Six mois après le début du mouvement, ce que les gilets jaunes ont (ou pas) obtenu

Ils sont encore quelques milliers à défiler dans les rues samedi, six mois après le début de la mobilisation. Mais pour quels résultats ?

Des \"gilets jaunes\" lors d\'une manifestation sur la place Bellecour à Lyon, le 11 mai 2019. 
Des "gilets jaunes" lors d'une manifestation sur la place Bellecour à Lyon, le 11 mai 2019.  (NICOLAS LIPONNE / NURPHOTO / AFP)

Quel bilan pour les "gilets jaunes" ? Six mois après le début de la mobilisation et au terme de 27 samedis consécutifs de manifestations, le mouvement initié sur les ronds-points le 17 novembre peut se targuer d'avoir contraint le gouvernement à répondre à certaines de ses revendications. Par deux fois – le 10 décembre, puis le 25 avril à l'issue du grand débat –, le chef de l'Etat a annoncé des mesures, pour une facture totale de 17 milliards d'euros, selon Bercy. Mais plusieurs revendications importantes des "gilets jaunes" (comme le rétablissement de l'ISF) n'ont en revanche pas trouvé d'écho auprès de l'exécutif.

Ce que les "gilets jaunes" ont obtenu

• Une augmentation de la prime d'activité. Il s'agit de la mesure phare annoncée le 10 décembre par le chef de l'Etat, qui l'avait à l'époque présentée comme une augmentation du smic. Concrètement, un salarié payé au smic touche depuis le début de l'année 2019 environ 100 euros de plus par mois.

 Des baisses d'impôts. Emmanuel Macron a également annoncé des baisses d'impôts. Première décision, prise le 10 décembre : la défiscalisation des heures supplémentaires. Depuis le mois de janvier, ces heures supplémentaires sont exonérées de cotisations sociales et ne sont plus soumises à l'impôt sur le revenu.

Le 25 avril, lors de sa conférence de presse post-grand débat national, le président a en outre annoncé une baisse "significative" de l'impôt sur le revenu. Selon le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, celle-ci pourrait prendre la forme d'une "baisse de 180 à 350 euros par an pour les ménages des deux premières tranches".

 La revalorisation de certaines retraites. Durement touchés par les décisions prises au début du quinquennat Macron, les retraités ont obtenu plusieurs mesures. Le 10 décembre, le président a annoncé que la hausse de la CSG sur les retraites (passée de 6,6% à 8,3% le 1er janvier 2018) serait annulée pour les pensions de moins de 2 000 euros. Le 25 avril, le chef de l'Etat a en outre annoncé que les retraites de moins de 2 000 euros seraient à nouveau indexées sur l'inflation à partir du 1er janvier 2020, alors que des revalorisations bien inférieures à l'inflation étaient initialement prévues.

 Un moratoire sur les fermetures d'écoles et d'hôpitaux. Parmi les doléances des "gilets jaunes" revenait souvent la nécessité de lutter contre les déserts médicaux et scolaires. Lors de sa conférence de presse, Emmanuel Macron a annoncé qu'aucun hôpital ni aucune école ne fermerait sans l'accord du maire d'ici à la fin du quinquennat.

 Une dose de proportionnelle. Pour tenter de répondre au problème de représentativité qui touche les institutions, le chef de l'Etat a confirmé l'instauration d'une dose de proportionnelle pour les élections législatives. Lors de sa conférence de presse, il s'est dit favorable à ce que la part de députés élus à la proportionnelle soit d'environ 20%. Il a en outre évoqué une baisse de 25% du nombre de parlementaires.

 La suppression de l'ENA. Alors qu'il ne s'agissait pas d'une revendication formelle des "gilets jaunes", Emmanuel Macron a annoncé la suppression de l'Ecole nationale d'administration (ENA), souvent accusée de former des élites déconnectées du terrain.

 Un assouplissement de la limitation de vitesse à 80 km/h. Considérée comme l'un des détonateurs de la crise des "gilets jaunes", la limitation de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires n'a pas été évoquée directement par Emmanuel Macron. Mais l'Assemblée nationale a voté mi-mai son assouplissement : la mesure pourra désormais être annulée, au bon vouloir de chaque président de conseil départemental.

Ce que les "gilets jaunes" n'ont pas obtenu

 Le référendum d'initiative citoyenne. Revendication phare des "gilets jaunes" depuis les débuts du mouvement, le principe du référendum d'initiative citoyenne (RIC) n'a pas été retenu par l'exécutif. "Tel qu'il est proposé, il me semble remettre en cause la démocratie représentative", a estimé Emmanuel Macron lors de sa conférence de presse du 25 avril. Il s'est en revanche engagé à "simplifier les règles" du référendum d'initiative partagée (déjà inscrit dans la Constitution) en abaissant à un million (au lieu de 10% du corps électoral) le nombre de signatures nécessaires pour provoquer un référendum.

 La reconnaissance du vote blanc. Autre revendication des "gilets jaunes" rejetée : la reconnaissance du vote blanc. "En démocratie, il faut choisir, le moindre mal ou le mieux possible. Blanc, c'est l'agrégation des rejets, des refus, c'est trop facile", a jugé le chef de l'Etat, tout en refusant également le vote obligatoire.

 Le rétablissement de l'ISF. Il s'agissait d'une des doléances les plus fréquentes de la part des "gilets jaunes". Le gouvernement ne reviendra pas sur la suppression de l'impôt sur la fortune (ISF) et son remplacement par l'impôt sur la fortune immobilière (IFI). Toute décision sur ce dossier est suspendue à une évaluation menée par un comité d'experts qui rendra son avis en septembre.