Loi anti-casseurs : "À chaque crise sociale, c'est la surenchère", regrette l'avocat William Bourdon

William Bourdon fait partie des avocats qui ont saisi le défenseur des droits après l'interpellation de "gilets jaunes" qui se rendaient place de la Concorde à Paris, le 5 janvier.

Des affrontements entre policiers et manifestants, lors de la mobilisation toulousaine des \"gilets jaunes\" le 5 janvier.
Des affrontements entre policiers et manifestants, lors de la mobilisation toulousaine des "gilets jaunes" le 5 janvier. (PASCAL PAVANI / AFP)

"Il y a une mauvais tradition dans ce pays : chaque fois qu'il y a une crise sociale marquée par des dérapages et des violences urbaines, c'est la surenchère sécuritaire, l'effet d'annonce", a regretté mardi 8 janvier William Bourdon. Il fait partie du groupe d'avocats qui a saisi, le 5 janvier, le défenseur des droits après l'interpellation de "gilets jaunes" qui se rendaient place de la Concorde à Paris, à l'appel d'Eric Drouet. Le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé lundi 7 janvier une nouvelle loi "anti-casseurs", qui prévoit entre autres un fichier des "casseurs" et fera du port d'une cagoule un délit.

"Il y a un principe de proportionnalité, qui est au cœur de l'État de droit et qui nous paraît être mis en échec par les mesures envisagées par le Premier ministre. De plus, le fait, par exemple, d'interdire une manifestation peut se heurter à des problèmes constitutionnels ou risquer la censure du juge européen", a estimé Me Bourdon.

J'ai des réserves sur ce mécanisme qui s'est universalisé à l'approche des manifestations : une forme de répression préventive, des arrestations préventives, dans une logique juridique très contestable.William Bourdonà franceinfo

"Toute l'Histoire de France montre qu'on n'étanche pas une crise sociale aussi grave que celle que connaît la France aujourd'hui par un empilement de lois supplémentaires, alors que l'arsenal juridique est parfaitement suffisant pour faire face à la légitime préoccupation de mettre un terme à ces violences et d'en arrêter les auteurs", poursuit l'avocat.

Autre point noir pour Me Bourdon : les armes utilisées par les forces de l'ordre. "Nous déplorons l'utilisation en France - qui est d'ailleurs quasiment inédite à l'échelon européen - d'armes types grenades de désencerclement, qui ont une potentialité létale ou de mutilation. Aujourd'hui, le bilan se monte à 18 mutilés définitives !"