Chibanis : une association antiraciste demande des excuses et des explications au patron de la SNCF, condamnée en appel

Samuel Thomas le délégué général de la Fédération Nationale des Maisons des Potes, association antiraciste, a déploré, mercredi, sur franceinfo que les cheminots marocains qui ont gagné en justice en appel contre la SNCF aient dû "batailler seuls".

La cour d\'appel de Paris a condamné la SNCF dans l\'affaire des 848 chibanis, cheminots marocains, pour discrimination. Ci-contre, l\'avocate des chibanis Clélie de Lesquen-Jonas célébrée par les cheminots, mercredi 31 janvier 2018.
La cour d'appel de Paris a condamné la SNCF dans l'affaire des 848 chibanis, cheminots marocains, pour discrimination. Ci-contre, l'avocate des chibanis Clélie de Lesquen-Jonas célébrée par les cheminots, mercredi 31 janvier 2018. (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

Alors que la SNCF a été condamnée mercredi 31 janvier en appel pour discrimination envers les chibanis marocains, Samuel Thomas, délégué général de la Fédération Nationale des Maisons des Potes a déploré, sur franceinfo, qu'aucune autre organisation antiraciste, qu'aucun syndicat "n'ait jugé utile de venir saluer ou soutenir, la plus grande décision de justice française contre les discriminations". Samuel Thomas demande à ce que Guillaume Pepy, le PDG de la SNCF, présente des excuses au nom de la compagnie ferroviaire et surtout, qu'il fournisse des explications.

franceinfo : Cette réparation était indispensable pour toutes ces familles ?

Samuel Thomas : Oui, quand vous savez qu'elles ont été abandonnées par les syndicats puissants à la SNCF, que pendant 47 ans les chibanis ont réclamé que cesse cette discrimination. Il a fallu 12 années de procédure judiciaire, il a fallu attendre qu'ils soient à la retraite pour ne pas avoir peur finalement d'attaquer aussi et il a fallu batailler pour réussi à obtenir cette victoire. Ils ont bataillé très seuls. Aujourd'hui il n'y avait qu'une seule organisation à leur côté : la Maison des Potes. Comment se fait-il qu'aucune autre organisation antiraciste, qu'aucun syndicat n'ait jugé utile de venir saluer ou soutenir la plus grande décision de justice française contre les discriminations ? 167 ou 190 millions d'euros de réparations, ça ne s'est jamais vu dans l'histoire de France et ça mérite un soutien, une solidarité, une présence. Pourquoi les anciens ministres, anciens députés, anciens sénateurs n'étaient pas présents ? C'est quand même leur entreprise : la SNCF est une entreprise d'État, publique, qui a discriminé. C'est une discrimination inscrite dans la loi qui a été faite avec le consentement de tous les gouvernements qui se sont succédé depuis 47 ans. Il y a une culpabilité de la France, de ses représentants, qui a été prononcée aujourd'hui, ce n'est pas seulement la culpabilité d'une direction de la SNCF.

Des familles de chibanis ont écrit une lettre dans laquelle ils demandent, que Guillaume Pepy s'excuse au nom de la SNCF. Est-ce important ?

Non seulement il faut qu'il s'excuse, mais il faut qu'il explique pourquoi et comment il a négocié ou refusé de négocier avec les syndicats, le fait d'abandonner ces cheminots marocains. Il faut qu'il explique comment il opposait la cause des cheminots en général avec la cause des cheminots marocains, comment il a réussi à manœuvrer pour ne jamais réparer. Enfin il faut qu'il explique pourquoi il a refusé toutes les interpellations qui lui ont été faites jusqu'à présent. Une excuse ne suffit pas, il y a une explication à donner. La RATP a arrêté la discrimination en 2002, elle a demandé au Premier ministre de l'époque Lionel Jospin, de prendre un décret pour que cesse la discrimination entre les cheminots français et les cheminots étrangers au sein de la RATP. Ils ont pris l'initiative, la direction de la RATP avec l'accord d'une partie des syndicats, de faire cesser la discrimination, mais ils n'ont pas pour autant réparé le préjudice de la discrimination qui avait été subie avant 2002.

Retrouve-t-on ce type de discrimination dans d'autres secteurs que le ferroviaire ?

Il y a d'autres combattants de l'égalité dans les hôpitaux publics qui attendent la retraite pour pouvoir faire comme les cheminots marocains, car sinon ils ont peur de ne pas être réembauchés dans d'autres hôpitaux. Mais la discrimination est semblable. La différence d'une retraite entre un cheminot marocain et un cheminot français qui ont fait le même nombre d'années est du simple au double. C'est pareil au niveau de la rémunération pour les médecins étrangers par rapport aux médecins européens dans les hôpitaux publics.