Trois questions sur le rapport sur la sécurité du réseau ferré qui accuse la SNCF

Les inspecteurs de l'Etablissement public de sécurité ferroviaire ont découvert des éclisses avec des boulons desserrés ou manquants, un élément qui a joué un rôle essentiel dans le déraillement du train à Brétigny-sur-Orge en 2013.

Un TGV arrive en gare de Bordeaux Saint-Jean (Gironde), le 22 juillet 2019.
Un TGV arrive en gare de Bordeaux Saint-Jean (Gironde), le 22 juillet 2019. (GEORGES GOBET / AFP)

Peut-on prendre le train l'esprit tranquille ? Six ans après la catastrophe de Brétigny-sur-Orge (Essonne), au cours de laquelle sept personnes ont été tuées et plus de 30 blessées lors du déraillement d'un train, les problèmes de maintenance du réseau ferré "persistent" à la SNCF, accuse Le Parisien mercredi 21 août.

Pour appuyer son propos, le quotidien s'appuie sur un rapport partiel et confidentiel de l'Etablissement public de sécurité ferroviaire (EPSF), qui révèle les "mêmes défauts qui ont conduit aux accidents de Brétigny" et de Denguin (Pyrénées-Atlantiques), au cours desquels deux trains étaient entrés en collision, faisant 40 blessés. Que dit précisément ce rapport ? Comment se défend la SNCF ? Comment a réagi l'exécutif ? Franceinfo fait le tour de ces questions.

Que dit ce rapport ?

Pas encore mis en ligne sur le site du gendarme du ferroviaire, le rapport cité par Le Parisien a été réalisé entre le 29 avril et le 23 mai par 10 enquêteurs, qui ont effectué neuf opérations de contrôle dans la zone Atlantique (Bretagne, Pays de la Loire, Centre-Val de Loire, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie). Ces inspecteurs ont ainsi "contrôlé la maintenance réalisée sur les rails et sur la signalisation électrique" d'environ 14 000 km de voies, sur les 30 000 que compte le réseau national de la SNCF.

Lors de leurs contrôles, les enquêteurs de l'EPSF ont trouvé des "dizaines d'anomalies", dont certaines pouvant affecter la sécurité, qui ne figuraient pas dans les rapports SNCF même lorsque la dernière tournée d'inspection remontait à une semaine, souligne le quotidien. Le document indique également que près de 20% des dysfonctionnements de signalisations électriques repérés par la SNCF ont été traités en dehors des délais réglementaires. Certains d'entre eux "affichaient même un an de retard !", déplore le quotidien.

Le Parisien évoque également des éclisses (pièces métalliques reliant deux rails) avec des boulons desserrés ou manquants, un élément qui a joué un rôle essentiel dans le déraillement du train Intercités Paris-Limoges à Brétigny-sur-Orge. Le quotidien cite en outre le cas de deux câbles électriques rongés par des animaux, dont un "situé sur un passage à niveau de la ligne Le Dorat-Limoges (Haute-Vienne)".

"Il n'est pas possible d'avoir la garantie que les anomalies identifiées lors des opérations de surveillance ont bien été traitées", observent les auteurs du rapport, cités par le journal.

Que répond la SNCF ?

Contactée, la SNCF a confirmé la teneur du rapport technique d'audit, tout en minimisant les conclusions tirées par le quotidien. "Si l'EPSF avait noté des situations graves ou des écarts graves, il a l'obligation de demander des mesures conservatoires immédiates, ce qui n'est pas le cas", souligne un responsable.

"Pour juger de l'état de la sécurité, il faut regarder le nombre d''accidents de sécurité remarquables' signalés par l'EPSF, et qui a baissé de 30% en trois ans", a indiqué la même source.

Depuis Brétigny, "le contrôle et la sécurité ont été complètement remis à plat, avec notamment le lancement de plusieurs trains de surveillance bardés de capteurs électroniques, baptisés Surveil, qui sillonnent jour et nuit le réseau pour vérifier l'intégrité du réseau", a ajouté ce responsable. Selon lui, "il n'y a jamais eu autant de contrôles, ce qui est une bonne chose".

Cité par le quotidien, le directeur général adjoint à la direction opération et production de SNCF Réseau, Olivier Bancel, met en avant le fait qu'"entre 800 et 1 000 km de voies sont rénovés chaque année". Et insiste sur le fait que 3 milliards d'euros sont investis par la SNCF chaque année pour la rénovation de ses infrastructures.

Comment réagit le gouvernement ?

Invitée à réagir aux conclusions de ce rapport au micro de RTL, la ministre des Transports, Elisabeth Borne, a assuré que l'exécutif veillerait à ce que "des correctifs soient apportés à court terme et à moyen terme et que toutes ces insuffisances trouvent des réponses"

La sécurité des voyageurs, c'est la priorité numéro un.Elisabeth Borne, ministre des Transportssur RTL

La ministre, qui assure que "tout est fait" pour qu'un accident similaire à celui de Brétigny ne se reproduise pas, a souligné que la réforme ferroviaire, définitivement adoptée par le Parlement en juin 2018, prévoyait de porter les investissements pour le réseau à "3,6 milliards d'euros par an (soit) 50% de plus que ce qui se faisait au cours de la dernière décennie".