SNCF : "grève gentillette" ou vraie "bataille du rail", des cheminots débattent de la stratégie à adopter

À la veille du 10e jour de grève à la SNCF, des cheminots grévistes se sont retrouvés, lundi, à Paris, à une assemblée générale inter-gares, pour évoquer l'avenir du mouvement.

Une assemblée générale de cheminots grévistes à la gare Saint-Charles de Marseille le 3 avril 2018.
Une assemblée générale de cheminots grévistes à la gare Saint-Charles de Marseille le 3 avril 2018. (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Les cheminots entamment, mardi 24 avril, leur 10e jour de grève contre la réforme de la SNCF. Les grévistes se préparent à un mouvement long et contestent le fait que "la grève s'érode", comme l'a assuré, dimanche, Guillaume Pepy, le PDG de la compagnie ferroviaire. Les assemblées générales se poursuivent. À Paris, lundi, ils étaient près de 200, à débattre lors d'une AG inter-gares.

Les cheminots réunis en assemblée générale à Paris : un reportage de Matthieu Mondoloni
--'--
--'--

Des grévistes et leurs soutiens se sont succédé au micro pendant plus d’une heure, lundi, pour crier leur colère et leur détermination, mais aussi pour s’interroger sur la stratégie des syndicats qui envisagent désormais de prolonger la grève en juillet et en août. Cette option est impensable pour Anas, gréviste et délégué SUD-Rail à Paris Nord : "C'est un effet d'annonce, assure-t-il. De toute façon, si la grève ne donne pas satisfaction après 36 jours - parce que trois mois, c'est 36 jours de grève - ce n'est pas en ajoutant grève le jour du bal des pompiers et à l'Ascension qu'on va gagner."

Si 12 jours, ça ne suffit pas en avril, mai, et juin et qu'on a besoin de rajouter en juillet, c'est que déjà ça ne marche pas.Anas, délégué SUD-Railà franceinfo

D’autant que cette grève, partie pour durer, a un coût pour les grévistes. "Une journée de grève, c'est 1/30e du salaire mensuel, ce n'est pas gratuit", rappelle Anne, une retraitée de la SNCF qui a connu des grèves en 2003, 2007, 2010 et 2014. "On se sert la ceinture, on mange des pâtes, on essaie de faire de la bouffe collective et, parfois, dans les CE, ils donnent des tickets de cantine gratuits aux grévistes, on essaie de s'entraider", se souvient cette cheminote qui soutient l'actuelle mobilisation.

Si la réforme passe, "on perdra encore plus"

Karim, lui, n'est pas inquiet. Il assure que les grévistes se sont déjà organisés financièrement. "Le mois prochain, c'est là où on va commencer à sentir les premières pertes salariales", indique ce représentant Sud-Rail. "On a fait pas mal de caisses de grève donc on va compter sur ça. Mais les cheminots savent plus ou moins ce qu'ils sont en capacité de faire, ils comptent. Il n'y a pas eu d'interrogations sur [l'aspect] financier", assure-t-il. 

"On ne va pas se mentir, ce sera dur, reconnaît Xavier, gréviste depuis le premier jour et prêt à continuer le combat : "Il y a tellement de choses en jeu derrière que je ne peux pas me permettre de pleurer sur deux-trois jours. Si [la réforme] passe, on perdra encore plus."

Certains plaident pour une grève longue

Xavier plaide, en revanche, pour un changement de stratégie. Il faut instaurer une grève longue et reconductible à la place de la grève en pointillés, selon lui. Anas est du même avis : "C'est une grève gentillette pour l'instant, déplore-t-il. C'est une grève qui paralyse deux jours sur cinq. Quand on veut faire la grève de la faim, qu'on arrête de bouffer deux jours et qu'on mange trois jours, ce n'est pas une grève de la faim, c'est un régime."

J'ai l'impression que ce n'est pas une grève générale, que ce n'est pas une bataille du rail, mais un régime qu'on est en train de faire !Anas, délégué SUD-Railà franceinfo

De nombreux cheminots craignent que ce "régime" ne fasse perdre du poids au mouvement, alors que les négociations avec le gouvernement sont dans l’impasse.