"Nous, on revendique le droit de pouvoir travailler": à Toulouse, les commerçants attendent les annonces d'Emmanuel Macron, sans illusions

L'allocution d'Emmanuel Macron sera suivie par la plupart des commerçants de Toulouse, victimes collatérales du mouvement des "gilets jaunes".

Des commerçants brandissent un panneau \"à vendre\" avec comme contact, le numéro de téléphone de la préfecture, le 16 janvier 2019.
Des commerçants brandissent un panneau "à vendre" avec comme contact, le numéro de téléphone de la préfecture, le 16 janvier 2019. (ALAIN GASTAL / FRANCEINFO)

Dans le centre de la ville rose, les commerçants espèrent que l'Etat fera un geste pour le secteur, touché depuis plus de 23 semaines par les conséquences du mouvement des "gilets jaunes".

Dans l'attente de baisses de charges

Dominique, qui gère deux boutiques, a perdu 140 000 euros. "J’attends réellement des exonérations de charges", affirme-t-elle. "Je sais que la TVA est un impôt très très difficile à exonérer, mais néanmoins je crois qu’on peut essayer de faire quelque chose parce que la situation n’est pas une situation classique."

Elle espère des annonces "sur les charges patronales également, et sur la CF". Un impôt foncier qu’elle paie, mais qu’elle ne peut pas rentabiliser. "Pour sauver ma société, j’ai mis mes deux boutiques en vente, et je vais licencier trois personnes," explique-t-elle. Thibault, gérant de deux établissements de restauration, redoute les "fausses bonnes idées", à l’image de la prime exceptionnelle de fin d’année que l’exécutif voudrait normaliser. "Moi je peux pas pour l’instant. Je peux le montrer à mes employés, on est dans le rouge. Donc c’est bien beau de promettre ce genre de choses", regrette-t-il.

"Beaucoup de commerçants ne peuvent plus se payer"

"Au lieu de nous dire 'on donne une prime de 1 000 euros', et bien sur un mois on enlève toutes les charges, et les 300, 400 ou 500 euros de charges qu’on est censés payer à l’Etat, on les donne à l’employé. Malheureusement, aujourd’hui on n’est pas capables de donner tous 1 000 euros de sa poche… Il y en a qui fermeraient derrière," poursuit le restaurateur.

En revanche, ces commerçants sont persuadés d’une chose : la prise de parole du président ne va pas calmer la colère des "gilets jaunes". "On ne peut plus rien attendre, parce que malheureusement on est face à des personnes qui foncent tête baissée. Je ne pense pas qu'eux-mêmes attendent quelque chose des annonces d’Emmanuel Macron," affirme Thibault. "Jusqu’à décembre, on comprenait, abonde Dominique, on était tous solidaires. Là, il faut comprendre aussi que cela porte des problèmes économiques. Nous, on revendique le droit de pouvoir travailler."

Et pourtant, il y a urgence, explique Jean-Marc Martinez, le président de la fédération des commerçants de Toulouse. "Beaucoup de commerçants ne peuvent plus se payer, sont en rouge auprès de leur banque. Ils ont très peur des aides que propose l’Etat parce que finalement, ces aides-là ce sont des aides indirectes, pas directes, et il faut les rembourser un jour." 

Comment penser qu’un commerçant puisse emprunter pour se payer à la fin du mois ? Ce n’est pas une façon de faire. On voit déjà la casse se préparer.Jean-Marc Martinez

Le président de la fédération des commerçants de Toulouse fustige les "requins qui aujourd’hui achètent des commerces à très bon prix."  Dans la ville rose, plus d’une dizaine de boutiques ont fermé depuis le début du mouvement des "gilets jaunes".