Jean Castex dans le Paris-Nice : prix, conditions de voyage, futures lignes... Cinq questions sur le retour des trains de nuit en France

Le Premier ministre a inauguré la relance de cette liaison nocturne, jeudi soir. "Un symbole fort, qui signifie la renaissance de ce mode de transport que certains jugeaient obsolète", selon Jean-Pierre Farandou, le PDG de la SNCF. 

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Le Premier ministre, Jean Castex, arrive en gare de Nice après avoir pris le train de nuit parti de Paris, accueilli notamment par le maire de la ville, Christian Estrosi (à g.), le 21 mai 2021. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

"Nice, Nice, cinq minutes d'arrêt !" Le Premier ministre est arrivé sur la Côte d'Azur peu après 9 heures, vendredi 21 mai au matin, après avoir passé plus de douze heures dans un train de nuit depuis Paris. Ce premier voyage, inauguré jeudi soir après trois ans d'arrêt, "est pour moi une grande fierté", a déclaré Jean Castex aux voyageurs, au départ à la gare d'Austerlitz. 

Le PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, l'a accompagné pendant ce trajet de 1 088 kilomètres. Le train de nuit, "c'est aussi le retour de la 'slow life', on prend son temps et on retrouve le goût du voyage, c'est comme une petite croisière", alors que "la crise sanitaire a aussi accéléré la prise de conscience climatique", s'est-il félicité. Voici cinq questions qui se posent après l'inauguration de la ligne.

Quelles sont les gares desservies ?

L'héritier du Train bleu désormais siglé France Relance est parti de la gare d'Austerlitz, à Paris, à 20h52 jeudi, avant d'arriver à 9h11 vendredi à Nice. Soit six heures de trajet de plus qu'en train à grande vitesse. Il reliera ainsi tous les jours et dans les deux sens Paris-Austerlitz et Nice-Ville, avec six arrêts : Marseille-Blancarde, Toulon, Les Arcs-Draguignan, Saint-Raphaël-Valescure, Cannes et Antibes, précise un communiqué de la SNCF (document en PDF).

Dans l'immédiat, le Paris-Nice circule avec sept des voitures qui vont normalement à Briançon (Hautes-Alpes), une liaison actuellement fermée pour travaux, et des voitures pour Modane. Ils ont été rafraîchis, mais les compartiments sont dans leur jus, avec des prises électriques dans le couloir et pas une barre de wifi. Les couchettes sont bleues ou rouges. "Vintage", commente un journaliste de l'AFP à bord.

Et pendant la pandémie ? 

Des mesures sanitaires sont à respecter dans ce nouveau train de nuit. En seconde classe, l'occupation des compartiments couchettes est ainsi limitée à quatre voyageurs au lieu de six. "En position 'tête bêche' afin de maximiser les distances entre les voyageurs", précise la SNCF. Le masque reste obligatoire pendant la nuit.

Combien coûte un billet ? 

"Les voyageurs ont la possibilité de choisir parmi trois espaces", expose le communiqué de la SNCF. Dans le moins cher, le voyageur passe la nuit dans un siège incliné. Le billet est vendu à partir de 19 euros. Pour avoir une couchette en seconde classe, dans un compartiment de six couchettes, il faudra débourser au minimum 29 euros. Enfin, en première classe (quatre couchettes par compartiment) le billet est vendu à partir de 39 euros.

Pourquoi la ligne avait-elle été arrêtée ?

Après un "âge d'or", le train de nuit a peu à peu décliné "avec l'arrivée du TGV en 1981". "Les TGV sont des trains diurnes et il a fallu laisser les voies la nuit pour les travaux d'entretien. Il y a eu aussi les avions low-cost, l'automobile, les vacances de moins en moins domestiques et de plus en plus exotiques... Il y a une évolution largement sociétale qui explique en partie le faible remplissage des trains de nuit", explique à franceinfo Georges Ribeill, historien et sociologue du rail. L'exploitation de la ligne Intercités Paris-Nice a, elle, cessé en décembre 2017, faute de rentabilité.

Un rapport gouvernemental, publié mardi 18 mai par la lettre d'information Mobilettre  – mais "obsolète" et dont la "version définitive sortira dans quelques jours", selon le ministère –, écrit d'ailleurs que le réseau de nuit en cours de développement serait déficitaire de 26 millions d'euros par an, un chiffre sensiblement égal au déficit actuel des deux lignes de nuit existantes.

Pour cette réouverture, le plan de relance consacre donc "5,3 milliards au secteur ferroviaire, dont 100 millions pour les trains de nuit : il prévoit 50 millions pour le rafraîchissement de 51 voitures de nuit et 50 autres millions pour l'accueil des voyageurs et l'adaptation des ateliers", a détaillé le Premier ministre. Le collectif Oui au train de nuit veut donner un coup de pouce supplémentaire : il propose dans un communiqué (document en PDF) de "rééquilibrer la concurrence entre le train et l'avion, en diminuant la TVA sur les billets de train et en fixant un prix plancher pour les billets d'avion", défendant "une alternative confortable et
écologique à l'avion et à la voiture pour traverser la France et l’Europe". "Nous rouvrons ce soir des choses qu'on avait peut-être un peu trop rapidement sacrifiées", a également soutenu Jean Castex en montant dans le train.

D'autres lignes renaîtront-elles bientôt ? 

En France, il n'y avait plus que deux lignes de trains de nuit, de Paris à Briançon (Hautes-Alpes), et de Paris à Rodez, Cerbère et Latour-de-Carol (Pyrénées-Orientales). Le retour du Paris-Nice "est un symbole fort, qui signifie la renaissance de ce mode de transport que certains jugeaient obsolète", a déclaré jeudi Jean-Pierre Farandou. La liaison relancée pourrait être la première d'une nouvelle série de lignes nocturnes, conformément à l'annonce surprise en juillet 2020 par Emmanuel Macron "d'une politique de promotion et de redynamisation des trains de nuit", comme le rappelle Le Figaro.

Le ministre des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a d'ailleurs pour ambition d'avoir "une dizaine de trains de nuit en 2030", dit-il au Parisien. Pour marquer ce virage, il a annoncé un Paris-Tarbes (Hautes-Pyrénées) et un Paris-Vienne (Isère) dès la fin de l'année. Suivront peut-être un jour des liaisons nocturnes Dijon-Marseille, Bordeaux-Marseille, Paris-Toulouse et Tours-Lyon, avance la version du rapport qui a fuité. Les rapporteurs prennent pour modèle la réussite de la compagnie autrichienne ÖBB avec la constitution d'un véritable réseau (Vienne-Amsterdam ou Munich-Rome, entre autres). En Europe, d'autres lignes devraient être créées dans les prochaines années, comme le note sur Twitter le directeur général de Voyages SNCF.

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