Grève contre la réforme des retraites : le patron de la SNCF évalue le manque à gagner à 400 millions d'euros depuis le début du mouvement

Le trafic du week-end prochain "sera amélioré par rapport à celui du week-end passé. Nous avons eu des reprises de travail ces jours derniers, et on assiste à une décrue lente mais régulière des taux de grévistes", a noté Jean-Pierre Farandou, avec "bon espoir" d'une nouvelle amélioration "début janvier".

Le président du directoire de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, le 4 décembre 2019, à la gare Montparnasse.
Le président du directoire de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, le 4 décembre 2019, à la gare Montparnasse. (THOMAS SAMSON / AFP)

Le nouveau patron de la SNCF a sorti la calculette. La grève contre la réforme des retraites, qui perturbe fortement le trafic ferroviaire, a déjà occasionné un manque à gagner de 400 millions d'euros pour la compagnie depuis le 5 décembre, a déclaré Jean-Pierre Farandou, dans un entretien au Monde mardi 24 décembre.

"Le conflit n'est pas terminé, et il est encore trop tôt pour faire le bilan complet" mais "au bout de vingt jours, on est à 400 millions d'euros de chiffre d'affaires qui n'aura pas été réalisé dans la période", a indiqué Jean-Pierre Farandou. "Les comptes 2019 seront fortement impactés", d'autant plus "qu'on n'est pas encore au bout du décompte des conséquences économiques", a-t-il prévenu. La SNCF avait réalisé en 2018 un chiffre d'affaires de 33,3 milliards d'euros, estimant l'impact de la longue grève du printemps contre la réforme ferroviaire à près de 900 millions.

"Continuer à dialoguer"

"Lors de mon premier mois aux commandes de la SNCF, avant la grève, j'ai pu constater que le dialogue social était un peu abîmé", a raconté Jean-Pierre Farandou, qui a succédé le 1er novembre à Guillaume Pepy. "J'ai repris contact avec toutes les organisations syndicales", a-t-il relevé. "Ensuite est arrivée la grève", qui n'a pas empêché de "continuer à dialoguer" avec les syndicats, a-t-il poursuivi. Le gouvernement lui a demandé "de mettre au point", avec eux "les modes de transition et les modes de calcul pour les cheminots concernés par la réforme de leur retraite". "Quand le mouvement s'est installé aussi longtemps et aussi fortement, il peut être difficile de l'arrêter", a commenté Jean-Pierre Farandou à propos du refus de la CFDT Cheminots de répondre à son appel à la trêve pour les fêtes.

S'il n'y a rien à négocier en matière de régimes spéciaux, "il nous reste à faire de la pédagogie sur les mesures d'accompagnement proposées", a remarqué le dirigeant, en évoquant le projet d'établir une transition concernant l'âge et le calcul du montant de la retraite pour les 40% de cheminots concernés par la réforme, en fonction de leur naissance avant une certaine date. Cette transition prévoit que l'âge de départ, pour eux de 52 ans (roulants) et de 57 ans (sédentaires), "sera remonté très progressivement en tenant compte de la durée passée au statut". Des éléments "perçus positivement par l'Unsa", deuxième syndicat à la SNCF, a relevé Jean-Pierre Farandou.

"Service de TGV spéciaux" pour Junior & Cie

Selon lui, la SNCF a "préféré supprimer le service" Junior & Cie, d'acheminement des enfants non-accompagnés, "par précaution". "Il était hors de question de se retrouver avec des jeunes en difficultés de correspondance, d'autant que nous manquions parfois de personnel pour les accueillir en gares intermédiaires", a-t-il justifié.

"Puis, face à l'embarras des familles, et surtout grâce à des reprises individuelles de travail de conducteurs, nous avons décidé, en quelques jours, de monter ce service de TGV spéciaux", s'est-il réjoui. La SNCF a finalement transporté dimanche un millier d'enfants, sur les 5 000 qui devaient initialement voyager.

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