"Gilets jaunes" et soldats de Sentinelle : "Il faut garder une proportionnalité, sinon la prochaine fois ce seront des chars dans Paris" prévient Eric Coquerel

"L'armée est faite pour défendre la nation vis-à-vis d'ennemis, que je sache on n'a pas d'ennemi intérieur, on n'est pas en guerre civile", a estimé le député La France insoumise Éric Coquerel.

Le député La France insoumise Éric Coquerel, à franceinfo, le 4 août 2017.
Le député La France insoumise Éric Coquerel, à franceinfo, le 4 août 2017. (JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT / RADIO FRANCE)

"Les militaires ne sont pas faits pour le maintien de l'ordre", estime Éric Coquerel, samedi 23 mars sur franceinfo, à propos des militaires Sentinelle appelés en renfort pour la nouvelle mobilisation des manifestations de "gilets jaunes". "Ce que je reproche à ce gouvernement, c'est l'escalade depuis des semaines", dénonce-t-il.

franceinfo : Emmanuel Macron a assuré vendredi soir qu''en aucun cas l'armée dans le pays n'était responsable du maintien de l'ordre". Êtes-vous rassuré par les propos du chef de l'État ?

Éric Coquerel : Cela sent le rétropédalage et tant mieux si c'est suivi des faits. Il suffit de se rapporter aux propos du même Emmanuel Macron, et même de Benjamin Griveaux [porte-parole du gouvernement], au début de la semaine pour bien voir que l'opération Sentinelle était censée être mobilisée pour la défense des bâtiments mais dans le cadre des manifestations. Je crois que les réactions de tous bords politiques, des gens qui se sont insurgés de manière légitime par rapport à l'arrivée possible de l'armée dans le maintien de l'ordre, a fait certainement reculer M. Macron et le gouvernement.

Vous avez affirmé que faire appel à l'armée, y compris pour sécuriser uniquement des bâtiments publics, est une escalade irresponsable dans la violence. Vous maintenez ces propos ?

À partir du moment où c'est pour protéger éventuellement ces bâtiments contre des manifestants, oui [je maintiens]. L'armée est faite pour défendre la nation vis-à-vis d'ennemis, et que je sache on n'a pas d'ennemi intérieur, on n'est pas en guerre civile. L'opération Sentinelle a été mise en place contre le terrorisme, j'espère que personne ne va comparer les "gilets jaunes" avec des terroristes ! En plus de cela, et c’est peut-être le plus grave, les militaires ne sont pas faits pour le maintien de l'ordre, ils n'ont pas des armes pour le maintien de l'ordre, ils n'ont que des armes pour tuer et tirer. Donc on voit bien que cette situation devenait absolument déflagratrice et je pense que quelqu'un, peut-être Édouard Philippe je ne sais pas, a repris raison dans ce gouvernement. En tout cas j'espère que ce sera suivi des faits aujourd'hui.

Un militaire qui empêche un manifestant de dégrader un bâtiment public comme l'Assemblée nationale, en quoi est-ce que ce serait une escalade irresponsable ?

Vous avez entendu le gouverneur militaire de Paris [le général Bruno Le Ray] qui a expliqué[sur franceinfo qu'un militaire n'avait pas 50 ordres. Il n'a pas les armes pour disperser une foule sans risque létal effectif. Ce n'est pas fait pour cela et il l'a bien dit, "si on était dans un risque comme cela, il y aurait tir après sommation". Un militaire n'est pas formé pour cela. C'est d'ailleurs pour cela aussi que certains spécialistes de la sécurité avaient dit que, même dans le cadre d'opérations anti-terroristes, ce n'était pas évident que des militaires soient bien placés, du fait de leur formation, pour défendre des gares par exemple. (...) Quel que soit le risque de dégradations, il faut toujours une proportionnalité dans la réaction, et cela ne peut pas être de tuer. Sinon, autant déclencher une guerre civile ! Même les casseurs qui cassent un kiosque, je le réprouve, mais ce n'est pas la même chose que quelqu'un qui vient pour tuer ! Il faut garder une proportionnalité. Si on utilise des mots définitifs, la prochaine fois c'est des chars dans Paris. Ce que je reproche à ce gouvernement, c'est l'escalade depuis des semaines et qu'au lieu de répondre politiquement avec raison, il a choisi l'escalade verbale. Un jour, on traite les gens d'assassins, le lendemain, on explique que le LBD qui théoriquement est utilisé dans le cadre de la légitime défense pour ne pas tirer, pourrait être utilisé quasiment de manière globale. Tout cela ne peut qu'entraîner l'escalade de la violence.