"Pas de loisirs ni de coiffeur, les mêmes vêtements depuis 20 ans" : le témoignage d'une mère de famille "gilet jaune" bien décidée à continuer l'action

Les annonces du gouvernement pour calmer la colère des "gilets jaunes", n'ont pas convaincu Stéphanie qui continue à manifester au péage de Tarbes. 

Des \"gilets jaunes\" mobilisés le 5 décembre 2018 dans le Puy-de-Dôme (illustration). 
Des "gilets jaunes" mobilisés le 5 décembre 2018 dans le Puy-de-Dôme (illustration).  (BOILEAU FRANCK / MAXPPP)

Stéphanie qui élève seule ses trois enfants n'a pas l'intention de déposer son gilet jaune. Dès qu'elle peut, elle vient rejoindre les autres manifestants au péage de Tarbes (Hautes-Pyrénées). Les annonces du gouvernement ne vont pas changer grand-chose à son quotidien, témoigne-t-elle, mercredi 5 décembre

Un budget géré à l'euro près

Avec le RSA, les allocations logement et familiales, une pension alimentaire, cette mère de famille perçoit un peu plus de 1 200 euros par mois. Il faut payer le loyer, qui représente la moitié de son budget qu'elle connait par cœur. Ce qui lui reste est amputé par d’autres charges obligatoires. "J’ai 130 euros d’électricité par mois. Une bouteille de gaz me dure six mois. Là, je m’attends à une belle facture d’eau. Et avec toutes les assurances, j’en ai pour exactement 160 euros par mois", détaille-t-elle. Il lui reste à la fin du mois "200 euros pour vivre". Ses enfants déjeunent à la cantine. "On paie plein pot mais ils mangent un bon repas équilibré. Ce qui fait que le soir, je la fais souple..."

Le soir, on mange de la soupe, des pâtes, des patates et voilà…Stéphanie, "gilet jaune"à franceinfo

"Je n’ai pas de loisirs. Je ne vais pas chez l’esthéticienne, chez la coiffeuse. Je me coupe toute seule les cheveux. Mes vêtements, ce sont les mêmes depuis 20 ans", confie cette membre des "gilets jaunes". Pour habiller ses enfants, elle fait les vide-greniers.

Il faut aussi du carburant pour aller chercher de l'aide

Pour réduire ses dépenses, cette maman célibataire a quitté son logement en ville pour vivre à la campagne où le loyer est moins cher. Mais la voiture est indispensable. L’école est plus éloignée et la hausse du prix du gasoil vire à l’angoisse.

Parfois, je ne peux plus me déplacer, même pour aller au Secours populaire chercher un colis. Ça n’est pas possible parce qu’il ne me reste pas beaucoup de gasoil.Stéphanie

Le carburant, elle le garde pour emmener ses enfants à l’école. "On se prive beaucoup", reconnait-elle, disant que "la priorité, c’est les enfants". Sa petite fille de six ans lui demande de penser à elle, de temps en temps. "Mais pour penser à moi, il faut de l’argent. Et malheureusement, ce n’est pas possible", souffle-t-elle.

Stéphanie a cessé de travailler pour élever ses enfants. Elle aimerait reprendre une activité mais seulement si elle y trouve un intérêt. Or, entre les frais de garde, la baisse de certaines allocations, la perte de la couverture maladie universelle (CMU), elle redoute de se retrouver... encore plus pauvre.