Panne à Saint-Lazare : "On n'a pas rénové les installations, on a des gares qui ressemblent à celles de la Seconde guerre mondiale"

Gilles Dansart, journaliste spécialiste des questions de transport et de mobilité, directeur de Mobilettre, était l'invité de franceinfo, mercredi 13 juin.

La gare Saint-Lazare à Paris presque vide après une panne d’aiguillage, le 13 juin 2018.
La gare Saint-Lazare à Paris presque vide après une panne d’aiguillage, le 13 juin 2018. (ALAIN JOCARD / AFP)

"On a des installations qui ressemblent à celles des gares de la Seconde guerre mondiale", a déclaré Gilles Dansart, journaliste spécialiste des questions de transport et de mobilité, directeur de Mobilettre mercredi 13 juin 2018 sur franceinfo. La gare Saint-Lazare était paralysée, mercredi matin très tôt, à cause d’une gigantesque panne d’aiguillage due à une pièce obsolète datant de 1966.

franceinfo : L’état des infrastructures dans la région parisienne est-il un gros problème ?

Gilles Dansart : C’est le problème majeur de l’Île-de-France, qui a en fait connu deux mouvements qui ont contrarié la modernisation : on a tardé à remplacer des composants électriques de voies de signalisation, et on a de plus en plus de voyageurs sur le réseau. Cette double contrainte fait qu’aujourd’hui, on se retrouve régulièrement dans des situations difficiles. On parle d’un composant qui datait de 1966, on peut aller beaucoup plus loin. Prenons l’exemple de Brétigny-sur-Orge, où le poste comporte des éléments de 1910. On n’a pas fini de souffrir en Île-de-France, parce que le travail de remplacement est absolument gigantesque.

Faut-il s’en inquiéter, au point de vue de la sécurité ?

A priori, il n’y a aucun problème de sécurité, c’est d’ailleurs pour une sécurité maximale qu’en cas de défaillance d’une pièce, tout se met en rideau. On est allé très loin dans la mise en sécurité, ce qui provoque des pannes gigantesques. Des matériaux très anciens peuvent fonctionner très bien. Le problème est qu’un certain nombre doivent absolument être remplacés, car ils ont été tellement sollicités qu’ils sont aujourd’hui au bout de leur vie. C’est tout ce travail qui doit être fait. A priori il n’y a pas d’inquiétude sur la sécurité, mais il y a un travail de longue haleine. Pendant des années, le gouvernement a parlé de 10 millions d’euros par jour, ce qui est un bon marketing politique, mais il faudrait rajouter qu’il va falloir le faire pendant 10 ans. C’est à ce prix d’efforts continus, qui ne soient pas contrariés par des annualités budgétaires du ministère des Finances, que l’on obtiendra un réseau enfin à la hauteur de sa sollicitation et des attentes des Franciliens.

Est-ce que cette promesse du gouvernement est à mettre en lien avec la réforme de la SNCF ?

La promesse du gouvernement, enfin, après tant d’années de yo-yo dans les investissements, c’est de garantir des budgets réguliers chaque année. C’est ça qu’il faut faire absolument, pour que l’industrie s’organise et pour qu’en l’occurrence SNCF Réseau, en liaison avec SNCF Mobilité, prévoient suffisamment de travaux sur la durée sans se dire que dans 2-3 ans on va réduire les budgets. La stabilité des investissements, la planification des travaux feront qu’on peut espérer que le réseau francilien sera enfin davantage fiable, un peu comme l’Angleterre qui au bout de 10 ans récolte les fruits d’un travail patient. Au fil des années, on a constaté une fréquentation de plus en plus importante, mais on n'a pas vraiment, en Île-de-France, rénové les installations. Grosso modo, malgré quelques progrès dans quelques gares parisiennes, on a des gares qui ressemblent à celles de la Seconde guerre mondiale. On n’a pas vraiment pris la mesure de ce qu’il s’est passé depuis 20 à 25 ans, une croissance très forte de la demande en transports collectifs. Pour autant, il y a déjà des choses qui ont été réalisées : on peut citer le prolongement du RER E vers l’ouest, qui va désaturer le RER A et la Gare Saint-Lazare justement.