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Nomination de Benjamin Smith DG d'Air France-KLM : la CGT prévient de "forts risques de grève" s'il "n'est pas capable de mener un dialogue avec les syndicats"

Vincent Salles, co-secrétaire général du syndicat CGT-Air France, exprime sa méfiance après la nomination du Canadien à la tête du groupe Air France-KLM. Et repose la question des rémunérations au cœur de la crise au sein de la compagnie.

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Radio France
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Agence d'Air France à Lille. (BAZIZ CHIBANE / MAXPPP)

Air France-KLM a nommé jeudi 16 août Benjamin Smith, actuel numéro 2 d'Air Canada, directeur général du groupe. Pour les syndicats, cette nomination ne passe pas. "On pense qu'il est là pour faire grossir le low cost au sein du groupe Air France" déclare vendredi sur franceinfo Vincent Salles, co-secrétaire général du syndicat CGT-Air France. "Il y a de forts risques de grève si M. Benjamin Smith n'est pas capable de mener un dialogue avec les syndicats".

franceinfo : Quel est le problème avec Benjamin Smith ?

Vincent Salles : L'interrogation, c'est de savoir comment ont été traitées les différentes candidatures pour le poste de PDG d'Air France-KLM. On pense que toutes les candidatures n'ont pas été étudiées de façon impartiale. Certaines candidatures n'ont pas été au bout du processus de sélection.

Pourquoi avoir poussé pour un dirigeant français plutôt qu'étranger ?

L'inquiétude qu'on a ce sont les raisons pour lesquelles il a été nommé. On se pose la question de la forme : on profite de la mi-août pour précipiter une nomination qui n'avait pas besoin d'être faite à ce moment-là. Et puis c'est une candidature poussée par Delta Air Lines [compagnie américaine qui détient 8,8% du capital d'Air France-KLM, derrière l'Etat français (14,3%) et à égalité avec China Eastern (8,8%)].

Benjamin Smith est-il un cheval de Troie de Delta Air Lines ?

On le verra à l'usage. Mais ce monsieur, ce qu'on dit dans la presse, c'est qu'il a fait du low cost à Air Canada et qu'il a mis en place des accords retrogrades avec les partenaires sociaux. On pense donc que ce monsieur profite d'un soutien de l'Etat, parce que c'est le ministre de l'Economie qui a appuyé sa candidature, et des marchés financiers puisque quand son nom est paru dans la presse mercredi, le titre Air France-KLM a fini à la hausse. C'est donc une inquiétude. On pense qu'il est là pour faire grossir le low cost au sein du groupe Air France au détriment de la maison-mère, Air France, et mettre en place des accords au rabais qui vont dégrader les conditions de travail et les salaires.

Pourquoi craignez-vous le low cost alors qu'il est déjà mis en place ?

Il reste, grâce aux syndicats, contenu. Là, on sent que la volonté de la direction d'Air France-KLM et du conseil d'administration, c'est vraiment que le low cost prenne de l'ampleur et fasse de la croissance au sein du groupe. Ils vont mener une stratégie dans la droite ligne de ce qui s'est fait depuis des années : une politique d'austérité. On pense qu'il faut une politique d'investissement et de croissance d'Air France et non pas des low cost. Si les diections pensent que les salariés sont prêts à être mal payés, à travailler à outrance à vie, sans rien dire, elles se trompent. le low cost n'a pas d'avenir, on le voit chez Ryanair où les salariés s'organisent parce qu'ils en on marre d'être mal payés.

Air France-KLM n'a pas confirmé le salaire de Benjamin Smith. Qu'en savez-vous ?

On parle de 3,2 millions d'euros, Les Echos annoncent 4 millions d'euros. On triple le salaire du nouveau PDG alors que les salariés qui demandent un rattrapage des salaires parce que leurs salaires sont gelés depuis six ans ne sont pas entendus par la direction. On maintient des postes qui n'étaient voués qu'à être intérimaires. La "présidente non exécutive" va voir son poste maintenu [Anne-Marie Couderc assurait jusque-là le rôle de PDG par intérim après la démission de Jean-Marc Janaillac]. Donc, un salaire supplémentaire a maxima de 1,2 million d'euros. Qu'est-ce que c'est que ces postes non exécutifs ? Est-ce qu'il existe des mécaniciens non exécutifs, des pilotes non exécutifs ?

Le premier syndicat de pilote réclame des hausses de salaires et menace de grève. Etes-vous prêts à suivre ?

Dans l'intersyndicale, dont nous faisons partie, on a toujours été clairs. On a dit que lorsque le nouveau ou la nouvelle PDG serait nommé(e), la première des choses à faire pour renouer le dialogue serait de se mettre autour de la table pour régler cette question de rattrapage des salaires. C'est la question primordiale à régler. Ils ont su régler la question de la rémunération du DG, en la triplant soit-disant pour le motiver, et ils pensent que les salariés n'ont pas besoin d'être motivés ? On est déterminés et il y a de forts risques de grève si M. Benjamin Smith n'est pas capable de mener un dialogue avec les syndicats d'Air France.

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