Christophe Castaner a décoré des policiers soupçonnés de violences contre des "gilets jaunes"

Parmi eux, le commissaire Rabah Souchi, qui avait commandé la charge de police durant laquelle Geneviève Legay avait été gravement blessée fin mars à Nice.

Geneviève Legay, au sol, après avoir été heurtée par un policier, samedi 23 mars 2018, à Nice (Alpes-Maritimes). 
Geneviève Legay, au sol, après avoir été heurtée par un policier, samedi 23 mars 2018, à Nice (Alpes-Maritimes).  (VALERY HACHE / AFP)

C'est une décision qui devrait faire parler. Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a décoré des policiers de la médaille de la sécurité intérieure, le 16 juin, pour leur "engagement exceptionnel dans le cadre des 'gilets jaunes'". Mais parmi ces médaillés, au moins cinq agents sont impliqués dans des enquêtes concernant des violences policières, révèle Mediapart mercredi 17 juillet.

Geneviève Legay, Zineb Redouane et Steve 

Dans la liste des médaillé figure ainsi Rabah Souchi, chargé des opérations de maintien de l'ordre, samedi 23 mars à Nice, au cours desquelles la militante Geneviève Legay a été projetée au sol, grièvement blessée à la tête. La compagne du policier, Hélène Pedoya, chargée de l’enquête sur les violences commises ce jour-là, a également été décorée. 

Le capitaine Bruno Félix a lui aussi été décoré. Il "fait partie des policiers auditionnés dans le cadre de l'enquête sur le décès de Zineb Redouane", indique Mediapart. Cette octogénaire est décédée à Marseille le 1er décembre, après avoir été touchée au visage par des éclats d'une grenade lacrymogène, lancée dans son appartement. "Ce CRS commandait ce jour-là les auteurs des tirs", affirme le site d'information. Le commandant divisionnaire Dominique Caffin, qui faisait partie des CRS ayant matraqué plusieurs personnes dans un Burger King de Paris ce même jour, est également récompensé.

Autre médaillé : Grégoire Chassaing, le commissaire qui aurait donné l'ordre d'utiliser des gaz lacrymogènes à Nantes, lors de la Fête de la musique, sur un groupe de jeunes rassemblés sur une berge de la Loire. Parmi eux se trouvait Steve Maia Caniço, disparu depuis cette soirée du 21 juin.

Une promotion "exceptionnelle" 

Créée en 2012, la médaille de la sécurité intérieure récompense les policiers pour actes de bravoure, "traditionnellement le 1er janvier et le 14 juillet". Cette promotion, qui a eu lieu le 16 juin, est donc "exceptionnelle", souligne Mediapart.

Dans un mail à la hiérarchie policière, le ministère demandait prioritairement à récompenser des policiers "méritants" blessés. Mais devant le peu de réponses reçues, elle s'est rabattue sur les "blessés non méritants" puis "ceux qui ont réalisé une action remarquée durant cette période".

Beauvau assume

Le ministère de l'Intérieur a fait savoir par communiqué de presse, jeudi à la mi-journée, qu'en cas de condamnation ou "d'actes contraires à la déontologie" venant d'un fonctionnaire décoré, "la médaille de la sécurité intérieure lui sera retirée".

"Les enquêtes disciplinaires ou judiciaires s’effectuent de manière indépendante, à charge et à décharge, et il n'appartient pas à des tiers de désigner nommément des personnels pour des faits qui ne sont pas définitivement établis", estime par ailleurs la place Beauvau.