Six questions sur l'interpellation d'Eric Drouet, l'un des leaders des "gilets jaunes"

Devenu une figure du mouvement, le chauffeur routier faisait partie d'un groupe de quelques dizaines de "gilets jaunes" qui s'étaient rassemblés mercredi soir près des Champs-Elysées. Il a été relâché après 24 heures de garde à vue.

Eric Drouet, le 17 novembre 2018 à Paris. 
Eric Drouet, le 17 novembre 2018 à Paris.  (MAXPPP)

Eric Drouet, l'un des chefs de file des "gilets jaunes", a de nouveau été interpellé et placé en garde à vue, mercredi 2 janvier à Paris, pour organisation d'une manifestation non déclarée. Alors qu'il a été libéré en fin d'après midi, jeudi 3 janvier, franceinfo revient sur cette arrestation et les questions qu'elle pose.

1Que faisait Eric Drouet près des Champs-Elysées ?

Selon son annonce dans une vidéo publiée un peu plus tôt dans la journée sur Facebook, le chauffeur routier de 33 ans était venu déposer des bougies place de la Concorde. Accompagné d'une cinquantaine de personnes, il voulait ainsi marquer son soutien aux "gilets jaunes" blessés et honorer la mémoire des dix personnes tuées en marge des rassemblements. Dans sa vidéo, Eric Drouet avait également appelé à mener une petite "action" pour "choquer l'opinion publique". "Je sais pas s'il y en aura qui seront avec nous sur les Champs (...) On va tous y aller sans gilets", expliquait-il. C'est rue Royale, à proximité de la place de la Concorde et des Champs-Elysées, qu'il a été interpellé. Trois autres personnes ont été placées en garde à vue pour rébellion.

Mais cette version des faits semble avoir évolué. Interrogé par la presse à sa sortie de garde à vue, jeudi 3 janvier, Eric Drouet indique qu'il a été interpellé mercredi alors qu'il souhaitait simplement se rendre "au restaurant" avec d'autres "gilets jaunes".

2Pourquoi a-t-il été arrêté ? 

Eric Drouet a été placé en garde à vue pour organisation d'une manifestation sans déclaration préalable. "Cela s'appelle le respect de l'Etat de droit (...) Quand quelqu'un organise une manifestation alors qu'elle n'est pas déclarée, c'est qu'il ne respecte pas l'Etat de droit", a justifié le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, sur France Inter.

3Que risque-t-il ? 

A l'issue de sa garde à vue, Eric Drouet a été convoqué le 15 février prochain à 9 heures devant le tribunal correctionnel de Paris, a annoncé le parquet dans un communiqué, jeudi. Il est poursuivi des chefs "d'organisation d'une manifestation sur la voie publique sans autorisation". Cette procédure a été jointe à celle ouverte le 22 décembre dernier après sa première interpellation dans les rues de Paris, alors qu'il était en possession d'une matraque.

A l'issue de la garde à vue de son client, son avocat avait pourtant affirmé ne pas avoir été informé d'éventuelles poursuites. Me Khéops Lara a dénoncé une opération "bassement politique et qui n'a rien de juridique (...) C'est l'Etat qui a bafoué l'Etat de droit. On l'a interpellé alors qu'il circulait librement à Paris."

4A-t-il cherché à se faire arrêter ?

C'est ce que laisse entendre Eric Drouet lors d'un Facebook Live, une vidéo diffusée en direct sur le réseau social jeudi soir sur la page La France en colère !!! à l'issue de sa garde à vue. Le "gilet jaune" lit la question d'un internaute qu'il vient de recevoir : "Tu penses que maintenant qu'ils t'ont pris pour le plus gros porte-parole ils font exprès de te mettre en garde à vue juste pour attirer la haine du peuple ?" "ça je dirais que c'est plus nous qui avons fait ça pour arriver là. Le mercredi dernier on savait ce qu'ils voulaient pas qu'on fasse, même si c'était autorisé, légal. On a joué de ça cette semaine. On voulait montrer au reste des Français qu'on n'était pas libres", répond Eric Drouet.

"Ce n'était pas une action dure, c'était une action qui allait être dure à gérer pour eux au final, poursuit-il un peu plus tard en répondant à une autre question. C'est complètement ce qui s'est passé. Après eux ils sont rentrés dans le jeu, ils n'ont pas essayé de nous contrôler les papiers, de nous dissuader de ne pas rester dans le coin." "Ah le coup de com' je crois qu'on l'a fait là. C'était sous peine d'aller 24 heures en garde à vue. Franchement c'est peut-être 40 ou 50% de ce que j'attendais", répète-t-il à la fin de la vidéo.

5Comment réagissent les figures de l'opposition ?

Peu après cette interpellation, Jean-Luc Mélenchon, qui avait déjà fait part de sa "fascination" pour Eric Drouet, a réagi sur Twitter. Le leader de La France insoumise (LFI) a réclamé sa libération et fustigé "une police politique". 

Sur franceinfo, le député LFI Eric Coquerel a dénoncé "une vraie persécution sur Drouet, parce que c'est une des figures emblématiques" des "gilets jaunes". 

La présidente du RN, Marine Le Pen, s'est quant à elle insurgée contre "la violation systématique des droits" des "opposants"

6Comment réagissent les 'gilets jaunes' ? 

Sur BFMTV, Benjamin Cauchy, autre leader des "gilets jaunes", a estimé que, avec cette arrestation, "monsieur Macron met de l'huile sur le feu". "On est dans une note répressive et c'est dommageable pour notre démocratie, a jugé Kamel Amriou, président du Mouvement citoyen des "gilets jaunes", sur franceinfo. Je ne crois pas qu'on va faire taire les gens. Bien au contraire. Cela risque de produire l'effet inverse."

Plusieurs rassemblements étaient organisés, jeudi, en soutien à Eric Drouet, notamment devant l'hôtel de police du 4e arrondissement de Paris, où le leader se trouvait en garde à vue. Un rassemblement était également organisé "en soutien aux personnes arrêtées" à Lille (Nord)  rapporte France 3 Hauts-de-France.