Matériel confisqué, tirs de Flash-Ball, blessures... Un samedi délicat pour les journalistes qui couvrent la manifestation des "gilets jaunes" à Paris

Malgré les mesures de sécurité prises par les rédactions, reporters et photographes travaillent dans des conditions très difficiles, samedi, pour "l'acte 4" du mouvement.

Un membre des forces de l\'ordre tire une grenade lacrymogène à proximité d\'un journaliste, lors de la manifestation des \"gilets jaunes\" à Paris, le 8 décembre 2018.
Un membre des forces de l'ordre tire une grenade lacrymogène à proximité d'un journaliste, lors de la manifestation des "gilets jaunes" à Paris, le 8 décembre 2018. (ALAIN JOCARD / AFP)

"Première fois de ma vie qu'avant une manifestation, je donne le numéro de mes proches et mon groupe sanguin à des collègues." Ce message a été posté sur Twitter par Maxime Reynié, photojournaliste du studio Hans Lucas, à la veille de "l'acte 4" du mouvement des "gilets jaunes" à Paris. De fait, reporters et photographes travaillent dans des conditions très tendues samedi 8 décembre.

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Il y a d'abord eu la confiscation par les policiers du matériel de protection de plusieurs photographes, équipés de casques, masques à gaz et lunettes.  

Le photographe envoyé par Libération, Boris Allin, alias Boby, raconte la scène à franceinfo. "Je me suis fait confisquer mon casque de moto, mon masque à gaz et mes lunettes de protection à Bastille. Je n'ai pas de carte de presse, mais je leur ai montré des mails de la rédaction prouvant que j'étais envoyé par eux. Ils n'ont rien voulu savoir, témoigne-t-il. Je leur ai demandé leur matricule pour récupérer mon matériel, personne ne l'avait et ils sont montés sur leurs grands chevaux, ils ont menacé de me placer en garde à vue", poursuit-il. 

Je couvre des manifestations depuis quatre-cinq ans et c'est la première fois que cela m'arrive.Boris Allin, photographe de "Libération"à franceinfo

D'autres journalistes ont été blessés, comme Paul Conge, reporter à Explicite, qui poste sur Twitter une photo de sa cuisse touchée par "un plot de grenade desencerclante".

Deux journalistes du Parisien ont été, eux, touchés par un tir de Flash-Ball. Yann Foreix poste sur Twitter la photo de son casque endommagé par l'impact et affirme avoir "perdu connaissance quelques secondes". "J'ai été aidé par plusieurs manifestants, que je remercie, à me relever. J'ai cru à un pavé. Je suis évacué à l'hôpital", rapporte-t-il. 

Le second reporter est plus légèrement touché, au niveau du genou, indique un rédacteur en chef du journal. Un journaliste d'une agence de presse audio A2PRL a lui été touché par un tir, comme il le signale sur le réseau social.

D'autres journalistes ont vu leur matériel endommagé, à l'image de celui du Figaro, qui affirme avoir été pris à partie par des casseurs près des Champs-Elysées. 

Les mesures de sécurité ont pourtant été renforcées par les rédactions pour préserver les journalistes. Plusieurs d'entre eux ont été pris pour cible ces derniers jours par les manifestants, avec une caméra cassée à Toulouse et deux reporters de la Voix du Nord visées par le jet d'une bouteille remplie d'acide.  

A France Télévisions tout comme chez BFMTV, des agents de sécurité accompagnent les reporters sur le terrain pour les mettre à l'abri en cas de dérapage. La consigne a également été donnée de filmer avec des smartphones plutôt qu'avec des caméras, plus visibles. 

Comme l'indique Le Figaro, les journalistes de Radio France se sont vus conseiller de ne pas se projeter trop près des points chauds et de porter des brassards de presse amovibles, à retirer rapidement en cas de danger. 

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), a quant à lui "demandé à chacun d'être attentif au respect du travail des journalistes et des équipes de reportage"

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