Nationalisation de STX : une décision "tranchée et courageuse" juge Mathieu Plane

L'économiste et directeur adjoint du département analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), Mathieu Plane, salue l'annonce de la "nationalisation temporaire" de STX par le gouvernement jeudi. 

Mathieu Plane, économiste et directeur adjoint du département analyse et prévision de l\'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), le 28 juillet 2017.
Mathieu Plane, économiste et directeur adjoint du département analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), le 28 juillet 2017. (FRANCEINFO)

Le gouvernement a annoncé jeudi 27 juillet une "nationalisation temporaire" de STX France. L’objectif est de "défendre les intérêts de la France en matière de construction navale" selon le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. La décision est rarissime. La nouvelle a été bien accueillie par l’ensemble de la classe politique en France. En revanche, elle a provoqué la colère de Rome, après l'échec des discussions avec le groupe italien Fincantieri.

Mathieu Plane, économiste et directeur adjoint du département analyse et prévision de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) s'est dit "surpris" vendredi sur franceinfo de cette décision, qu'il qualifie de "tranchée et courageuse" et "pas forcément attendue"

franceinfo : Êtes-vous surpris par cette décision ?

Mathieu Plane : Oui, on pouvait penser que ce n’était pas dans l’ADN du président et du ministre de l’Économie, qui soutenaient plutôt une vision libérale de l’économie, voire de concurrence non faussée. Là, il y a clairement un interventionnisme de l’Etat. Cette décision est tranchée et courageuse. Elle n’était pas forcément attendue. Elle a été proposée dans les négociations. Le deal, tel qu’il était proposé, n’était pas accepté par le gouvernement. Le fait de ne pas plier et de faire appliquer un décret qui a été mis en place sous Arnaud Montebourg en 2014 qui permet de défendre un certain nombre de secteurs stratégiques, est assez intéressant. On voit en quoi dans ce type d’opérations, ça peut être utile.

Selon vous, c’est l’action du précédent gouvernement et d’Arnaud Montebourg, l’égérie du "made in France", qui a permis l’opération ?

Oui, tout à fait, sinon, cela n’aurait pas été possible. Quand les Coréens en 2008 ont racheté notamment STX, l’Etat n’avait pas un droit de regard. Le droit de préemption a été mis en place suite à ce décret en rendant plus large le nombre d’entreprises et de secteurs stratégiques. Sous [Dominique de] Villepin, cela a été mis en place en 2005, mais uniquement dans le secteur de la Défense. On a maintenant le transport, l’eau, l’énergie, les télécommunications. Le secteur de la construction navale fait partie des secteurs stratégiques parce qu’il fabrique des bateaux et du transport, mais il y a aussi des navires militaires et de l’énergie. Ils font aussi des éoliennes offshore. Donc, c’est secteur très important, industriel et en pointe. Il y a donc besoin de défendre cet outil. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas faire des alliances, mais il faut faire des alliances équilibrées.

Pensez-vous que c’est pour jouer la montre que l’on nationalise ?

Oui, en tout cas, l’opération était proposée initialement. Le gouvernement considérait qu’il y avait un risque potentiel à long terme, soit un risque de délocalisation des carnets de commande, car le groupe italien est aussi dans la construction navale et pourrait, comme c’est une activité cyclique, récupérer une partie des commandes à long terme. Il y a aussi une alliance avec une entreprise chinoise. C’est un point important. Les Chinois veulent investir dans la construction navale et notamment dans les paquebots. Ce n’est pas une technologie qu’ils maîtrisent. C’est un investissement qu’ils vont réaliser sur le long terme. Sauf que ce sont les Français qui sont en pointe sur cette technologie. Il y avait le risque d’avoir une diffusion de cette technologie, alors qu’on est en avance là-dessus. Un accord à 50-50 avec une direction opérationnelle italienne semblait assez raisonnable même si ce n’était pas le deal initial. Je trouve courageux que le gouvernement n’ait pas cédé.