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Raffineries, centrales nucléaires, transports en commun... Comment l'appel de la CGT à "généraliser" le mouvement de grève est-il suivi ?

Face aux réquisitions décidées par le gouvernement et destinées à contrer la grève dans l'industrie pétrolière, la CGT parie sur une extension du mouvement en faveur des hausses salariales.

Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, rencontre des grévistes dans un dépôt Esso-ExxonMobil à Port-Jérôme-sur-Seine (Seine-Maritime), le 12 octobre 2022. (MAXPPP)

"Il faut généraliser les grèves." Accusant le gouvernement de "mettre le feu aux poudres" en ordonnant des réquisitions à TotalEnergies et Esso-ExxonMobil, le leader de la CGT, Philippe Martinez, a proposé jeudi 13 octobre, sur BFMTV"un nouvel appel à grèves et manifestations dans toutes les entreprises, publiques comme privées", "dès la semaine prochaine"

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Au même moment, la Fédération CGT de l'énergie a appelé à élargir à toutes les entreprises du secteur le mouvement pour les salaires. Une mobilisation est déjà en cours dans les stockages de gaz d'Engie, a-t-elle assuré, promettant un mouvement national interprofessionnel le mardi 18 octobre.

FO, Solidaires, la FSU, ainsi que plusieurs organisations de jeunesse (Fidl, Unef, MNL, et la Vie lycéenne) se sont joints à la CGT mardi soir, appelant à une journée de grève et de manifestations interprofessionnelles mardi, selon un communiqué lu lors d'une conférence de presse au siège de la CGT. Franceinfo recense les principaux secteurs désormais concernés par ces appels et la situation dans chacun d'entre eux.

Dans l'industrie pétrolière

La grève pour les salaires à Esso-ExxonMobil a été reconduite, jeudi matin, sur les deux raffineries françaises du groupe, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) et Port-Jérôme-sur-Seine (Seine-Maritime), selon la CGT. Le mouvement, initié par FO et la CGT pour obtenir "7,5% a minima d'augmentation générale", y dure depuis le 21 septembre, malgré la signature d'un accord salarial par la CFDT et la CFE-CGC. A Port-Jérôme, les réquisitions décidées par la préfecture ont refroidi certains grévistes mais n'ont pas suffi, à ce stade, à éteindre le mouvement. A Fos-sur-Mer, la grève a été levée jeudi après-midi.

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Du côté de TotalEnergies, où le mouvement a débuté le 27 septembre, "la grève est reconduite à la raffinerie de Normandie, à la raffinerie de Donges, à la raffinerie de Feyzin, sur le dépôt de Flandres et à la raffinerie de la Mède", a annoncé la CGT, jeudi matin. La base de chargement de Grandpuits (Seine-et-Marne) est en revanche "ouverte", car elle n'est plus "bloquée par des militants sur place". Mercredi, FO, quatrième syndicat parmi les salariés du raffinage de TotalEnergies, a rejoint le mouvement.

Dans les centrales nucléaires

Depuis plusieurs semaines, à l'appel d'intersyndicales d'EDF, des centrales nucléaires connaissent des mouvements de grève pour une revalorisation des salaires. Les sites de Tricastin (Drôme), Cruas (Ardèche), Bugey (Ain) et Cattenom (Moselle) sont notamment touchés, ce qui retarde par endroits les tests préalables à leur remise sur le réseau après des maintenances ou des travaux. 

Depuis jeudi, la centrale de Gravelines (Nord), la plus puissante d'Europe de l'Ouest, a rejoint le mouvement, sous l'impulsion de FO et de la CGT. Les grévistes menacent de retarder des opérations de raccordement, avec un risque de "coupures" dans certaines entreprises. Ils réclament une augmentation de 5% de leur salaire brut, alors qu'un accord de branche prévoyant une hausse de 3,6% est soumis à signature jusqu'à lundi.

Dans les transports en commun

La CGT RATP appelle de son côté à une journée de grève et de mobilisation en Ile-de-France mardi, a déclaré à franceinfo Vincent Gautheron, secrétaire général du syndicat majoritaire. Il confirme ainsi une information de RTL."Nous nous mobilisons pour des revalorisations salariales, sur la question de la réforme des retraites et pour défendre le droit de grève, remis en cause par les décisions gouvernementales" de réquisitions du personnel dans des raffineries, précise-t-il.

A la SNCF, des salariés du technicentre du Landy, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), ont voté une grève reconductible à compter de lundi, selon le syndicaliste Sud-Rail Paris Nord Anasse Kazib. "Les cheminots sont prêts à frapper avec les raffineurs", a-t-il écrit, jeudi, sur Twitter

De son côté, la CGT-Cheminots, premier syndicat représentatif à la SNCF, appelle à une journée de grève mardi, pour demander des hausses de salaires et protester contre les réquisitions dans le secteur de l'énergie. "Nous demandons aux syndicats d'organiser des assemblées générales de site le 18 octobre et nous ne nous interdisons aucun scénario pour la conduite de l'action", a précisé jeudi à l'AFP le secrétaire général de la CGT-Cheminots, Laurent Brun.

Dans les commerces et les services

La fédération Commerce et Services de la CGT a appelé, jeudi, à une grève immédiate, prévue jusqu'à mardi, pour réclamer de "vraies revalorisations salariales". Sont concernés les secteurs de la petite enfance et de l'aide à domicile, ainsi que les agents de sécurité, les vendeurs, les hôtesses de caisse, les serveurs et les salariés de la logistique. Autant de professions où "la plupart des grilles conventionnelles de salaires sont en dessous du salaire minimum", selon le syndicat.

Le mouvement social dans les raffineries et les dépôts de carburant n'est pas "qu'une lutte corporatiste pour des salariés nantis", défend la fédération cégétiste. "Ce sont tous les secteurs professionnels qui sont touchés par le niveau d'inflation historique que nous subissons depuis des mois."

Dans la fonction publique 

Le premier syndicat de la fonction publique, l'UFSE-CGT, a également appelé à la grève mardi. Il souhaite "construire avec les personnels la participation la plus large possible à la journée interprofessionnelle de grève et de manifestation (...) pour la défense du droit de grève, l'augmentation des salaires et nos droits à la retraite". Des préavis ont été déposés pour la fonction publique de l'Etat, la fonction publique territoriale et la fonction publique hospitalière. 

Dans un communiqué séparé, la Fédération des services publics a appelé à la grève "pour soutenir les actions décidées par les grévistes dans les raffineries, pour réaffirmer nos revendications salariales (10% d'augmentation du point d'indice tout de suite), notre rejet de la réforme des retraites voulue par Macron et notre attachement au droit de grève et aux libertés syndicales".

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