Non, France 3 Aquitaine n’a pas censuré une journaliste en direct lors d’un blocage des "gilets jaunes"

Une journaliste en duplex d’une manifestation sur la rocade de Bordeaux a été interrompue par la présentatrice, lors du JT du 17 novembre. La chaîne régionale a ensuite été accusée de "censure" et de "manipulation" sur les réseaux sociaux.

Capture d\'écran de l\'émission du journal télévisé de France 3 Aquitaine, le samedi 17 novembre 2018, durant le duplex de la journaliste Laurianne de Casanove.
Capture d'écran de l'émission du journal télévisé de France 3 Aquitaine, le samedi 17 novembre 2018, durant le duplex de la journaliste Laurianne de Casanove. (France 3 Aquitaine)

La scène a enflammé les réseaux sociaux. Samedi 17 novembre, la chaîne France 3 Aquitaine diffuse, dans son journal télévisé du 12-13, le duplex d’une journaliste couvrant les blocages des gilets jaunes sur la rocade de Bordeaux. "Et, avant de refermer ce journal, on retourne sur la rocade de Bordeaux afin de faire un dernier point sur la situation", lance la présentatrice à la reporter, Laurianne de Casanove.

En direct, celle-ci décrit une "situation qui se tend" : "Les policiers ont menacé [les manifestants] de relever leurs plaques d'immatriculation pour leur mettre des amendes. Et puis derrière moi, les CRS sont arrivés avec leurs matraques..." Soudain, la journaliste est coupée par la présentatrice : "Merci, merci beaucoup Laurianne, désolée, on est obligés de couper ce direct. Au revoir, à ce soir. On reviendra bien sûr sur ces informations." 

Il n’en fallait pas plus pour éveiller les interrogations des téléspectateurs, surpris de cette interruption plutôt brutale. Sur les réseaux sociaux, de nombreux posts sont relayés, accusant notamment le journal télévisé de France 3 Aquitaine de "censure" et de "manipulation". 

Mais qu’en est-il réellement ? "Il n’y a évidemment aucune censure", répond Delphine Vialanet, déléguée au numérique de France 3 Aquitaine. "Il s’agit simplement d’un duplex qui a débordé, et qui a été coupé car nous devions repasser l’antenne au national", assure-t-elle à franceinfo. Les journaux régionaux de France 3 s’inscrivent en effet dans un décrochage du programme national.

Le temps imparti à chaque JT est connu par avance, et il est fixe. Il est le même pour tout le monde. Une fois ce temps écoulé, l’émission bascule directement sur la régie nationale. Il faut donc couper nos duplex au bon moment.Delphine Vialanet, déléguée au numérique de France 3 Aquitaineà franceinfo

Pour Delphine Vialanet, cette polémique "n’a pas lieu d’être" : "Durant le JT de samedi midi, une large page d’information a été réservée aux 'gilets jaunes', et il restait une trentaine de secondes pour réaliser un duplex récapitulatif avec notre journaliste sur le terrain, explique-t-elle. Elle savait qu’elle avait peu de temps, et a voulu intégrer cette information disant que des CRS étaient en train de charger. Elle n’a pas entendu, à l’oreillette, qu’on lui demandait de couper." La déléguée au numérique insiste : "Par ricochet, la présentatrice a dû, de manière urgente, couper l’intervention."

"Des posts injurieux sur les réseaux sociaux"

"J’avais un temps imparti de 15 secondes, en fin de journal, et j’ai débordé", a reconnu Laurianne de Casanove à CheckNews. "Je n’entends pas tout de suite dans mon oreillette et je dois rendre l’antenne car il y a un temps de latence, alors je continue, ce qui force ma collègue à me couper la parole", poursuit la journaliste.

Après ce duplex, Delphine Vialanet affirme que la rédaction de France 3 Aquitaine a reçu "de nombreux mails de personnes s’interrogeant sur cette scène", et déplore avoir lu "des posts nauséabonds et injurieux sur les réseaux sociaux". La déléguée au numérique condamne fermement les propos des internautes accusant la chaîne de censure : "On parle ici d’une propagande pure et simple de gens qui essaient de faire croire que les médias sont corrompus. Le problème, c’est qu’ils ont une force de frappe énorme." Depuis samedi, France 3 Aquitaine a ainsi beaucoup communiqué sur le sujet, en répondant à certains internautes

"On a juste fait notre job", conclut Delphine Vialanet. "La couverture éditoriale de toute la manifestation des gilets jaunes s'est faite sans l'ombre d'une censure, et ce sujet continuera à être traité en toute objectivité."