"Cauchemar jaune", "atmosphère de guerre civile"... Comment le mouvement des "gilets jaunes" est vu à l'étranger

Du "New York Times" au "Spiegel" en passant par "El Pais", des médias du monde entier tentent d'expliquer à leur lectorat la crise inédite que traverse actuellement la France.

Des manifestants brûlent du mobilier urbain lors de la manifestation des \"gilets jaunes\", le 1er décembre 2018.
Des manifestants brûlent du mobilier urbain lors de la manifestation des "gilets jaunes", le 1er décembre 2018. (ALAIN JOCARD / AFP)

L'Arc de triomphe souillée, des voitures en feu, des jets de projectiles... Les images des manifestations violentes des "gilets jaunes", samedi 1er décembre, à Paris, n'ont pas échappé aux médias étrangers. "Il y a une atmosphère de guerre civile", écrit la correspondante du Time en France, en citant un "gilet jaune", mardi 4 décembre.

Dès dimanche 2 décembre, La Repubblica titre sur "le cauchemar jaune" d'Emmanuel Macron. Et le site internet du journal de décrire une situation chaotique : "Les colonnes de fumée spectaculaires au centre de Paris, autour de l'Arc de triomphe, effacé pendant des heures par un épais brouillard, les feux de joie des voitures dans les boulevards, les vitres brisées et les magasins pillés dans la capitale, mais aussi dans certaines villes de province, font penser à une jacquerie, à une de ces révoltes paysannes qui, au cours des siècles, ont investi le pays."

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Passé le choc des images, les médias étrangers tentent de décrypter ce mouvement social inédit. L'édition internationale du New York Times (en anglais) a pris le parti d'expliquer à ses lecteurs "les racines de la colère en France". Son correspondant en France a choisi de se rendre dans la Creuse. "Si ce sont les vitrines et les voitures incendiées de la rue de Rivoli ou du boulevard Hausmann qui ont finalement attiré l'attention de Monsieur Macron, le mouvement est en fait né dans des villes silencieuses comme Guéret", écrit le journaliste.

"La France, pays où la tentation révolutionnaire n'est jamais très éloignée et qui fait partie de l'identité du drapeau et de l'hymne national, flirte avec la crise politique", analyse le quotidien espagnol El Pais (en espagnol).

Outre-Rhin, Der Spiegel (en allemand) dresse le constat d'institutions en crise. Dans un éditorial, l'hebdomadaire parle de "malédiction de la Ve République qui attribue au président le décorum d'un roi". "Les 'gilets jaunes' expriment la frustration d'un Etat-nation qui peut toujours accueillir en grande pompe les visiteurs, mais qui ne peut pas faire grand chose pour eux", peut-on encore lire.

"Macron doit renouer avec sa base"

Au Royaume-Uni, le Guardian (en anglais) se projette sur les futures élections européennes. "Le son des 'gilets jaunes' retentit maintenant aux oreilles du président français. Considéré comme distant et riche, Emmanuel Macron doit renouer avec sa base populaire. Son parti, La République en marche, se mesurera au Rassemblement national (le Front national renommé), parti d'extrême droite, aux élections européennes de mai prochain", rappelle le quotidien britannique dans un éditorial.

La presse canadienne voit plus loin. The Globe and Mail place la crise des "gilets jaunes" dans un contexte mondial. "Il existe un parallèle entre ce qui se passe en France et dans presque tous les pays développés, y compris le Canada, alors que de confortables élites urbaines cherchent à imposer leur programme de lutte contre le changement climatique à une population plus large qui peine à payer ses factures", développe le journal canadien, cité par Courrier international.