"Acte 8" des "gilets jaunes" à Toulon : ce que l'on sait des coups assénés par un policier à des manifestants

Le commandant Didier A. a été filmé, samedi 5 janvier, en train de frapper au moins trois personnes qui participaient à la manifestation. A ce stade, l'officier de police n'est visé par aucune procédure à son encontre.

Capture d\'écran d\'un sujet de France 2 montrant un policier en train de frapper au visage un homme, en marge de la mobilisation des \"gilets jaunes\", le 5 janvier 2019, à Toulon (Var). 
Capture d'écran d'un sujet de France 2 montrant un policier en train de frapper au visage un homme, en marge de la mobilisation des "gilets jaunes", le 5 janvier 2019, à Toulon (Var).  (FRANCE 2)

L'image a choqué en marge de l'"acte 8" des "gilets jaunes". Samedi 5 janvier, dans le centre-ville de Toulon, un officier de police a été filmé en train de frapper plusieurs personnes, dont une au visage, en marge d'une manifestation de "gilets jaunes"Le préfet du Var a annoncé avoir saisi l'IGPN (inspection générale de la police nationale). Franceinfo fait le point sur cette affaire.

Que montrent les images filmées à Toulon ?

La scène se déroule avenue Vauban, à Toulon, alors que les manifestants revenaient dans le centre-ville. Sur les images postées sur les réseaux sociaux, on peut voir un policier en tenue, mais au visage découvert, frapper à la tête un homme plaqué contre un mur. Ce dernier ne porte pas de gilet jaune. Le fonctionnaire lui assène plusieurs coups de poing, avant que d'autres collègues ne finissent par s'interposer. 

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Dans une seconde séquence, on voit le même policier frapper, cette fois, un manifestant revêtant un "gilet jaune", contre le capot d'une voiture, puis s'en prendre encore brièvement à un troisième participant.

Qui est ce policier et comment se justifie-t-il ?

Le policier s'appelle Didier A., il est commandant divisionnaire et dirige le groupement de policiers en tenue de commissariat de Toulon, a appris franceinfo de source judiciaire, confirmant des informations de Var Matin. Après 34 ans de service, il a été fait chevalier de la Légion d'honneur, à l'occasion de la promotion du 1er janvier 2019.

Didier A. avait déjà été sanctionné pour des violences il y a deux ans, rapporte France Bleu Provence, confirmant une information du Parisien. Il avait asséné un coup de poing à un collègue mais n'avait pas été poursuivi, écopant simplement d'un avertissement.

Interrogé par Nice-MatinDidier A. confirme les faits de samedi à Toulon et affirme que le premier homme à qui il assène des coups tenait "un tesson [de bouteille] à la main" et que ce détail avait échappé aux collègues sur place. Il explique avoir d'abord envoyé un coup sur la main de cet homme, "pour lui faire lâcher le tesson". Puis, dit-il, "je lui donne deux autres coups, car je ne sais pas s'il a lâché le tesson".

Concernant l'homme en gilet jaune qu'il frappe dans la deuxième vidéo, le policier entend remettre cette violente arrestation "dans le contexte" de l'"acte 8" des "gilets jaunes". Il se justifie ainsi en précisant qu'il s'agit de "l'interpellation d'un homme qui se rebellait". "Les coups sont portés sur l'épaule", assure-t-il.

Qui est l'homme frappé dans la première vidéo ? 

Dans son entretien à Var-Matin, le commandant de police affirme qu'il connaît l'individu frappé au visage, qu'il qualifie de "multirécidiviste et qui n'a rien à voir avec les 'gilets jaunes'". Une information confirmée par Bernard Marchal, le procureur de la République de Toulon. Celui-ci précise à l'AFP que la victime était connue de la justice depuis une dizaine d'années, notamment pour des faits d'outrage et de viol.

"Nous avons pu établir que cet homme faisait partie d'un groupe d'une cinquantaine de casseurs qui avaient dégradé des voitures dans les minutes avant la vidéo", a ajouté Bernard Marchal. Selon le parquet, il participait à des dégradations avenue Vauban lorsque les forces de l'ordre ont voulu l'interpeller.

C'est à ce moment-là qu'il s'est muni d'un tesson de bouteille. Il a finalement été arrêté et placé en garde à vue pour violences envers une personne dépositaire de l'autorité publique. Il comparaîtra lundi à Toulon.

Quelles seront les suites ?

Le préfet du Var a annoncé dans un tweet avoir saisi l'IGPN (inspection générale de la police nationale). Le procureur Bernard Marchal, lui, n'a pas ouvert de procédure contre Didier A.. Il estime que l'officier de police a agi "proportionnellement à la menace" en neutralisant des "casseurs". Selon une source policière citée par Var-Matin, l'individu "n'aurait pas de blessure significative"

Evoquant la deuxième séquence, où l'on voit le commandant s'en prendre à deux autres manifestants vêtus de gilets jaunes, le procureur assure que "là encore, le contexte nuance fortement les images". D'après lui, le premier manifestant frappé par le policier était masqué quelques minutes avant et venait de tenter de s'emparer d'une bouteille. Ce dernier a lui aussi été arrêté et placé en garde à vue. 

Le procureur ajoute que le commandant Didier A. a participé à toutes les opérations de sécurisation des manifestations de "gilets jaunes" à Toulon et est bien connu des manifestants, selon le procureur. Il précise que "certains s'en sont pris violemment à lui samedi".

Comment s'était déroulée la manifestation ? 

"Il y avait un contexte insurrectionnel avant et après ces vidéos, dans lequel il était impossible d'interpeller quelqu'un sans violence", a fait savoir le procureur de Toulon à l'AFP. Dans Var-Matin, le directeur département adjoint de la sécurité publique, José Casteldaccia, explique également que cette scène "doit être remise dans le contexte d'hyperviolences commises en fin de manifestation". Il cite notamment "des jets de projectiles, des palettes en feu, des plots de chantier mis en travers de la route pour empêcher les voitures de police s'avancer".

La préfecture du Var rapporte aussi que la manifestation de samedi a fait deux blessés parmi les forces de l'ordre et un blessé parmi les manifestants. L'antenne départementale du syndicat policier Alliance a posté sur Facebook des photos de collègues blessés au cours de cette manifestation. L'un d'eux a reçu des pierres au visage. Au total, sept personnes ont été interpellées et placées en garde à vue samedi, en marge de ces débordements.