Cet article date de plus d'un an.

Qui est Marylise Léon, qui succède à Laurent Berger à la tête de la CFDT ?

Article rédigé par Mathilde Goupil, franceinfo avec AFP
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min
Marylise Léon, secrétaire générale adjointe de la CFDT, à l'issue d'une rencontre avec la Première ministre à Matignon sur la réforme des retraites, le 3 janvier 2023. (THOMAS SAMSON / AFP)
En pointe, notamment, sur les questions du travail et de l'environnement, la secrétaire générale adjointe du premier syndicat français devient la deuxième femme à le diriger, plus de vingt ans après Nicole Notat.

Les deux principales organisations syndicales françaises sont désormais dirigées par des femmes. Laurent Berger, a passé la main, mercredi 21 juin. A la tête de l'organisation depuis 2012, le syndicaliste de 54 ans avait déjà déclaré, lors du congrès de la CFDT en juin 2022, qu'il s'en irait en cours de mandat. Il a désigné comme successeure Marylise Léon, secrétaire générale adjointe depuis 2018. Elle devient la deuxième femme à diriger la CFDT, un peu plus de vingt après Nicole Notat (1992-2002). Et ce trois mois après l'élection, fin mars, de Sophie Binet comme nouvelle secrétaire générale de la CGT.

Née en 1976, cette Finistérienne, qui a grandi au Mans (Sarthe) et à Angers (Maine-et-Loire), est titulaire d'un DESS de chimie. Elle a notamment consacré son début de carrière aux questions de sécurité environnementale en entreprise, et découvert le dialogue social en devenant représentante du personnel en cabinet de conseil, relate Le Télégramme. En 2003, elle est recrutée par la fédération chimie-énergie de la CFDT pour assurer la formation des militants sur les risques technologiques, à la suite de l'explosion de l'usine AZF de Toulouse.

Après un premier mandat au sein de la fédération en 2008, elle est élue en 2014 secrétaire nationale chargée des questions industrielles. Elle devient ensuite secrétaire générale adjointe de la CFDT en 2018 et est réélue en 2022. Ces dernières années, elle s'est particulièrement mobilisée contre les réformes de l'assurance-chômage, dont elle était la négociatrice pour le syndicat.

Une fine négociatrice, en pointe sur ses dossiers

"Elle est dynamique, elle a une compréhension du monde du travail qui est forte (...) Elle est appréciée au sein de la maison, elle est proche des gens, humaine", a loué Laurent Berger, dans un entretien au Monde (article abonnés) publié le 19 avril. "Son arrivée à la tête du syndicat est bien perçue car elle accorde beaucoup de temps aux militants, elle est connue des équipes", assure aussi à franceinfo Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale de la Sgen-CFDT. "C'est quelqu'un d'extrêmement dynamique, de sympathique, qui a beaucoup d'humour". La responsable syndicale met en avant "sa pugnacité" et "sa persévérance dans les négociations".

Un avis partagé par des responsables d'autres organisations. "Elle est ferme sur ses valeurs, sur ce qu'elle est et ce qu'elle représente. Mais elle sait aussi, politiquement, en intersyndicale, trouver les bons mots, les bons accords, la bonne synthèse, pour que tout le monde puisse y trouver son compte", salue auprès de franceinfo Dominique Corona, secrétaire général adjoint de l'Unsa. "Le syndicalisme CFDT et le syndicalisme Solidaires sont différents, mais pour autant, avec Marylise, il y a une capacité à discuter de façon honnête qui est très agréable, relève aussi Simon Duteil, codélégué général de l'union syndicale Solidaires. J'apprécie beaucoup sa capacité à écouter franchement, sans a priori".

Même le patronat et d'anciens responsables politiques vantent les qualités professionnelles de la future numéro un de la CFDT. "Marylise Léon est dure, exigeante et rationnelle, sans être dogmatique. Elle sait écouter et reconnaître lorsque son interlocuteur a raison", confie ainsi au Parisien Antoine Fouchet, ex-directeur de cabinet de l'ancienne ministre du Travail Muriel Pénicaud.

"Avec elle, ce n'est pas une guerre de tranchées", estime auprès du Figaro (article abonnés) le vice-président de la CPME, Eric Chevée. "Elle est très en phase avec l'image de la CFDT. C'est une syndicaliste de compromis et pas de compromission." "Un bon syndicaliste n'est pas forcément quelqu'un de facile, surtout dans les négociations", résumait de son côté Marylise Léon auprès du Télégramme, en 2019.

Féminisme et environnement

Outre les questions industrielles et liées au travail, Marylise Léon s'est beaucoup intéressée aux sujets relatifs à l'environnement. Elle est l'autrice d'articles à ce sujet et elle s'est également occupée, à la CFDT, du Pacte du pouvoir de vivre, une alliance de 65 organisations agissant pour la convergence des questions écologiques, sociales et démocratiques. "Nous souhaitons apporter des propositions réalistes et concrètes pour une transition écologique socialement juste", expliquait l'intéressée dans un entretien au site La Fonda, en mars 2022.

Lors du dernier congrès de la CFDT, Marylise Léon a aussi porté l'enquête "Parlons engagement", une réflexion sur les nouvelles formes de militantisme, relatait L'Obs il y a près d'un an. Elle relevait alors "des obstacles dans le fonctionnement du syndicalisme, un reste de sexisme, des luttes d'ego" et estimait que chacun, notamment les jeunes, devait pouvoir "trouver sa place, même sans prendre de mandat syndical".

Cette fan de course à pied ne cache pas ses convictions féministes. Elle a notamment participé à la Nuit des relais, une course organisée pour collecter des fonds contre les violences faites aux femmes. Dès fin juin, elle prendra le relais d'une autre épreuve : la bataille des retraites. Malgré ses nouvelles fonctions, elle ne devrait pas être trop déboussolée puisque ces derniers mois, au côté de Laurent Berger, elle a déjà participé aux négociations avec le gouvernement.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.