"Cela donne une valeur internationale à notre action" : des "gilets jaunes" rencontrent le vice-Premier ministre italien Di Maio à Montargis

"Le Mouvement 5 étoiles et nous avons la même résonance", affirme le "gilet jaune" Christophe Chalençon, associé au lancement de la liste RIC pour les européennes.

Le vice-Premier ministre italien Luigi Di Maio (portant une cravate rouge) lors de sa rencontre avec des \"gilets jaunes\", mardi 5 février 2019, à Montargis (Loiret).
Le vice-Premier ministre italien Luigi Di Maio (portant une cravate rouge) lors de sa rencontre avec des "gilets jaunes", mardi 5 février 2019, à Montargis (Loiret). (LUIGI DI MAIO / INSTAGRAM)

C'est une première. Luigi Di Maio, vice-Premier ministre italien et chef de file du Mouvement 5 étoiles, a rencontré des responsables des "gilets jaunes", mardi 5 février à l'hôtel de France de Montargis (Loiret). Parmi ses interlocuteurs, Christophe Chalençon, associé au lancement de la liste RIC pour les européennes et Marc Doyer, un temps inscrit sur cette même liste avant de jeter l'éponge. "Ceci est la photographie souvenir d'une belle rencontre, la première d'une série, a commenté le membre du gouvernement italien, pendant laquelle nous avons parlé de nos pays, des droits sociaux, de l'environnement et de la démocratie directe."

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Oggi con @aledibattista abbiamo fatto un salto in Francia e abbiamo incontrato il leader dei gilet gialli Cristophe Chalençon e i candidati alle elezioni europee della lista RIC di Ingrid Levavasseur. Questa è la foto ricordo di questo bell'incontro, il primo di tanti, in cui abbiamo parlato dei nostri Paesi, dei diritti sociali, di ambiente e di democrazia diretta. Il vento del cambiamento ha valicato le Alpi. Ripeto. Il vento del cambiamento ha valicato le Alpi.

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Cela fait plusieurs semaines que le parti italien anti-système tend la main au mouvement français. Début janvier, Luigi Di Maio avait invité les "gilets jaunes" à ne pas faiblir, dans un billet de blog, mais l'influent Eric Drouet n'avait finalement pas saisi cette main tendue, estimant que le mouvement devait refuser "toute aide politique, peu importe d’où elle vienne". Ce premier raté n'a pas mis un terme aux velléités de Rome, puisque les collaborateurs de Luigi Di Maio ont finalement programmé cette rencontre la semaine dernière, avec des représentants de la liste RIC aux européennes.

Vers un groupe au Parlement européen ?

"Nous voulions vraiment éclaircir la position du M5S avec la Ligue, précise à franceinfo Christophe Chalençon, l'un des participants à la réunion. Il était hors de question que nous nous rapprochions d'un mouvement classé à l'extrême droite." Les discussions ont visiblement convaincu le militant français, qui qualifie le M5S de "mouvement populaire" plutôt "de centre ou de gauche". Face aux représentants français, Luigi Di Mario aurait expliqué qu'il serait même en opposition avec la Ligue lors des élections communales et législatives italiennes. Mais l'objectif est avant tout le scrutin européen de mai. "Le ministre italien nous a dit qu'il allait essayer de monter un groupe parlementaire européen."

C'est aujourd'hui le pari de nombreux "gilets jaunes". "Il est évident que ça bouge en Espagne, au Portugal, en Belgique..." souligne Christophe Chalençon, qui encourage la multiplication de listes issues de mouvements de "gilets jaunes" en Europe. "Les eurodéputés n'ont pas beaucoup de valeur, car ils ne votent pas grand-chose. Mais nous allons obtenir un score supérieur à 20% pour mettre un TGV dans la figure d'Emmanuel Macron".

Une crise entre l'Italie et la France

Cette réunion organisée sur le sol français est un réel défi adressé par Rome à Paris. "Cela donne une valeur internationale à notre action, se félicite Christophe Chalençon. Quand on voit que le gouvernement n'a pas été capable de nous recevoir et qu'il a fallu faire le forcing pour rencontrer le Premier ministre... C'est déplorable."

Les échanges ont notamment porté sur la ligne à grande vitesse Lyon-Turin, l'Europe et les questions internationales. En plein crise vénézuélienne, l'Italie s'est illustrée comme l'un des rares pays européens à ne pas reconnaître Jorge Guaido comme président par intérim. Une position également défendue par les "gilets jaunes" présents à la réunion : "Nous voulons que la France arrête de s'ingérer dans la vie politique d'autres pays", ont-il affirmé. Encore un point d'accord avec le M5S, qui a par ailleurs multiplié ces dernières semaines les attaques contre le franc CFA, accusé de freiner le développement de l'Afrique et de favoriser l'immigration.

Comme je l'ai dit à monsieur Di Maio, qui s'est mis à rire, il faut arrêter de mettre des rustines sur nos chambres à air. Il faut enlever le clou du pneu ! Nous allons porter assistance à l'Afrique pour s'émanciper de la France.Christophe Chalençon, "gilet jaune"à franceinfo

Après les propos de Luigi Di Maio sur le franc CFA, la France avait dénoncé des "propos inacceptables". L'ambassadrice italienne à Paris avait été convoquée le 21 janvier par le directeur de cabinet de la ministre chargée des Affaires européennes, Nathalie Loiseau. Dans ce face-à-face tendu entre Rome et Paris, le mouvement des "gilets jaunes" est un levier précieux pour le gouvernement italien. D'autres rencontres sont d'ailleurs prévues avant les européennes, selon Di Maio. Les "gilets jaunes" présents à Montargis ont été invités à Rome dans les prochains jours, afin de présenter leur mouvement en Italie.