Faire de l'antisionisme un délit est "intéressant" car c'est "le faux-nez de l'antisémitisme", selon la Licra

Le président de la Licra Paris David-Olivier Kaminski réagit sur franceinfo lundi à la proposition de certains députés de faire de l'antisionisme un délit.

 David-Olivier Kaminski, en août 2018.
 David-Olivier Kaminski, en août 2018. (ALAIN JOCARD / AFP)

La proposition de loi de certains députés pour que l'antisionisme soit reconnu comme un délit au même titre que l'antisémitisme est "évidemment intéressante" selon l'avocat et président de la Licra Paris David-Olivier Kaminski, invité sur franceinfo lundi 18 février, car elle donnera une "base légale à des poursuites, donc à des condamnations", appuyées d'ailleurs par des décisions de justice qui ont déjà consacré "l'antisionisme comme le faux-nez de l'antisémitisme".

L'antisionisme est-il le nouvel antisémitisme ? Peut-on les mettre sur le même plan légal ?

David-Olivier Kaminski : Cela fait plusieurs années que les décisions de justice consacrent l'antisionisme comme le faux-nez de l'antisémitisme, ce n'est pas nouveau. Il faut comprendre qu'il y a une dichotomie. Bien sûr qu'en France on a le droit de critiquer un pays, sa politique, comme d'ailleurs on a le droit au blasphème concernant une religion. Cela fait partie de la liberté d'expression. Par contre, l'antisionisme, c'est la haine d'Israël et la contestation de l'existence-même de l'État d'Israël. À partir de ce moment, Israël en tant qu'État juif, contesté intrinsèquement, cela devient de l'antisémitisme. L'antisémitisme, c'est la haine du Juif, la phobie du Juif. L'antisionisme, c'est la haine d'Israël en tant que pays juif, donc cela est aussi de l'antisémitisme. (...) Aujourd'hui, certains sont condamnés, sous couvert d'antisionisme, pour des faits d'antisémitisme. Il n'y a pas de disposition légale qui permette de poursuivre l'antisionisme en tant que tel. Oui, cette proposition est intéressante parce qu'elle donne une base légale à des poursuites, donc à des condamnations.

Que changerait cette pénalisation de l'antisionisme ?

C'est devenu un contentieux de masse. Aujourd'hui, tout se répand dans une forme d'impunité totale. Puisqu'on estime que cela fait mal à la France, parce que ce ne sont pas les valeurs intrinsèques de la France, c'est une manière de dire : oui cela est puni, de la même manière que les lois Pleven et Gayssot ont décidé de punir la parole raciste. Le racisme et l'antisémitisme sont des cancers qui ont des mutations, mais c'est toujours la haine de l'autre pour ce qu'il est. A la loi de s'adapter aux nouveaux comportements déviants qui mettent à mal la démocratie et l'image universaliste qu'on a tous de la France.

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Il a le droit de critiquer la politique d'Israël, mais je n'ai pas beaucoup vu certains hommes politiques critiquer certains pays qui mériteraient de l'être. Est-ce qu'on a vu beaucoup de ces politiques critiquer par exemple la politique de Bachar al-Assad en Syrie ? Est-ce qu'on a vu certains de ces hommes politiques critiquer des dictateurs qui tuent leur peuple ? Est-ce qu'on a vu ces hommes politiques évoquer la crise tibétaine ? On ne les entend pas. La focalisation revient toujours par les mêmes sur le même sujet, l'État d'Israël. Sauf qu'aujourd'hui s'attaquer à l'existence-même de l'État d'Israël, oui, c'est marquer un signe d'antisémitisme.