Impôts, environnement, citoyenneté, immigration... Ce qu'il faut retenir de la lettre d'Emmanuel Macron aux Français

L'Elysée a publié dimanche soir la lettre d'Emmanuel Macron aux Français, alors que le grand débat national en réponse à la crise des"gilets jaunes" doit s'ouvrir mardi pour deux mois. 

Emmanuel Macron lors d\'une conférence de presse à l\'Elysée, le 17 décembre 2018.
Emmanuel Macron lors d'une conférence de presse à l'Elysée, le 17 décembre 2018. (BENOIT TESSIER / REUTERS)

Embourbé dans la crise des "gilets jaunes" depuis près de deux mois, Emmanuel Macron veut "transformer (...) les colères en solutions". Quelques jours avant l'ouverture du grand débat national, qu'il avait promis de mettre en place dans son allocution télévisée du 10 décembre, Emmanuel Macron a tenu un autre engagement formulé ce jour-là : s'adresser aux Français dans une lettre

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"Françaises, Français, je souhaite que le plus grand nombre d'entre vous puisse participer à ce grand débat afin de faire œuvre utile pour l'avenir de notre pays", affirme-t-il dans ce (très long) message, publié dimanche 13 janvier. Autour de 32 questions "essentielles" à ses yeux, il trace les grandes lignes des débats qui se tiendront ces prochaines semaines partout en France. Que faut-il retenir de cette missive ? Si vous avez la flemme de la lire en intégralité, franceinfo vous a préparé un résumé.

Il assure qu'il n'y aura "pas de questions interdites", mais cadre le débat

Pour Emmanuel Macron, le grand débat national qui s'ouvre est "un grand pas en avant pour notre République". Pour "transformer les colères en solutions", il souhaite que "le plus grand nombre de Français (...) puisse participer". Il assure que partout sur le territoire, tout le monde pourra "participer à des débats près de chez [soi] ou [s']exprimer sur internet pour faire valoir [ses] propositions et [ses] idées"

"Nous ne serons pas d'accord sur tout, c'est normal, c'est la démocratie", écrit-il, tout en assurant qu'"il n'y a pas de questions interdites". Pourtant, Emmanuel Macron cadre le débat, en posant au total 32 questions autour de quatre grands axes de discussion. Le premier porte sur l'impôt et la dépense publique, le deuxième sur l'organisation de l'Etat, le troisième sur la transition écologique, et enfin le quatrième sur la démocratie, la citoyenneté et la laïcité.

Qu'adviendra-t-il des sujets qui ne rentrent pas dans ces quatre catégories ? "Je souhaite aussi que vous puissiez, au-delà de ces sujets que je vous propose, évoquer n'importe quel sujet concret dont vous auriez l'impression qu'il pourrait améliorer votre existence au quotidien", assure-t-il.

Il concède un problème autour de l'impôt...

Dans cette lettre, Emmanuel Macron souhaite évidemment s'adresser aux "gilets jaunes", pour qui la baisse de la fiscalité a été l'un des combats initiaux. "L'impôt, lorsqu'il est trop élevé, prive notre économie des ressources qui pourraient utilement s'investir dans les entreprises, créant ainsi de l'emploi et de la croissance", écrit-il, avant d'interroger : "Quels impôts faut-il à vos yeux baisser en priorité ?"

Pour autant, "nous ne pouvons poursuivre les baisses d'impôt sans baisser le niveau global de notre dépense publique", rappelle le chef de l'Etat à ceux qui seraient tentés de réclamer des baisses de fiscalité sans chercher de nouvelles recettes. Pour conserver l'équilibre, il demande donc aux Français de trouver des moyens de faire des économies, en proposant notamment de "supprimer certains services publics qui seraient dépassés ou trop chers par rapport à leur utilité".

... mais refuse (à nouveau) de réinstaurer l'ISF

Pas question non plus de réinstaurer l'impôt sur la fortune, supprimé au début du quinquennat. Depuis le début de la crise des "gilets jaunes", Emmanuel Macron refuse de céder sur le sujet, et ce malgré une très large adhésion de l'opinion à son rétablissement dans les sondages.

"Nous ne reviendrons pas sur les mesures que nous avons prises (...) afin d'encourager l'investissement et faire que le travail paie davantage. Elles viennent d'être votées et commencent à peine à livrer leurs effets", affirme-t-il, sans toutefois citer nommément l'impôt sur la fortune. 

Il réaffirme que la transition écologique est "essentielle à notre avenir"

Sa formule "Make our planet great again", en réponse au retrait américain de l'accord de Paris sur le climat, avait fait le tour du monde. Emmanuel Macron redit son attachement à la transition écologique, "essentielle à notre avenir". "Aujourd'hui personne ne conteste l'impérieuse nécessité d'agir vite, insiste-t-il. Plus nous tardons à nous remettre en cause, plus ces transformations seront douloureuses."

"Pour réussir cette transition, il faut investir massivement et accompagner nos citoyens les plus modestes", écrit-il, conscient que la mobilisation des "gilets jaunes" a, à la base, émergé autour de l'augmentation des taxes sur le carburant. Emmanuel Macron souhaite d'ailleurs lier la question écologique à celle du pouvoir d'achat des Français. "Comment rend-on les solutions concrètes accessibles à tous, par exemple pour remplacer sa vieille chaudière ou sa vieille voiture ?, interroge-t-il. Quelles sont les solutions les plus simples et les plus supportables sur un plan financier ?"

Il remet sur la table la baisse du nombre de parlementaires et une réforme du Sénat

"Il est évident que la période que notre pays traverse montre qu'il nous faut redonner plus de force à la démocratie et la citoyenneté", écrit Emmanuel Macron, en appelant à "améliorer le système de représentation".

La réforme des institutions, mise en pause depuis le mois de juillet et l'affaire Benalla, pourrait ainsi donner lieu à des dispositions qui n'étaient pas forcément prévues initialement. "Quel rôle nos assemblées, dont le Sénat et le Conseil économique, social et environnemental (Cese), doivent-elles jouer pour représenter nos territoires et la société civile ? Faut-il les transformer et comment ?", questionne le chef de l'Etat, alors que beaucoup plaident pour leur suppression. 

"Faut-il, et dans quelles proportions, limiter le nombre de parlementaires ou autres catégories d'élus ?", demande-t-il encore, alors que l'exécutif prévoyait déjà, l'été dernier, une diminution de 30% du nombre de parlementaires dans le cadre de la réforme constitutionnelle, suscitant de vives réserves dans les rangs de l'opposition. 

Il pose la question du vote blanc, du vote obligatoire et de la dose de proportionnelle

Toujours pour "améliorer le système de représentation", Emmanuel Macron pose aussi la question de la reconnaissance du vote blanc – il l'avait déjà fait dans son allocution du 10 décembre –, et même celle du vote obligatoire. Deux pistes régulièrement avancées dans le débat public et approuvées par une majorité de Français dans les sondages.

Alors qu'il s'était engagé à introduire "une dose de proportionnelle" aux élections législatives, le chef de l'Etat présente comme acquise cette réforme, se contentant de poser la question de "la bonne dose" à retenir "pour une représentation plus juste de tous les projets politiques"

Il ouvre la voie à un référendum d'initiative citoyenne…

Alors que les "gilets jaunes" ne cessent de réclamer la mise en place du "référendum d'initiative citoyenne" – une mesure plébiscitée par une large majorité de Français dans les sondages –, Emmanuel Macron ne ferme pas la porte à cette piste. "Une grande démocratie comme la France doit être en mesure d'écouter plus souvent la voix de ses citoyens", juge-t-il, appelant à "une participation citoyenne plus active" et à "une démocratie plus participative".

"Faut-il associer davantage et directement des citoyens non élus, par exemple tirés au sort, à la décision publique ? Faut-il accroître le recours aux référendums et qui doit en avoir l'initiative ?", interroge-t-il alors.

… et à un débat autour de l'immigration et de la laïcité

Enfin, Emmanuel Macron conclut sa longue lettre en évoquant deux sujets sensibles : l'immigration et la laïcité. "Notre pays a toujours su accueillir ceux qui ont fui les guerres, les persécutions et ont cherché refuge sur notre sol : c'est le devoir de l'asile, qui ne saurait être remis en cause", écrit le président de la République. Mais "cette tradition est aujourd'hui bousculée par des tensions et des doutes liés à l'immigration et aux défaillances de notre système d'intégration", juge-t-il.

Par une formule équivoque, le président de la République semble ouvrir la porte à des quotas en matière d'immigration : "Une fois nos obligations d'asile remplies, souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ?", demande-t-il.

Et le chef de l'Etat d'évoquer, dans la foulée, la question de la laïcité, "une valeur primordiale pour que puissent vivre ensemble (...) des convictions différentes, religieuses ou philosophiques". Il invite alors les Français à réfléchir aux moyens de "renforcer" cette laïcité et de "garantir le respect par tous de la compréhension réciproque et des valeurs intangibles de la République".