", a-t-il constaté. Pour lui, "c'est une bonne idée de vouloir simplifier et d'instaurer la portabilité d'une entreprise vers une autre".

franceinfo : Tous ces changements annoncés par le gouvernement peuvent-ils inciter les Français à se tourner davantage vers les comptes épargne retraite ?

Philippe Crevel : Ce sont plutôt des bonnes mesures de la part du gouvernement, car il y a de la simplification, il y a une harmonisation. En France, on a autant de produits d'épargne retraite que de fromages. Il y a une dizaine de produits d'épargne retraite qui ont chacun leur régime, leur mode de sortie, leur fiscalité. C'est une bonne idée de vouloir simplifier d'autant qu'il y a la volonté d'instaurer la portabilité d'une entreprise vers une autre pour les salariés, si un salarié a un Perco [plan d'épargne pour la retraite collectif] dans une entreprise il pourra le porter dans une autre entreprise où il y a un [contrat article 83] et non pas conserver une multitude de petits produits sur lesquels il n'y a pas grand-chose.

C'est cette complexité qui rebutait les Français à adopter ces comptes épargne retraite ?

Il n'y a pas que la complexité des différents produits qui n'incite pas les Français à y aller. Il y a un problème de niveau de vie, de pouvoir d'achat. Il faut avoir de l'épargne disponible pour aller sur ce type de produits, mais comme il était difficile de savoir comment on sort de ces produits, avec quel capital et quel type de fiscalité, cela pouvait freiner les ardeurs des Français qui se réfugiaient plus facilement dans le livret A ou l'assurance-vie, bien connus tant par leur régime fiscal que leur mode de sortie.

Pour qui cela pourrait-il être intéressant de se tourner davantage vers les comptes épargne retraite ?

Un compte épargne retraite a pour objectif d'avoir un revenu, un capital au moment de la cessation d'activité. Ce sont les actifs, les travailleurs, qui vont voir leur taux de pension plutôt baisser dans les 20 ou 30 prochaines années du fait des réformes engagées. Ce sont essentiellement les cadres qui sont concernés et qu'il faut inciter à se constituer une épargne retraite mais aussi tous les salariés des PME qui sont exclus des dispositifs collectifs [Perco, article 83]. Il faut inciter les entreprises à mettre en place ces outils qui sont intéressants pour les salariés. Il y a un autre intérêt avec ces produits, c'est de financer l'économie. Comme ce sont des produits d'épargne très longs sur plusieurs décennies, cela permet d'affecter ces épargnes vers les entreprises et sur le long terme les actions ont un meilleur rendement que les obligations ou que le livret A. On fait œuvre utile à deux niveaux, pour soi-même et pour l'économie. C'est ce que cherche à développer Bruno Le Maire.