Pénurie de carburant : "Des infirmiers n’ont pas pu aller travailler", s'inquiètent des services d'urgence

Si le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a affirmé qu'il n'y avait "pas de pénurie" de carburant dans les stations-service, la tension est de plus en plus palpable chez les automobilistes, notamment dans les Hauts-de-France.

Article rédigé par
Morgane Heuclin-Reffait - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Une station-essence "hors service", à Palavas-les-Flots (Hérault), mardi 5 octobre. (PASCAL GUYOT / AFP)

Des files d'attentes de plusieurs centaine de mètres, certaines stations-services fermées... Si le gouvernement se défend de toute "pénurie", actuellement une station sur dix "rencontre des difficultés" en France, et jusqu'à 30% pour les Hauts-de-France, a indiqué la veille le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran. Et des questions qui se posent, notamment pour les services d'urgence.

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Des ambulances qui font plusieurs stations, en quête de carburant, c'est le quotidien en ce moment, selon Agnès Ricard Hibon, porte-parole de la société de médecine d'urgence, et cheffe d'un service francilien. "La problématique est surtout sur les trajets plus longs. Nos stations habituelles se sont retrouvées en rupture d'approvisionnement. Il a fallu qu'on cherche d'autres stations et c'était difficile d'en trouver. On en a trouvé sur des autoroutes, en fait", explique-t-elle, avant de reconnaître que "Ca n'a pas eu d'impact pour le moment, mais c'est par sécurité".

Certains Samu, qui font le plein d'habitude chez TotalEnergies, plus touchée par la pénurie, ont donc pris des cartes carburant ailleurs. Des stations ne leurs seront réservées que si la situation devient critique. La société française de médecine d'urgence le réclame en tout cas. Toutefois, cette mesure n'est "pas nécessaire", juge Pierre Carli, le patron du Samu de Paris, car un filet de sécurité est activé depuis le mercredi 5 octobre : "C'est une possibilité d'avoir H24 du carburant par le service central des ambulances de l'Assistance publique sur une réserve d'essence et de gazole pour les véhicules. Il n'y a pas à proprement parler de problème d'approvisionnement, mais plutôt une adaptation à faire, compte tenu du problème ponctuel", tempère-t-il.

"On ne va pas pouvoir assurer tous les soins"

Dans les Hauts-de-France, la situation est beaucoup plus tendue qu'en Ile-de-France. John Pinte, président du syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux, a ainsi indiqué ce jeudi sur franceinfo que "des infirmiers n’ont pas pu aller travailler. (...) On ne va pas pouvoir assurer tous les soins" dans la région, a-t-il assuré.

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"C’est vécu comme une réelle pénurie par des infirmiers qui vont s'approvisionner même en Belgique quand ils ne sont pas trop loin de la frontière", dans le nord de la France, a-t-in ajouté. Selon John Pinte, les infirmiers libéraux pourraient sélectionner leurs patients si la situation devait perdurer : "Les plus éloignés ne pourront pas avoir le passage de l'infirmière à certains moments. Ce sont des choses qui pourraient arriver. On évite bien sûr d’en arriver à cette situation, mais quand le réservoir est vide, malheureusement, si votre patient est à 10 kilomètres, il n'y a pas d'autre solution", a regretté le président du syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux.

Dans le Pas-Calais, les préfets donnent la priorité aux métiers de la santé avec des pompes réservées aux ambulances, pompiers, médecins, infirmiers : "C’est une bonne chose. Le problème, c'est qu'on le fait une fois qu'il y a déjà pénurie. On n’anticipe pas suffisamment", a-t-il déploré. Olivier Gantois, président de l'Ufip Énergies et Mobilités, porte-parole des pétroliers en France a assuré ce jeudi sur franceinfo que la situation allait "s’arranger" ce jeudi 6 octobre, en raison des importations supplémentaires mises en place pour faire face aux conséquences des grèves en cours dans les raffineries françaises.

John Pinte n'y croit pas : "On sait bien que le temps que la situation redevienne à la normale, ça prend toujours plusieurs jours. On va être confronté à cette difficulté pendant encore plusieurs jours. S’il n'y a pas des mesures bien plus draconiennes de prises, on ne va pas pouvoir assurer tous les soins", a-t-il estimé.

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