Trois questions sur l'accélération de l'inflation sur un an en France

Entre août 2020 et août 2021, l'inflation a gagné 1,9%, selon les chiffres de l'Insee publiés mercredi. Une hausse "qui résulte notamment du rebond des prix des produits manufacturés", de ceux de l’énergie, de l’alimentation et des services, selon l'institut.

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Un homme choisit des fruits et légumes sur un marché de Bourgoin-Jallieu (Isère), le 26 juin 2021. (MAXPPP)

Trois ans que la France n'avait pas connu un si haut niveau d'inflation. Entre août 2020 et août 2021, les prix à la consommation ont augmenté de 1,9%, selon les chiffres publiés par l'Insee mercredi 15 septembre. Un phénomène qui se ressent déjà sur le porte-monnaie des Français. En un an, les prix de l'énergie ont ainsi augmenté de 12,7%, ceux des produits frais de 6,3%, et ceux du tabac de 5,1%, selon des données provisoires de l'Insee publiées fin août. Franceinfo revient sur les questions que pose cette nouvelle hausse.

1Pourquoi les prix augmentent-ils ?

Il y a deux causes principales à l'inflation : soit la "demande augmente plus vite que l'offre de biens, les prix augmentent de par la rareté des produits", détaille le site gouvernemental Vie publique, soit "l'augmentation des frais auxquels doivent faire face les entreprises se répercute sur les prix des biens et services qui augmentent à leur tour. Il peut s'agir d'une augmentation, soit de produits importés, soit des coûts de production." Cette seconde option explique l'inflation que connaît la France, comme d'autres pays, en ce moment. Les sécheresses et les précipitations soutenues qui ont touché la planète ces derniers mois, aggravées par le changement climatique, ont notamment perturbé les moissons, augmentant les cours du blé

Autre cause, la reprise économique après la baisse d'activité due à la pandémie, et les pénuries de matières premières qui en découlent. "Cette hausse des prix est conjoncturelle, elle va durer cette année et sûrement l'année prochaine, le temps qu'on revienne au niveau d'avant-crise", explique à France 2 Anne-Sophie Alsif, économiste au Bureau d'informations et de prévisions économiques, un cabinet de conseil.

2Qu'est-ce que cela implique ? 

L'une des principales conséquences de cette hausse des prix est l'augmentation du smic, qui est indexé sur l'inflation. Le salaire minimum va connaître une revalorisation automatique au 1er octobre, avec une hausse de 34,20 euros brut par mois. Actuellement de 1 554,58 euros brut par mois, il sera porté à environ 1 589 euros. Le smic horaire brut doit passer de 10,25 à 10,48 euros.

L'indice des prix à la consommation ayant progressé de 2,2% par rapport à novembre 2020, mois de référence pour la dernière revalorisation du salaire minimum, cette hausse est mécanique car le Code du travail prévoit qu'une progression de l'inflation d'au moins 2% doit entraîner une revalorisation. Selon l'AFP, la dernière hausse automatique du smic due à l'inflation, en cours d'année, était de 2,1% le 1er décembre 2011.

3Faut-il s'en inquiéter ?

Pas nécessairement. L'inflation "n'est pas toujours jugée néfaste par les économistes", assure le site Vie publique. En juillet, la Banque centrale européenne s'est d'ailleurs dite prête à laisser cet indicateur dépasser les 2% "temporairement", comme l'expliquait Le Monde (article abonnés). Mais le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, est particulièrement vigilant sur le sujet, pour éviter de voir diminuer le pouvoir d'achat des Français.

En toile de fond pour l'exécutif, la peur de voir naître des mouvements de contestation comme celui des "gilets jaunes" en 2018. Pour Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques, "la problématique n'est pas tellement celle du pouvoir d'achat que celle des inégalités" en matière de salaires, qui ne sont pas nouvelles.

Face à ces inquiétudes, le gouvernement multiplie les prises de parole pour pousser les entreprises à augmenter les bas salaires. Pour le moment, les politiques comme les économistes s'accordent à dire que cette inflation ne devrait pas être durable. Anne-Sophie Alsif estime ainsi qu'un retour à la normale pourrait avoir lieu d'ici deux ans : "Dès 2023, on devrait revenir au niveau des prix qu'on connaissait en 2019."

L'inflation aux Etats-Unis, en légère baisse depuis août, permet ainsi d'être optimiste sur le caractère temporaire de l'inflation en France, jugent certains économistes dans Les Echos (article abonnés). La Banque de France imagine quant à elle un pic d'inflation à 2,75% pour le dernier trimestre 2021, avant une baisse progressive. 

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