Me Henri Leclerc : la mobilisation des "gilets jaunes" est "un reflet de la misère du monde"

 L'avocat, président d'honneur de la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, dénonce les interpellations préventives de la police le week-end dernier, dit entendre la souffrance des "gilets jaunes" et demande au président de la République d'intervenir.

Me Henri Leclerc, avocat, président d’honneur de la Ligue française pour la défense des droits de l\'homme et du citoyen, était l\'invité de franceinfo lundi 10 décembre.
Me Henri Leclerc, avocat, président d’honneur de la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen, était l'invité de franceinfo lundi 10 décembre. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Alors qu'on célèbre le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, Henri Leclerc, avocat, président d’honneur de la Ligue française pour la défense des droits de l'homme et du citoyen a affirmé lundi 10 décembre sur franceinfo que la mobilisation des "gilets jaunes" est "un reflet de la misère du monde".

france info : Quel regard portez-vous sur le bilan sécuritaire de ce week-end ?

Henri Leclerc : La seule question qui se pose, c'est de savoir si des manifestants ont été arrêtés alors qu'ils n'ont pas commis la moindre infraction autre que de vouloir manifester ou pas. Sur ce point, je n'ai aucune raison de douter de la parole d'un certain nombre d'avocats. Il faut voir les dossiers et les situations. Mais pour l'instant, on est en face de quelque chose qui est grave (…) On ne peut pas arrêter quelqu'un simplement parce qu'il va participer à une manifestation. Le droit de manifester, tout le monde l'affirme. Certes, il y a un délit qui a été créé par Nicolas Sarkozy en 2009 ou 2010 qui est un délit de participation à un groupement en vue de commettre des violences. Or, quand on vient à Paris pour manifester, ce n'est pas pour autant qu'on veut commettre des violences. Il y a beaucoup de "gilets jaunes" pacifiques.

La fin ne justifie pas les moyens ?

La fin ne justifie pas les moyens. Nous ne sommes pas en état d'urgence. Nous ne sommes pas en état de siège. Là, il y aurait des exceptions possibles. Nous sommes dans une situation normale. Dans ces conditions-là, il va falloir tranquillement que les conditions d'arrestations soient examinées par la justice (…) Dire aujourd'hui que plus de 1.000 personnes voulaient commettre des violences me paraît excessif. Pour l'instant, je n'ai pas d'éléments personnels du dossier qui me permettent de trancher.

Le pouvoir d'achat est-il la raison principale de la mobilisation des "gilets jaunes" ?

Le pouvoir d'achat joue un grand rôle. Les conditions de vie des gens sont importantes. On célèbre aujourd'hui le 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme. Elle définit un certain nombre de droits, parmi lesquels il y a le droit à un niveau de vie suffisant. La Déclaration universelle des droits de l'homme protège les droits de façon très claire et elle affirme l'aspiration à un monde où l'homme serait libre de parler et de croire, libéré de la terreur et de la misère. Elle prévoit par exemple dans ses articles 25 et 26, de façon très claire, que les gens ont droit à un niveau de vie satisfaisant. Ce que nous entendons depuis quelques jours de la vie des "gilets jaunes" est quelque chose qui montre bien que ces droits essentiels ne sont pas garantis. Le président de la République doit intervenir. Comment sortir d'une situation où on a laissé une fraction importante de la population vivre dans des conditions de vie qui sont effroyables ?

Selon un sondage Odoxa pour franceinfo et SNCF Gares et connexions, 8 Français sur 10 ont le sentiment que leurs droits ont reculé depuis 70 ans. Faites-vous le même constat ?

C'est très difficile à dire. Il y a toujours cette tentation de voir le passé meilleur que le présent. Je ne peux pas dire. La situation des droits dans le monde est effroyable. Quand on voit ces malheureux qui n'ont plus rien qui arrivent en Libye, qui traversent la Méditerranée et qui meurent, qui crèvent par milliers. On interdit en plus à l'Aquarius, qui en a sauvé 30 000, de continuer sa route. Ce sont des choses sidérantes. Mais en même temps, il y a des progrès qui ont été faits. On ne peut pas dire que le droit des femmes n'a pas progressé. Mais il y a dans le monde de la terreur et de la misère. Il y a des terroristes. Puis, il y a une misère dans le monde. Les droits de l'Homme, c'est quand même important. La Déclaration universelle des droits de l'Homme dit qu'il faut respecter ces droits pour que l'homme ne soit pas contraint à la révolte. Est-ce que malheureusement ce n'est pas ce à quoi nous assistons ? Je pense que le président de la République doit en tenir compte.