Policiers renvoyés en correctionnelle : "La justice prend une tournure politique" dénonce le syndicat Unité SGP Police-FO

Grégory Joron, le secrétaire national CRS pour le syndicat, estime que "les policiers de terrain vont servir de bouc-émissaire et vont être donnés en pâture à la vindicte populaire".

Des policiers lors d\'une manifestation de \"gilets jaunes\" à Amiens, le 25 mai 2019 (photo d\'illustration).
Des policiers lors d'une manifestation de "gilets jaunes" à Amiens, le 25 mai 2019 (photo d'illustration). (FRANCOIS NASCIMBENI / AFP)

"J'ai l'impression que la justice prend une tournure politique", a réagi jeudi 30 mai sur franceinfo Grégory Joron, le secrétaire national CRS pour le syndicat Unité SGP Police-FO, après les déclarations du procureur de la République de Paris annonçant que des policiers seront renvoyés devant le tribunal correctionnel dans le cadre des violences policières lors des manifestations de "gilets jaunes". Le policier "n'est plus un justiciable comme un autre", dénonce Grégory Joron, qui déplore le fait que ses collègues "vont se retrouver devant le tribunal correctionnel entre un délinquant de la route et un agresseur sexuel". Il pointe "l'échec d'un ministère et d'un dispositif".

franceinfo : Est-ce que ces "violences illégitimes", soulignées par le procureur Rémy Heitz, correspondent à une réalité ?

Grégory Joron : Le procureur fait quelques annonces, ce qui paraît un peu étonnant dans le contexte. Mes collègues bénéficient de la présomption d'innocence. J'ai l'impression que la justice prend une tournure politique étant donné la pression des "gilets jaunes". Je ne suis pas sûr que cette annonce soit de nature à apaiser les tensions et à faire en sorte qu'on puisse avancer, nous policiers, en toute sérénité. Nous à Unité SGP Police-FO on souhaite la mise en place de magistrats spécialisés pour prendre en compte le contexte sur ces cas d'éventuelles violences illégitimes et disproportionnées.

Un policier ne serait pas un justiciable comme un autre ?

Aujourd'hui ce n'est plus un justiciable comme un autre. C'est bien cela le problème. J'ai envie de poser une question. Quand on se trompe de dispositif, quand le dispositif n'est pas à la hauteur de l'enjeu, quand mes collègues sont envoyés sans être formés, ni équipés du bon matériel et que, de fait, ils font avec ce qu'ils peuvent et comme ils peuvent, personne ne se pose la question de savoir qui va être le lampiste de l'affaire et se retrouver devant le tribunal. La réponse on l'a aujourd'hui. Ce sont les policiers de terrain qui, sur certaines journées, ont assuré et ont tenu la République à bout de bras. Ces collègues-là, qui ont risqué leur vie, vont se retrouver devant le tribunal correctionnel entre un délinquant de la route et un agresseur sexuel.

Vous mettez en cause la hiérarchie ?

Bien évidemment. Nous on l'a mise en cause dès le premier jour. On a été reçus deux fois chez le ministre au sujet de la stratégie du maintien de l'ordre sur Paris. Le préfet de police n'a pas été entendu. On lui a donné un poste de conseiller d'Etat, alors que mes collègues se retrouvent devant le tribunal. Encore une fois ce sont les policiers de terrain qui vont servir de bouc-émissaire et donnés en pâture à la vindicte populaire.

En quoi y a-t-il une dimension politique dans les propos du procureur de Paris ?

On a l'impression que c'est une réponse à la pression médiatique. Il va falloir chercher des responsabilités. Et les responsabilités on va aller au plus simple. C'est le collègue de terrain, qui a fait comme il a pu et avec ce qu'il avait, que l'on va incriminer sur une crise qui était hautement politique. Il y a eu des blessures graves. C'est toujours malheureux. L'échec, il est collectif. Ce n'est pas l'échec d'un seul individu tout seul derrière son LBD. C'est l'échec d'un ministère, d'un dispositif et c'est un échec absolu à chaque fois qu'il y a un blessé de cet ordre-là. Je m'interroge très clairement, pas sur l'indépendance de la justice, mais sur son impartialité.