A69 : cinq chiffres pour comprendre ce projet d'autoroute entre Toulouse et Castres, contesté par des associations écologistes et des scientifiques

Article rédigé par Camille Adaoust
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 7 min
Les travaux de l'A69 sont en cours à Soual (Tarn), le 11 octobre 2023. (JC MILHET / HANS LUCAS / AFP)
Les opposants à ce tronçon de voie rapide entre Toulouse et Castres appellent à un week-end de mobilisation, les 21 et 22 octobre, sur le tracé de la future A69.

Opération "Ramdam sur le macadam". Plusieurs associations environnementales se réunissent, samedi 21 octobre, sur le tracé de la future A69 contre ce projet d'autoroute qui doit relier Castres à Toulouse. Alors que le ministère des Transports a annoncé lundi que le projet serait conduit "jusqu'à son terme", un collectif d'associations dont Extinction Rebellion, La voie est libre ou encore Attac, organise "un week-end de résistance" pour "bloquer le chantier (...) contre les bétonneurs de nos territoires et les tueurs de vivant", écrit-il sur Facebook. A quoi ces militants, mobilisés depuis des mois lors de rassemblements, d'actions d'occupation des arbres ou de grève de la faim, s'opposent-ils exactement ? Voici quelques chiffres pour comprendre cette mobilisation.

53  Le nombre de kilomètres que fera la future A69

La nouvelle liaison entre Castres et Toulouse doit faire 53 km de long, "dont 44 km de tracé neuf et 9 km de section réaménagés", détaille le site du projet. Il fait également état de la construction de quatre aires de repos ou de covoiturage et de 200 nouveaux ponts.

Si les chiffres sur la quantité de matériaux utilisés pour tout le chantier ne sont pas connus, le concessionnaire Atosca rapporte que "500 000 tonnes d'enrobé produites à l'aide de deux centrales installées provisoirement sur le chantier" vont être mobilisées pour recouvrir la chaussée.

Dans le journal Libération , élus, personnalités, ONG et scientifiques déplorent " des millions de tonnes de granulats qui vont devoir être puisées et retournées dans les dix prochaines années". " En Ariège, où se situent de nombreux gisements, la nappe phréatique subit déjà les conséquences directes de cet extractivisme" , écrivent-ils une tribune.

8 000 Le nombre de véhicules légers attendus chaque jour

La société Atosca espère que "8 000 véhicules légers par jour en moyenne, et près 900 poids lourds", emprunteront ce tronçon d'autoroute lors de la mise en service en 2025. "On dénonce ce projet, car il est incompatible avec la trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques de la France", dénonce Christophe Cassou. Le climatologue figure parmi les signataires d' une tribune dans L'Obs qui estiment que l'A69 constitue "un de ces projets auxquels il fallait renoncer".

Tandis que les transports émettent le plus de gaz à effet de serre dans la région Occitanie, d'après l'Agence régionale Energie Climat, avec 43% des émissions en 2019, avant la pandémie de Covid-19, ce projet d'autoroute promet de faire grimper l'addition. "On a estimé que, si on garde le même trafic entre Toulouse et Castres, mais à 130 km/h au lieu de 90 et 110, il y aurait entre 5 000 et 8 000 tonnes de CO2 supplémentaires émises par an", détaille le géologue Odin Marc, chargé de recherche au CNRS.

"Dans le bilan total des émissions de CO2, ce sont des petites valeurs, mais la priorité devrait être de baisser les émissions, et non de construire des infrastructures qui vont les faire augmenter."

Odin Marc, géologue

à franceinfo

 

15 à 25 Le nombre de minutes gagnées pour faire Castres-Toulouse

Selon la préfecture de la région Occitanie , l'A69 doit permettre "un gain de temps significatif (25 minutes en moyenne) sur la totalité du trajet entre la sortie de l'autoroute A68 et l'entrée de la rocade de Castres". L'objectif est ainsi de "désenclaver et accompagner le développement économique du bassin de Castres-Mazamet", vante la Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal) d'Occitanie.

Pour ce trajet en voiture, les opposants au projet estiment de leur côté qu'il permettrait de gagner 15 minutes. "Pour ceux qui peuvent payer, car pour les autres, qui prendront la nationale, les aménagements rallongeront leur trajet", déplore Alexis Boniface, coprésident du Groupe national de surveillance des arbres (GNSA). Car le concessionnaire a annoncé que le tarif de l'A69 serait de 6,77 euros l'aller et 13,54 euros l'aller-retour.

"Pour encourager les gens à changer de véhicule, chaque propriétaire qui roulera sur l'autoroute avec un véhicule à faible émission aura d'emblée une réduction de 20% aux péages", se défend Atosca. Pour la préfecture, le train ne constituait pas une alternative satisfaisante : "La comparaison entre le fer et la route sur l'itinéraire Castres-Toulouse est défavorable au mode ferroviaire du point de vie du temps de trajet (1h15 en moyenne en train, contre 50 à 54 minutes en moyenne en voiture)."

300 Le nombre d'hectares sur lesquels s'étendra l'A69

Dans son avis rendu sur l'A69, l'Autorité environnementale, qui dépend de l'Inspection générale du développement durable, écrit : "Ce projet routier, initié il y a plusieurs décennies, apparaît anachronique au regard des enjeux et ambitions actuels de sobriété, de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et de la pollution de l'air, d'arrêt de l'érosion de la biodiversité et de l'artificialisation du territoire et d'évolution des pratiques de mobilité et leurs liens avec l'aménagement des territoires." Ce projet s'étalera en effet sur 300 hectares de terres, dont "100 hectares seront artificialisés pour réaliser les chaussées", décrit Atosca. De leur côté, les opposants parlent de "360 hectares artificialisés, de terres détruites".

Concernant les arbres abattus, sujet au cœur de la contestation, Atosca rapporte que 13 hectares de boisement divers (arbres, haies, bosquets...) seront touchés par le projet. Parmi eux, "260 arbres d'alignement" dont "des arbres d'âges et d'intérêt patrimonial variés (de 5 ans à plus de 60 ans) dont une cinquantaine de platanes atteints de la maladie du chancre coloré pour certains". "Les arbres d'alignement sont ceux plantés près des routes. Nous, on compte aussi ceux près des champs. Au total, ce sont donc un millier d'arbres abattus, sans compter les haies et arbustes", répond Alexis Boniface, coprésident du GNSA.

Face à cet impact sur l'environnement, Atosca et l'Etat répondent qu'ils compenseront ces destructions. "Cinquante-cinq hectares de zones humides seront recréés, contre 20 hectares impactés", décrit le concessionnaire, et 25 hectares d'arbres doivent être replantés, "soit bien cinq fois plus", selon la même source. Mais la compensation ne peut égaler les pertes d'écosystèmes, affirment les scientifiques . "On a du recul aujourd'hui sur les politiques de compensation. Et elles ne répondent pas du tout aux engagements de départ" , commente Christophe Cassou, qui dénonce "l'illusion de copier le vivant".

"Une approche simplement comptable du vivant, ça n'a pas de sens car le vivant est par essence dynamique et en interaction avec les milieux qui l'entourent."

Christophe Cassou, climatologue

à franceinfo

"Son atteinte est irréversible et la première des choses à faire dans les politiques environnementales et climatiques, c'est de ne pas nuire", poursuit le climatologue. 

5 Le nombre de recours en justice pour contester le projet

Plusieurs recours ont été lancés contre la construction de l'autoroute. "A chaque fois, le tribunal administratif a donné raison à l'Etat", répond la préfecture d'Occitanie, contacté par franceinfo. D'autres actions, non-suspensives, n'ont toujours pas abouti. "Il y a cinq démarches juridiques en cours, trois recours devant la juridiction administrative et deux plaintes au pénal", détaille Alice Terrasse, l'avocate de La Voie est libre.

Le premier porte sur l'élargissement de l'A680, partie du projet : "Nous contestons devant le Conseil d'Etat la régularité de la concession du projet aux autoroutes du Sud de la France, car il n'a pas été soumis à l'Autorité de régulation des transports", explique l'avocate. L'association a aussi attaqué les deux autorisations environnementales accordées aux aménagements de l'A680 ainsi qu'au projet d'A69.

"Sur les deux dossiers, nous contestons la raison impérative d'intérêt public majeur, ainsi que l'absence de recherche de solutions de substitutions."

Alice Terrasse, avocate de La Voie est libre

à franceinfo

Deux dossiers qui ne seront pas jugés "avant un an ou un an et demi auprès du tribunal administratif de Toulouse".

Alice Terrasse a également porté plainte pour des non-conformités : la "destruction de 260 arbres d'alignements routiers pour la plupart multicentenaires, sans autorisation" et l'absence d'état des lieux d'une zone humide par Atosca avant le démarrage des travaux, dénoncée par la préfecture dans une mise en demeure du 6 octobre. "Comment compenser à la hauteur, dès lors qu'on détruit un site sans faire d'inventaire préalable ?" s'interroge Alice Terrasse. Les opposants envisagent désormais de porter le débat sur l'inadéquation de la loi française aux enjeux de lutte contre le réchauffement climatique, pour ce type de projet, signale l'avocate.

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