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Polémiques autour de la future LGV Lyon-Turin

François Hollande et le Premier ministre italien Mario Monti ont signé, ce lundi à Lyon, l'accord qui entérine la ligne ferroviaire à grande vitesse entre Lyon et Turin. Mais les opposants au chantier cherchent eux aussi à se faire entendre. Le doute gagne aussi certains défenseurs du projet.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
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 (Maxppp)

Ce lundi, Mario Monti et
François Hollande ont signé un accord sur la concrétisation du
projet de ligne à grande vitesse (LGV) Lyon-Turin, un chantier en discussion
depuis 2001. Pendant ce temps, devant la garde des Brotteaux de Lyon, les
opposants au projet ont prévu de manifester. Des élus Europe Ecologie – Les Verts,
parmi lesquels on devrait compter José Bové, devraient faire partie du cortège.
A l'instar d'un autre grand chantier, celui de l'aéroport de
Notre-Dame-des-Landes, la LGV Lyon-Turin cristallise les oppositions.

Le point de départ de ce
projet de nouvelle ligne ferroviaire
, c'est la réduction du trafic routier
transalpin, entre la France et l'Italie. La LGV concernerait donc bien entendu
le transport de voyageurs, mais sa véritable raison d'être serait le transport
de fret, pour éviter une saturation du trafic des poids lourds.

L'un des arguments des
opposants revient à affirmer que ce postulat de départ est faux : Réseau Ferré
de France, concepteur du projet, soutient que le transport de marchandises tout
comme le trafic ferroviaire sont dans une perspective d'augmentation. Pour les
opposants, c'est faux : alors que le trafic routier de poids lourds stagne, la
fréquentation ferroviaire serait en baisse.

Des
prévisions de trafic revues à la baisse

Les "no-tav" (de
"TAV", l'acronyme correspondant à "LGV" en italien) semblent
avoir trouvé un soutien solide : la Cour des Comptes. La juridiction pointe du
doigt la "faible rentabilité socioéconomique " du projet. Dans
un référé daté du 1er août dernier, mais publié début novembre, elle
affirme que les prévisions de trafic, avancées par RFF comme argument en faveur
de la construction de cette nouvelle ligne, doivent en réalité être "revues
à la baisse
" :

"Les prévisions
de trafic établies dans les années 1990 envisageaient la poursuite d'une forte
croissance, y compris aux passages français (...) Depuis 1999, les trafics de
marchandises ont diminué dans les Alpes françaises"

De quoi éveiller le doute
y compris chez ceux qui soutiennent le projet. Dominique Dord, député UMP de
Savoie et maire d'Aix-les-Bains, demande à RFF de prouver l'augmentation –ou non
– du trafic des poids lourds.

"S'il n'y a pas
d'augmentation, voire même une baisse du trafic des marchandises, alors cela
veut dire que depuis 20 ans c'est un gigantesque foutage de gueule auquel on se
livre en prenant en otage des élus comme moi".

Les "no-tav"
sont, eux, plutôt favorables à une solution alternative : ils recommandent de
n'autoriser les poids lourds en zone transalpine à circuler que lorsqu'ils sont
chargés, leurs déplacement sans cargaison se faisant en bateau. "Cette mesure permettrait d'éliminier 300.000 camions par an dans les Alpes du Nord ", affirme Daniel Ibanez, membre de la coordination des opposants au Lyon-Turin.

Un
financement incertain

Le coût du projet (qui se
traduit notamment par la construction d'un tunnel de 57km de long) est estimé à
quelque 25 milliards d'euros. Mais selon des élus opposés à ce chantier
colossal, le financement total reste mal défini. Ainsi, un porte-parole de
l'eurodéputé vert François Alfonsi, membre de la commission budget au Parlement
européen, affirme qu'il n'est "pas acquis " que l'Union
Européenne participe à hauteur de 40% du montant, comme cela était prévu. En
cause : la baisse du budget européen, qui a amputé le projet de lignes "connecting
europe
" d'environ 30% de son montant. Or, sans l'UE, "la LGV
n'est pas faisable
", ajoute ce porte-parole.

Là encore, la Cour des
Comptes semble valider ces critiques, affirmant que "des incertitudes
subsistent sur le niveau du concours de l'Union européenne pour la phase de
travaux
". Elle ajoute que "déjà très difficile
auparavant, la recherche d'un montage financier est encore plus difficile dans
le contexte actuel
". Ce montage financier pourrait finalement être validé par François Hollande et Mario Monti ce lundi.

> Télécharger (format PDF) le document de la Cour des Comptes

L'opposition
plus énervée en Italie

De part et d'autre des
Alpes, l'action des opposants ne prend pas la même forme. Elle semble plus
modérée en France ; alors qu'en Italie, le mouvement des "no-tav" est
plus mobilisé, et s'est fait connaître par des actions fortes, parfois
violentes. La tendance pourrait changer : ce samedi, les opposants français et
italiens ont organisé ensemble un "avant-sommet" d'opposition au
projet de LGV. Côté français, les organisateurs de ce contre-sommet ont
notamment déploré que quinze de leurs homologues italiens aient été retenus à
la frontière italienne.

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