Manifestations des "gilets jaunes" : "Ceux qui restent sont des antirépublicains"

"La violence est proportionnelle à la baisse des effectifs, c'est-à-dire qu'il reste les noyaux les plus militants, les plus extrémistes et les plus protofascistes", estime le politologue Jean Petaux.

La place de l\'hôtel de ville à Paris sous les gaz lacrymogènes, le 22 décembre 2018.
La place de l'hôtel de ville à Paris sous les gaz lacrymogènes, le 22 décembre 2018. (BENJAMIN ILLY / FRANCEINFO)

Les manifestations des "gilets jaunes" samedi 22 décembre ont donné lieu à 220 interpellations et 81 gardes à vue. Ils étaient 38 600 à manifester dans toute la France contre 66 000 le samedi précédent.

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"Ceux qui restent sont des antirépublicains", a expliqué dimanche 23 décembre sur franceinfo Jean Petaux, politologue à Sciences Po Bordeaux. "C'est un phénomène de vases communicants. La violence est proportionnelle à la baisse des effectifs." 

franceinfo : Êtes-vous surpris de nombre de manifestants encore présents ?  

Jean Petaux : L'essoufflement est constant depuis le 17 novembre, pratiquement à chaque fois ça baisse de moitié en termes de mobilisation d'effectifs, mais il n'y a pas de signes d'arrêt. C'est un phénomène de vases communicants. La violence est proportionnelle à la baisse des effectifs, c'est-à-dire qu'il reste les noyaux les plus militants, les plus extrémistes et les plus protofascistes.  

Ce samedi a été marqué par de nouvelles violences, des provocations. Êtes-vous d'accord avec Christophe Castaner qui dit que ceux qui restent font partie des plus extrêmes ?  

La question n'est pas de savoir si je suis d'accord ou pas. Ce qui est clair, c'est que ceux qui restent sont des antirépublicains, clairement. Ce mouvement, depuis le début, est absolument inédit. 10 morts. Il faut remonter à la guerre d'Algérie pour trouver ces évènements, ça n'a rien à voir avec mai 68 du point de vue du mouvement social. C'est un mouvement qui, au maximum, rassemble 40 000 personnes sur l'ensemble du territoire, et vous avez une stratégie de la violence et de la tension. Ce sont des faits inadmissibles, inacceptables en République et en démocratie. Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt et dire qu'il y a des raisons de faire ça, il n'y a pas de raisons de faire ça. Il y a une mécanique qui est une convergence entre le brun et le rouge et de ce point de vue là, François Ruffin est une véritable caricature de ce processus. Il y a une convergence des mouvements factieux et séditieux  qui s'incarnent dans ce qu'on a vu à Toulouse, Bordeaux et Paris.  

Le gouvernement a-t-il tort d'espérer que le mouvement s'arrête après les fêtes de fin d'année ?  

C'est une erreur. On voit qu'il y a une volonté de l'exécutif de séparer les gentils "gilets jaunes", qui sont la grande majorité, des plus activistes, je pense à des types comme Drouet, en essayant de mettre la violence à part, de la faire monter dans une forme de bulle explosive pour dire que ce n'est pas possible de continuer comme ça. C'est jouer avec le feu et il y a de fortes chances, compte tenu de l'agenda social du premier semestre, que d'autres explosions sociales se multiplient. La rentrée de janvier ne va pas du tout être simple pour le gouvernement.  

Qu'en est-il du ressenti des Français vis-à-vis d'Emmanuel Macron ?  

Je pense que le degré de détestation qu'a atteint Emmanuel Macron auprès d'une majorité de Français n'est pas rattrapable dans la mesure de la confiance à son égard. Cela ne veut pas dire qu'il faut confondre ça avec des intentions de vote. Le vote relève d'autres ressorts et il y a des effets de contexte. Il faut bien distinguer le futur d'Emmanuel Macron de sa cote actuelle qui est très basse. Je n'ai pas le souvenir de détestation aussi importante, surtout dans un degré de rejet qui est presque analogue à l'amour qu'il a pu constituer.