A quelle mobilisation s'attendre pour "l'acte 5" des "gilets jaunes" après l'attentat de Strasbourg ?

A la veille de "l'acte 5" de la mobilisation des "gilets jaunes", samedi, certains manifestants envisagent une trêve, quand d'autres veulent enfoncer le clou. Alors que le scénario reste flou, les forces de l'ordre reconduisent d'importants dispositifs. 

Manifestation de \"gilets jaunes\" à Marseille, le 8 décembre 2018.
Manifestation de "gilets jaunes" à Marseille, le 8 décembre 2018. (LAURENT LE CRABE / HANS LUCAS)

"L'acte 5" des mobilisations aura-t-il lieu samedi 15 décembre, comme le réclament certains groupes de "gilets jaunes" sur Facebook ? Après l'attentat de Strasbourg, le gouvernement a appelé les protestataires à "être raisonnables" et à renoncer à leurs manifestations. La mort de Cherif Chekatt ne semble pas avoir changé la donne aux yeux du gouvernement, qui rappelle l'ampleur de la mobilisation des forces de l'ordre ces dernières semaines.

Le gouvernement souhaite une désescalade

Le niveau "urgence attentat" du plan Vigipirate a été déclenché en France, dans le sillage de l'attentat de Strasbourg. Il serait donc "facile" d'interdire les manifestations, mais cela n'empêcherait pas "les personnes souhaitant casser [et] piller de se rendre dans les rues", a déclaré Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement. A ce stade, les manifestations prévues par des "gilets jaunes" ne sont donc pas interdites, mais le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, laisse apparaître une certaine lassitude, au micro d'Europe 1 "Franchement, je peux vous dire que je préférerais voir les forces de l'ordre faire leur vrai métier, c'est-à-dire poursuivre les criminels, diminuer le risque terroriste, plutôt que de devoir sécuriser des ronds-points où quelques milliers de personnes mobilisent énormément de forces."

Le dispositif policier reste important

La préfecture de police de Paris va reconduire samedi "un dispositif semblable à celui de la semaine passée", a annoncé le préfet Michel Delpuech sur RTL. Environ 8 000 personnes, forces lourdes et éléments mobiles, seront une nouvelle fois mobilisées et les 14 blindés de la gendarmerie seront également réquisitionnés. "Notre stratégie, c'est une adaptation permanente. Les mots-clés sont quadrillage, mobilité et réactivité." Au total, 89 000 policiers et gendarmes seront déployés sur tout le territoire.

Il est difficile de faire des pronostics sur l'affluence du week-end à venir et sur la forme que pourrait prendre la mobilisation, tant le mouvement obéit à une logique décentralisée, sans chef et sans porte-parole consensuel. Les cortèges en tout genre ont rassemblé 136 000 personnes le 1er décembre puis 125 000 le samedi suivant, après un pic à près de 300 000 le 17 novembre, selon les estimations du ministère de l'Intérieur.

Certains "gilets jaunes" tentés par une trêve…

Mais qu'en pensent les intéressés ? Certains "gilets jaunes" semblent sensibles à l'argument sécuritaire, dans une période déjà tendue pour les forces de l'ordre. "On a conscience que les forces de l'ordre doivent se concentrer sur des points critiques pendant cette période de Noël", explique à franceinfo Benjamin Cauchy, porte-parole des "gilets jaunes libres". Ce dernier prône plutôt des rencontres avec des élus et fait également valoir des arguments économiques.

La trêve est indispensable pour éviter que le mouvement ne perde la sympathie de l’opinion publique.Benjamin Cauchyà franceinfo

Avant même l'attentat, Jacline Mouraud, autre porte-parole des "gilets jaunes libres", avait appelé elle aussi à "une trêve". "Il y a des avancées, une porte ouverte", justifiait-elle, après les annonces du président de la République. Christophe Torrent, "gilet jaune" à Montauban (Tarn-et-Garonne), constate de toute façon un ralentissement du mouvement, pas seulement dû à l'attaque de Strasbourg selon lui, mais aussi à un déclin de motivation des principaux concernés. Quoi qu'il arrive, il précise qu'une "minute de silence sera observée si un rassemblement est organisé".

… mais d'autres appellent à la mobilisation

Partout en France, pourtant, des rassemblements sont organisés. Et plusieurs figures du mouvement sont bien décidées à maintenir un "acte 5" ce week-end. "Il faudrait ne pas avoir de cœur pour être indifférent" après l'attentat de Strasbourg, explique Chantal Perrotin, "gilet jaune" dans la région Rhônes-Alpes. Mais ça n’empêche en rien les mobilisations." Même son de cloche pour Mathieu Blavier, un représentant de Valence. "Emmanuel Macron est loin d'avoir compris nos demandes. Il n’a pas parlé d’augmentation des salaires et ne nous permet pas de participer davantage dans la démocratie."

Evidemment, on maintient la mobilisation mais on va pouvoir ajouter une revendication : la lutte contre le terrorisme.Mathieu Blavier, "gilet jaune" à Valenceà franceinfo

"On ne lâche rien, l'acte 5 aura bien lieu samedi", affirment de leur côté les "gilets jaunes" de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), selon qui "la propagande gouvernementale ne passera pas" : "Nous savons que plusieurs syndicats commencent à se réveiller, dockers, cheminots, agents des impôts, industrie locale. Samedi pourrait être un grand jour", insiste Pierre-Gaël Laveder, porte-parole du mouvement dans la ville.

... et à un sitting "pacifique" place de l'Opéra à Paris

Après avoir ménagé le suspense sur le lieu de la manifestation parisienne, Eric Drouet, l'une des figures du mouvement, a appelé dans un post Facebook à un sitting "pacifique" place de l'Opéra à Paris. Il donne rendez-vous entre 10h30 et 12h30 et indique qu'une conférence de presse se tiendra au milieu de la manifestation à 13h00 pour présenter les revendications des "gilets jaunes". Une "minute de silence pour Strasbourg" sera ensuite observée, propose Eric Drouet. 

D'autres "gilets jaunes" à travers le pays ont préféré entretenir le mystère sur les formes que prendra la mobilisation. "On est imprévisibles, comme quand on coupe la tige d’une plante, on ne sait pas combien de bourgeons vont pousser", résume, amusé, un "gilet jaune" cité par La Dépêche du Midi

Pour André Lannée, créateur de la plateforme électorale des "gilets jaunes", "la mobilisation sera moins à Paris mais plus en région". Selon lui, "contrairement aux derniers samedis, sur les réseaux sociaux c’est diffus, l’appel est moins appuyé. Il y a eu le feu, les flammes se sont un peu éteintes, mais les braises sont toujours là."